MACKY SALL DEVOILE SES CHANTIERS POLITIQUES : Candidat… et après !

Report des locales, création d’une nouvelle majorité politique, volonté de briguer un second mandat, Macky Sall esquisse à grands traits ses chantiers politiques. Pour lui, il n’y a plus de temps à perdre.

Au plan économique, l’année 2014 commence en février avec le passage devant le club de Paris dont dépend en grande partie le succès du Projet Sénégal émergeant (Pse). En politique, tout porte à croire que le calendrier de la nouvelle année est déjà entamé. Une date est marquée d’une croix rouge sur les agendas : les prochaines locales  reportées au 29 juin. D’ici là, la configuration de la nouvelle alliance majorité présidentielle occupera la vie politique.

Macky Sall a une coalition, un programme, il lui reste un slogan

Le président, désormais en lice pour sa propre succession, a esquissé sur ses petits papiers ce qui sera les grands axes de son action politique pour 2014. Et même au-delà. Il tient son programme de campagne, le Projet Sénégal émergeant, dont Mimi Touré, lors de sa Dpg a fixé le cap pour 2017. Macky Sall bâtit une alliance pour la majorité présidentielle (Amp). Il ne lui reste qu’à trouver un slogan !

La volonté du chef de l’Etat est désormais claire : il veut se succéder.  Début décembre, il harangue les militants Apr de Neuilly sur Seine en France : «Je vous lance un défi : vous voulez les dix ans, donnez-moi un deuxième mandat». C’est un appel qui résonne au-delà de cette assemblée partisane. Il faut être d’une cécité politique avancée pour voir le hasard dans les trois actes politiques majeurs posés cette année par Maky Sall : Report des locales, élargissement de sa base politique, et volonté de rempiler.

Conjurer le sort sarkozyste

Cette annonce ne constitue pas une surprise. Seulement, Macky Sall n’a jamais écarté le destin qu’a connu Nicolas Sarkozy. Sa phrase était devenue légendaire : «Je ne fais pas de fixation sur un deuxième mandant, je suis jeune».  Comme lui, l’ex-président français rêvait de rénover la vie politique française et d’imposer un style de gouvernement, en rupture avec son prédécesseur. Sarko, comme Macky, a voulu mettre de l’ordre dans les finances publiques. Il est allé loin dans sa «politique d’ouverture». Il a fait venir au pouvoir des personnalités de la société civile et des figures du Parti socialiste français, dont le plus connu est Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères. Malgré cette débauche d’énergie, Sarko échoua à obtenir un second mandat.

Macky Sall cherche-t-il à conjurer le sort sarkozyste et tirer le bénéfice électoral de cette déclaration précoce ? Son pari est audacieux, mais incertain. En déclarant ouvertement sa volonté de prolonger son bail au Palais de l’avenue Roume, l’accusation de «politiser» l’Etat gagne beaucoup plus de force. Ceci participe à accréditer le discours de ses opposants. Derrière l’image solennelle du Chef de l’Etat se profile l’encombrante ombre d’un candidat en campagne…
Le soupçon de subordonner son action politique à un deuxième mandat est une tache sombre pour un homme qui a placé la morale républicaine au cœur de sa gouvernance. «La patrie avant le parti» va-t-il devenir : «le Palais avant la patrie» ?

Elu pour sept ans, Macky Sall a délibérément choisi d’écourter son mandat à cinq. Ne donne-t-il pas raison à ceux qui jugent ce délai trop court ; que le président a à peine fini de prêter serment qu’il pense déjà à la prochaine échéance électorale ;  et, du coup, le pays est en perpétuelle campagne électorale ?
Le « défi » de Neuilly sur Seine va créer un effet d’entraînement ou à tout le moins un positionnement de la classe politique. La question est désormais latente sur la place publique, à laquelle aucun homme politique sénégalais sérieux ne peut échapper : « Êtes-vous candidat à la présidentielle de 2017 ? ».

Les partisans de Macky ont toujours été taraudés par la question de la candidature de leurs alliés. Combien de fois Macky 2012 a sommé le Ps et l’Afp de renoncer publiquement à la présidentielle de 2017. Il a fallu que le Président himself monte au créneau pour que cesse la tracasserie. Momentanément.  Il n’est pas exclu que cette déclaration présidentielle de candidature précoce cherche à dévoiler le jeu de concurrence au sein de Benno Bokk Yaakar (Bby). Une subtile façon d’imploser la coalition sans y toucher.

Incongruité politique

Le baptême du feu de la nouvelle alliance politique se fera en 2014, aux prochaines locales. Pour l’heure, le nouvel ordre politique en gestation pose moins la question de l’existence de Benno, que les rapports de ces formations politiques alliées à la volonté présidentielle de rempiler. On connait le peu d’enthousiasme du Ps sur la question.  C’est le maire de socialiste de Médina, Me Birame Sassoum Sy, qui menace : «Le jour où l’Amp devra remplacer Bby, le Ps se retirera de la coalition».
Mais peut-on valablement reprocher à un Président de la République de construire sa majorité ?

Ce pouvoir de tous que veut incarner Benno Bokk Yaakar est une incongruité dans un système présidentialiste. Car le chef de l’Etat est tenu pour seul responsable par l’opposition et par l’opinion de la politique qu’il incarne et assume. L’emploi et le prix des denrées du thiébou diène ont plus d’impact sur l’électorat que la configuration des alliances au pouvoir.
Il faut une adhésion à un objectif politique pour maintenir en cohésion une alliance politique. La volonté déclarée de briguer un deuxième mandat va donner sa raison d’être à la nouvelle alliance pour la majorité présidentielle. Dès 2014, les locales vont sceller le pacte fondateur. En démocratie les élections constituent le rite sacré où se nouent les alliances sacrées.

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