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Licenciement de huit employés sur neuf à Amsa Assurances : Le personnel paie à la place des dirigeants

Publié le 15 septembre 2014 par Baye Makébé Sarr

Amsa assurances serait-elle dans le creux de la vague ? C’est du moins le tableau présenté par la direction, qui annonce la dégradation du capital. Le plan de restauration a entériné la décision de licencier huit employés sur les neuf que compte la branche Amsa vie. Ils paient ainsi les errements de la direction peu soucieuse des bonnes règles de gestion.

La compagnie d’assurances Amsa déroule un plan social, dans le cadre d’une restructuration de l’entreprise. Sur neuf agents que compte le personnel de la branche Amsa Vie, huit ont reçu la notification de leur licenciement, pour « motif économique ». Les employés étaient déjà informés de cette décision, au cours d’une réunion, tenue le 06 août 2014 avec Déthié Aw, Directeur général de la compagnie Amsa. Une nouvelle qui s’est abattue tel un couperet. Des employés, dont certains avaient intégré l’entreprise depuis plus de 15 ans, sont menés à l’échafaud, sans autre forme de procès. Ces pères et mères de famille envoyés au chômage, appréhendent l’avenir avec anxiété, dans un pays où trouver un nouvel emploi relève presque du miracle. « Le capital de Amsa Vie s’est dégradé ces dernières années au point qu’il est nécessaire de prendre des mesures fortes pour redresser l’entreprise. Mais l’argent des assurés est bien préservé », assure la direction. Cette dernière évoque une dégradation du capital passé de 1,6 milliard à quelque 350 millions entre 2010 et 2014. Toujours selon cette voix officielle, pour faire face à cette situation, une Assemblée générale extraordinaire s’est tenue, au mois de juillet dernier, afin d’étudier les modalités de la poursuite de l’activité. L’assemblée qui a invité les actionnaires à la recapitalisation de l’entreprise a fixé un objectif 1,2 milliard de F CFA. « C’est pour atteindre cet objectif qu’un plan social est appliqué parmi d’autres mesures de redressement », indique la direction. Ces arguments, brandis par la direction pour justifier ces suppressions de postes, sont considérés du côté des employés comme un simple plan de liquidation de certains agents indésirables. D’ailleurs, de bonnes sources assurent que ce plan social est décidé depuis décembre 2013. Donc antérieur à l’assemblée générale à laquelle fait allusion la direction. «Au cours de cette réunion, le conseil d’administration avait retenu l’option de licencier huit membres du personnel et augmenter du même coup le salaire du directeur général adjoint, nouvellement nommé », assure un membre ayant pris part à la rencontre. Mais, ajoute-t-il, ces licenciements devraient être enrobés d’un argumentaire économique.

Contrairement à leur discours actuel, les dirigeants de Amsa avaient soutenu en 2010, en réaction à une enquête de La Gazette, (N0 57) que l’entreprise présentait des excédents tant au niveau des engagements réglementés que de la marge de solvabilité.

Plus surprenant encore, «la masse salariale de Amsa Vie, environ 5 millions de francs CFA ne représente en moyenne que 2% du chiffre d’affaires et uniquement 10% des frais généraux de l’entreprise », fait remarquer un agent. Au regard de ce fait, il est donc indéniable que la charge salariale de ces employés est insignifiante par rapport à l’objectif d’1,2 milliard fixé et ne peut en aucun cas expliquer le supposé déficit présenté par la Direction générale. Ces employés qui estiment avoir tout donné à l’entreprise, se sentent aujourd’hui sacrifiés sous l’autel des combines de François Bakou, actionnaire principal de la société. Celui-là même qui a accordé des parachutes dorés aux membres de l’ancienne direction qui ont pourtant mené l’entreprise à cette banqueroute officiellement déclarée.

