L’emploi des jeunes au Sénégal repensé autour d’une table-ronde. Le ministère de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Construction citoyenne, le Fonds souverain d’investissement stratégique (Fonsis), le Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip) et des férus de l’employabilité ont débattu, jeudi 16 avril, de «l’entreprenariat des jeunes diplômés : un atout pour l’économie, un défi pour le secteur privé». L’objectif est d’améliorer la situation de l’emploi au Sénégal par des solutions innovantes.

Il faut mettre le doigt dans la plaie, sinon on risque de ne pas s’en sortir», a dit d’emblée Régina Mbodji, la directrice générale du centre incubateur Ctic Dakar, qui a d’entrée interpelé le ministre de la Jeunesse, de l’Emploi et de la Construction citoyenne, sur la nécessité pour le gouvernement de reconsidérer la gestion du problème du chômage des jeunes. Annonçant la nécessité d’un diagnostic sans complaisance pour l’impulsion de l’entreprenariat des jeunes diplômés. La directrice générale de Ctic Dakar juge obligatoire la définition d’un plan Marshall afin de soutenir les initiatives des jeunes entrepreneurs. Car estime-t-elle qu’«on ne peut aller sur ce terrain sans moyen». Régina Mbodji a passé au peigne fin la potentialité des jeunes entrepreneurs. Aussi explique-t-elle que «l’idéal est de sensibiliser et de former les étudiants à l’entreprenariat par la mise en place d’incubateurs dans ces universités et écoles supérieures. Il faut que le premier travail de coaching soit fait au niveau de ces établissements et qu’il soit possible, par la suite, de les récupérer pour les insérer dans un programme d’accélération. Ceci peine à se mettre en place parce qu’il n’y a pas cette impulsion de l’Etat». Elle invite, dans cette optique, le gouvernement par le biais de Mame Mbaye Niang, à mettre en place des fonds d’amorçage, des fonds pour la recherche et le développement et des fonds pour l’innovation. Il faut, selon la directrice générale de Ctic Dakar, la mise à disposition de ces mesures d’accompagnement pour que l’entreprenariat des jeunes soit effectif au Sénégal.
Mame Mbaye Niang qui a presque eu droit à une question orale à la table ronde de l’«Entreprenariat des jeunes diplômés : atout pour l’économie, un défi pour le secteur privé», a été piqué au vif par cette interpellation.

CHANGEMENT DE PARADIGME

«De quel Sénégal avons-nous hérité en ce qui concerne l’emploi des jeunes ? D’un Sénégal où 42,7% des jeunes n’ont pas de formation. D’un Sénégal où seulement 5% des jeunes demandeurs d’emploi ont un diplôme qualifié. D’un Sénégal où 2 millions de jeunes demandent la formation. D’un Sénégal où le problème de l’employabilité est une réalité. C’est de ce Sénégal dont on a hérité», a fini de constater le ministre de la Jeunesse, après ce bref questionnement. Pour autant, il a récusé que le problème de l’emploi des jeunes puisse être circonscrit au seul Sénégal. Un problème d’ordre mondial, selon lui, et qui dépasse même les limites géographiques de l’Afrique de l’ouest. Néanmoins, Mame Mbaye Niang a reconnu l’inefficacité du système éducatif, «qui depuis les indépendances forme jusqu’à l’université et ne dote pas de formation qualifiante». En guise d’illustration, le ministre a convoqué les statistiques de 2007. Epoque où « 250 000 jeunes Sénégalais passaient l’examen de l’entrée en sixième, 60 000 se sont présentés au brevet, 30 000 au baccalauréat, 20 000 allèrent à l’université (…). Ce chiffre cumulé pendant 30 ans représente deux millions de sénégalais qui sont à la recherche de l’emploi et qui n’ont pas de formation ».

Le ministre justifie, en ce sens, le changement de paradigme initié par Macky Sall qui a mis en place des solutions structurelles. Selon Mame Mbaye Niang, ces deux millions de sénégalais ne peuvent pas être formés en six mois, puisque le Sénégal ne dispose pas des ressources humaines et des infrastructures capables de les accueillir. De manière ponctuelle, le gouvernement propose l’agriculture comme moyen d’insertion à ces 42% de jeunes sénégalais qui n’ont pas de formation. Les domaines agricoles communautaires sont ainsi présentés comme des centres incubateurs à l’exemple de Sédhiou, Keur Momar Sarr et Keur Samba Kane. Par ailleurs, le ministre a informé du recrutement de la toute dernière promotion spécialisée en agronomie à l’université de Ziguinchor. De jeunes diplômés au service du Prodac qui doivent encadrer 673 producteurs qui, à leur tour, incuberont 1 575 jeunes Sénégalais qui ne savent pas lire ou écrire. Le ministre a aussi rappelé la création de 17 lycées techniques au Sénégal pour parer au déficit de formation et de deux universités spécialisées en agriculture et en technologie. Ainsi que d’autres opportunités pour la résorption du chômage dans le moyen et long termes.

LES DIPLOMES

Le ministre de la Jeunesse a saisie l’occasion pour solliciter l’engagement des jeunes afin de résorber le déficit céréalier. Des filières non explorées puisque le Sénégal importe toujours du blé et du maïs. De même, il les a appelés à investir les secteurs de la transformation et de la commercialisation des produits locaux. L’autre perspective, qui engage la responsabilité de l’Etat, demeure la réorientation des jeunes vers des formations moins généralistes et plus qualifiantes. Le ministère renseigne de la volonté de la direction de l’emploi de résoudre ce problème dans le moyen terme en réduisant les formations dispensées à foison dans les universités, écoles et instituts.

Le ministre de la jeunesse, de l’emploi et de la Construction citoyenne a également rappelé la mise à disposition de 17 milliards de francs Cfa, sur financement de la Banque africaine de développement (Bad), pour accompagner 17 000 jeunes. Il a déploré la non-absorption de ce financement consécutive à l’absence, auprès des jeunes entrepreneurs, de projet viable bancable et doté d’un business plan.

L’INCUBATEUR D’ENTREPRISE, UNE OPPORTUNITÉ

Cette position du ministre est, toutefois, différente des objectifs poursuivis par Gaindé 2000. Les initiateurs considèrent l’incubateur d’entreprise comme une opportunité. Aussi, ils ont promu quelques exemples d’innovation par la mise en place d’un cursus transversal de formation en entreprenariat dans toutes les filières, l’offre de bourses entreprenariat aux finissants de l’enseignement supérieur et la nécessité pour les attributaires de marchés publics de sous-traiter au moins 20% du marché aux entreprises jeunes figurant dans une base de données qualifiée et fiable.

Fatou Sagar DIOP