L’œil du tigre

Le ballon rond, d’habitude tyran du dimanche, va régner en maître près d’un mois durant dans nos foyers  comme tous les quatre ans, il n’y en aura que pour lui. Ce ne sera pas les folles aurores de 2002 quand la bande de Elhadj Diouf et consorts tenait en haleine toute une nation. Que de regrets encore. 2002, c’était l’Asie où le soleil se lève ; en 2014 le monde a les yeux rivés sur la terre de la samba, le Brésil pays continent et contrasté. Un pays de charme avec ses plages ensoleillées où le rythme de la vie est palpitant, chaloupant au tempo de son carnaval et dégorgeant de mélopées langoureuses à la bossa nova. Le Brésil est aussi un immense coupe-gorge à cause de la pauvreté excessive dans les 1041 favélas de Rio que la police a investi depuis des mois pour les besoins de la coupe du monde de football qui débute ce jeudi 12 juin 2014. 4041 personnes auraient été assassinées l’année dernière dans l’Etat de la « cidade maravilhosa » (Rio) la capitale du Brésil, contre 4279 l’année précédente. Un phénomène inquiétant au moment où le pays est cité en exemple dans le cadre de l’émergence et devient un modèle pour le Sénégal qui aspire à le rejoindre, d’où la belle coopération entre les deux, particulièrement dans le secteur de l’agriculture. Pour l’heure, fanatiques du ballon rond, les deux peuples seront en phase pour espérer vivre les chauds moments du Mondial 2014.

Il reste qu’il ne s’agit pas d’une période d’accalmie au Sénégal à cause des échéances électorales. Les politiques seront sur le gril pour user de feintes de corps et autres dribbles pour convaincre les citoyens lors des locales. Ceux qui s’inspireront des Messi, Neymar, Ronaldo, Benzéma et autres stars du football auront certainement la chance d’être les mieux écoutés ; à l’image du maire de Thiès, Idrissa Seck, qui a dribblé tout son monde en occupant l’espace public la semaine dernière. En fin politique, il s’est engoncé dans des habits de lumière pour accueillir le président de la République venu présider le Conseil des Ministres dans son fief et élever au rang de citoyenne d’honneur Mme le Premier Ministre Aminata Touré. De la politique-spectacle savamment orchestrée par le dribbleur impénitent au propre comme au figuré, qu’est Idrissa Seck, qui tient en haleine le landerneau politique sénégalais, plus par ses attaques constantes contre le pouvoir en place. Les Sénégalais friands de sensationnel en sont restés baba. Ce sont ses facéties qui l’emportent, malheureusement, au moment où des questions majeures interpellent la République.

La menace concernant les changements climatiques est une réalité prégnante au Sénégal. Cette question doit innerver le discours de ceux qui aspirent à diriger nos communes, qu’elles soient grandes ou petites ; car, c’est l’avenir de la nation qui se joue. Ainsi, la loi littoral doit-elle être votée pour que le corpus juridique qui permettra d’interdire de manière définitive les constructions et autres menaces devienne réalité. Le plaidoyer qui a été fait à Thiès, jeudi dernier lors de la Journée Mondiale de l’Environnement sous la forme d’un mémorandum, mérite une bonne écoute de la part des autorités. Le Premier Ministre s’est engagé depuis novembre dernier pour la saisine de la loi sur le littoral ; à elle de saisir le taureau par les cormes pour qu’elle atterrisse sur la table du Conseil des Ministres, car l’heure n’est plus aux atermoiements. N’est-ce pas, Madame, qu’il faut accélérer la cadence ? Un jeu direct à l’anglaise pour tuer l’adversaire. Pour cela il faut avoir l’œil du tigre.

Bonne coupe du monde de football en l’absence du Sénégal !

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