Gestion bizarroïde

Les employés paient pour la gestion peu conséquente de la direction. Depuis des années les dirigeants de l’entreprise s’adonnent à des pratiques contraires aux normes de bonne gouvernance. Pour illustrer ces errements, nos sources évoquent le versement de 20 millions de F CFA, le 2 mars 2014 à Abou Lo, alors Directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp). Ces sources affirment qu’il s’agit d’une transaction masquée sous la forme d’un contrat de retraite complémentaire. Car certifient-elles « En 2009, il n’y avait pas dans le système, un assuré du nom de Abou Lo ». Dans les couloirs de Amsa le bruit court que cette manne n’est pas étrangère à l’affaire du placement de 6 milliards de l’Artp à Amsa en 2009. Un contrat jugé alors illégal par la Cima dans son rapport et contesté par les prédécesseurs d’Abou Lo à la tête de l’Artp. Nombre de directeurs de l’Artp qui s’étaient opposés à ce contrat, ont par la suite gardé un silence troublant sur ce dossier.
Nos interlocuteurs renseignent que ce contrat complémentaire dont Abou Lo est le bénéficiaire a été introduit dans le fichier en 2014 par l’informaticien Soumahoro Abdoul Jabbar, lors de la migration vers le nouveau système. D’ailleurs son nom apparait clairement dans le document comme étant celui qui a créé le fichier du contrat de Abou Lo. Or, cet agent n’était pas à Amsa, en janvier 2009, date à laquelle le contrat était censé souscrit par M. Lo.
Dans le registre des mauvaises pratiques à Amsa, des sommes importantes données à des subalternes pour des missions obscures. Comme le chèque de 9,5 millions de F CFA libellé, le 18 avril dernier au nom du coursier Amadou Bâ, sans justification apparente. Un exemple parmi d’autres qui permettent de douter du respect des règles élémentaires de gestion dans l’entreprise.

Aussi, les employés s’interrogent-ils des campagnes de sponsoring, des publicités et du lancement de produits avec des allocations de budget faramineux. Des dépenses qui contredisent la situation catastrophique décrite par la direction.

Dans un courrier, en date du 11 Août 2014, adressé au Président du conseil d’administration, les employés, sentant leur licenciement proche, avaient mis en relief des pratiques qui contredisent les justifications avancées par la direction. C’est le cas de prêts immobiliers octroyés à des personnes extérieures à Amsa Vie et des investissements immobiliers importants. Sur ce dernier point, la direction assure qu’elle s’est conformée aux recommandations de la Conférence interafricaine des marchés d’Assurances (Cima) qui exige l’investissement, dans l’immobilier, de 40% au moins de l’argent des assurés et des bénéficiaires de contrats. «Ces genres d’édifices ne peuvent être vendus, en raison de l’hypothèque posée par l’Etat. Ce mécanisme est un moyen de garantir l’argent des assurés », renseigne-t-on. Sans contester l’investissement dans l’absolu, les employés s’interrogent surtout sur le montant de 9 milliards déclaré par la direction représentant le coût de l’immeuble Maunoury et demandent l’audit de l’édifice.

La Cfoa, un boulet au pied de Amsa

Les employés conduits à la guillotine se sont également insurgés contre leur mise à l’écart depuis des années au profit d’agents de Amsa IART et de Cfao. En fait, la holding Cfoa actionnaire majoritaire à Amsa a signé en 2004 une convention d’assistance technique avec la compagnie d’assurances. Une convention qui siphonne les comptes de la compagnie et dénoncée par la Cima dans son rapport 2009. « Cette convention coûte en moyenne chaque année 200 millions de F Cfa à Amsa-Iart et 125 millions de F Cfa à Amsa-Vie », faisait remarquer le rapport. La mission de contrôle avait constaté que cette convention présentait des insuffisances, notamment la facturation forfaitaire et l’absence de prestations reçues par Amsa-Vie. C’est d’ailleurs pour pallier ce problème que la Cima, lors de sa session de septembre 2009 du conseil des ministres des Assurances, a adopté le règlement 004/CIMA/PCMA/CE/SG/2009. Cette disposition précise les modalités de facturation au réel des frais d’assistance technique et la justification des prestations. Malgré les recommandations de la Cima, la Cfoa continue jusqu’à présent de bénéficier de sommes d’argent importantes au titre de cette même convention épinglée par le rapport de 2009. Au même moment, des employés de la compagnie sont laissés en rade.
Faille du contrôle ?

