L’opposant Wade : Le loup dans la peau d’un agneau

Après sa cinglante défaite en mars 2012, Abdoulaye Wade est sortie de sa retraite de Versailles. Son retour triomphal à Dakar ne saurait effacer ses 12 années passées au pouvoir où la gabegie, les détournements et l’affaiblissement des institutions ont rythmé la marche du pays.

Les années Wade si on s’en remémore, sont le lit d’innombrables dérapages tant au plan économique, des droits humains, des valeurs que du respect des institutions. D’ailleurs, quand Karim Wade fut placer sous mandat de dépôt, ils étaient nombreux les concitoyens qui pensaient, à juste titre, que son père, Abdoulaye, serait à ses côtés, à la prison de Rebeuss, s’il ne bénéficiait pas de cette protection que lui confère son statut d’ancien chef d’Etat. De ce fait, célébrer ce vieil homme, l’aduler, laisse croire naturellement que des Sénégalais jubilent aux côtés de leur bourreau.  Si l’on ne considère que l’aspect économique de sa gestion, les exemples de gabegie, de malversations, donnent froid dans le dos.

Monument de la Renaissance

La statue qui trône sur les hauteurs d’une des Mamelles de Ouakam a été érigée sur une fondation minée par l’absence de transparence, le conflit d’intérêt et la prédation foncière. Une spoliation sans égale des terres de l’aéroport Léopold Sédar Senghor. La construction de cet édifice a été le prétexte pour le bradage de terres d’une valeur de 75 milliards de Francs Cfa, selon les estimations de plusieurs experts. Estimé à 9 milliards de Francs Cfa, le financement de la statue a été pris en charge par l’Etat du Sénégal par le biais d’un contrat signé entre le ministre de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire et l’entreprise Nord coréenne, Mansudae Overseas Project Group (MOP), chargée de la construction. Le procédé de cession lui-même est problématique. Si le prédécesseur de Macky Sall parle de dation en paiement, pour expliquer le « troc » la vérité est tout autre. Le bradage de plus de 50 hectares distraits des terres de l’aéroport et cédés aux hommes d’affaires Mbackyou Faye et Cheikh Amar. Ces derniers n’ont eu aucun mal à revendre à trouver des clients. Les autorités politiques ont officiellement saisi l’Institution de Prévoyance retraite du Sénégal (l’Ipres) et la Caisse des dépôts et consignation (Cdc) pour leur intimer l’ordre de recourir à leurs importantes réserves financières pour les racheter à Mbackiou Faye et Cheikh Amar. Au total, c’est la somme de 27 milliards de francs Cfa, soit 150 000 francs le mètre carré qui a été décaissée par l’Ipres pour racheter Mbackiou Faye des terres qui leur ont été vendues à 4410 Francs le mètre carré. Quant à la Cdc, elle a déboursé plus de 9 milliards 500 millions pour l’achat de lots de titres fonciers au propriétaire de Tse. C’est ainsi que plusieurs milliards qui devaient tomber dans les caisses de l’Etat sont gracieusement offerts à des privés.

Fesman

Le déroulement du Festival mondial des Arts nègres avait curieusement coïncidé avec la période d’inactivité du conseil de régulation de l’Armp. Conséquences : tous les marchés du Fesman, codirigé par Abdoul Aziz Sow et Sindiély Wade, ont été passés par entente directe. Marchés de location et d’achat de véhicules, de billets d’avion, viabilisation et construction du site du village du Fesman (sur un terrain appartenant à Abdoulaye Wade)…, tous ces marchés passés par la délégation du Fesman n’ont fait l’objet d’aucun contrôle. Ce sont au total 70 milliards de Fcfa qui ont été dépensés au nez et à la barbe de la Dcmp et de l’Armp.

Anoci

Chargés de réaliser les travaux en prélude du sommet de l’Organisation de la conférence islamique en 2008, Karim Wade et Abdoulaye Baldé ont dépensé la somme de 432 milliards de Fcfa. Seulement, faisant fi de l’exigence de reddition des comptes qui est un impératif de bonne gouvernance, ils ont refusé de présenter un bilan au peuple. Dans son livre Contes et mécomptes de l’Anoci, le journaliste Abdou latif Coulibaly a dévoilé la gabegie sans commune mesure de l’agence que pilotait le fils du président de la République. En témoigne la somme de 750 millions dépensés par Karim Wade pour, selon l’essayiste, équiper ses bureaux. Sans considérer la réfection du Méridien président et l’édification de villas présidentielles dont le coût est évalué à 52 milliards CFA. Toutefois, bien que l’argent ait été décaissé, il demeure impossible d’établir sa traçabilité avec les dépenses effectuées.

Plan Takkal

Le coût total du plan mis en œuvre pour améliorer la fourniture en électricité des ménages et entreprises est estimé à 650 milliards de Fcfa. Les marchés passés dans le cadre de ce plan conduit par Karim Wade, le fils du chef de l’Etat et ex ministre en charge de l’Energie, ont la particularité d’échapper au champ des marchés publics. C’est justement la soustraction du code des marchés publics de l’acquisition de combustible ainsi que les opérations et la maintenance d’installations destinées à produire de l’énergie électrique qui ont motivé la modification de l’article 3 du code des marchés publics par le décret 2012-01 du 02 janvier 2012 à l’insu de l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp). Modification qui a permis à Karim Wade de passer en l’espace de 6 mois des marchés d’achat de produits pétroliers pour un montant de 115 Milliards F CFA, de gré à gré. Le même procédé (gré à gré) a été utilisé pour le choix de la société sud-coréenne KEPCO pour la réalisation d’une centrale à charbon à Sendou d’une valeur de 300 Milliards de FCFA.

Sudatel

Karim Wade et Thierno Ousmane Sy avaient l’exclusivité de la transaction de la troisième licence de téléphonie au Sénégal. Ce qui d’ailleurs, leurs avaient valu les félicitations du président de la république en plein conseil des ministres, soit disant qu’ils avaient bien renfloué les caisses de l’Etat à hauteur de 100 milliards. Mais, c’était sans compter sur les enquêtes de la Gazette. En effet, le journal avait publié des documents bancaires révélant l’illégalité de cette opération puisque l’Etat du Sénégal perdait 20 milliards qui avaient été utilisés pour payer des commissions. Les principaux bénéficiaires de ces commissions, d’après des documents écrits, étaient Karim Wade, Thierno Ousmane Sy et Keba Keindé. C’est d’ailleurs, fort de tous ces éléments qu’à son accession à la magistrature suprême, le chef de l’Etat, Macky Sall, a ordonné au Premier-ministre d’éclairer la lanterne des sénégalais.

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