La Direction des assurances (DA) a quant à elle récusé les difficultés financières évoquées par les responsables de Amsa. «Au regard des résultats de l’entreprise durant ces dernières années, il n’y a aucune difficulté financière dans cette entreprise», renseigne notre interlocuteur à la Direction des assurances. Contrairement aux entreprises commerciales, les compagnies d’assurances doivent être rigoureusement contrôlées par la DA et la Cima (voir encadré). Ce contrôle a priori et a posteriori fait que les difficultés financières d’une entreprise d’assurances sont connues d’avance. Or, dans le cas de Amsa, les « difficultés économiques » surprennent la DA. Mais, un fait inquiète les employés de l’entreprise qui s’interrogent sur le travail de l’agent de la DA et du représentant du ministère de l’Economie et des Finances, qui supervisent le CA. «Dans la réunion du conseil d’administration Amsa Vie du 09 juillet 2014, tous les représentants ont reçu des indemnités en espèces d’un million de Cfa supportés par la compagnie », nous renseigne-t-on. Est-ce que ces sommes perçues n’ont pas altéré le jugement de ces contrôleurs ?

La Cima, le Big Brother

La commission régionale de contrôle des assurances (CRCA) est investie d’une mission permanente consistant à vérifier que les entreprises d’assurance tiennent et restent en mesure de tenir les engagements qu’elles ont contractés envers les assurés. Pour mener à bien cette mission, la Commission examine les situations financières et les conditions d’exploitation des entreprises soumises à son contrôle. En particulier, elle veille à ce que : «les entreprises évaluent correctement leurs engagements réglementés. Les entreprises par des actifs équivalents et admis en couverture, disposent de la marge de solvabilité réglementaire », explique le Code des assurances.
Cette analyse économique et financière permet à la Commission d’apprécier si les entreprises sont en situation d’assurer leurs engagements contractuels vis-à-vis des assurés des bénéficiaires de contrats. Le contrôle de la CRCA sur les sociétés est permanent et prospectif. La commission veille également au respect par les entreprises des dispositions réglementaires relatives de l’assurance, et en particulier à la stricte application des principes prudentiels et comptables.
Dans le cadre de sa mission de contrôle, la Commission organise le contrôle sur pièces et sur place des sociétés d’assurance et de réassurance opérant sur le territoire des Etats membres. A cette fin, elle dispose du corps de contrôle constitué au sein du Secrétariat général de la conférence.
Le contrôle sur pièces est fait sur la base du dossier annuel et il conduit chaque fois que c’est nécessaire, à des observations écrites aux entreprises concernées. Pour compléter ce contrôle, les contrôleurs peuvent demander la communication des rapports des commissaires aux comptes ou d’autres documents comptables ou administratifs.
Le contrôle sur pièces est souvent complété par des investigations approfondies sur place, organisées en tant que de besoin. Les commissaires contrôleurs peuvent ainsi, vérifier sur place, à tout moment, les opérations effectuées par les entreprises. Ils peuvent examiner l’ensemble des documents de l’entreprise, et en particulier tous ses livres, registres, contrats, bordereaux, procès-verbaux et pièces comptables.

Source : Code Cima

1 Commentaires pour cet article

  1. plan Says:

    Vous avez fait un bon dossier sur ce grand scandale du monde des entreprises sénégalaises mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg.
    Je vous aurais conseillé de remonter un pu plus loin dans cette histoire.
    Parce que depuis François Bakou est rentré dans la capitale de AMSA,in déroule son plan,d’abord il a réussi à être majoritaire en catapultant les anciens actionnaires,par la suite il écarte tous les responsables de la société qui essayaient de lui faire tète.En ce moment il est dans la moitié de son projet c’est d’écarter tous les sénégalais pour placer ses compatriotes ivoiriens.j’imagine la phase finale sera de se réveiller un bon jour déclarer faillite AMSA, après avoir expatrier tout l’argent des assurés et bénéficiaires de contrats d’assurances.
    Ce qui fait plus mal c’est que l’État du Sénégal le laisse faire.
    En complicité avec la Direction des assurances,chapeauté par le ministère des finances qui n’ont jamais joué leur rôle.
    D’ailleurs,les commissaires contrôleurs qui veulent se reposer après des années dures de travail passées dans les compagnies privées où ils ne trichent pas,sont bien accueillis à la direction des assurances pour des journées de travail sans pression avec des missions internes et externes bien rémunérées.
    En définitive,je voudrais attirer l’attention surtout des jeunes de se prendre en charge le plus tôt possible parce que l’avenir est dans entrepreneuriat.

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