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LETTRE OUVERTE AU CHEF DE L’ETAT MACKY SALL : Mon avis sur la couverture maladie universelle

Publié le 02 décembre 2013 par admin

Excellence, Monsieur le Président de la République,
Vous vous rendrez compte, à travers les colonnes de ce papier, que cet avis est loin d’être celui d’un expert dans le domaine de la santé. Mais puisque cette question est vitale et nous interpelle tous, je me permets, en quelques mots, de vous donner mon humble avis sur la couverture maladie universelle, une des priorités de votre programme de campagne, dénommé le « YoonuYokkuté ». La documentation sur cette question essentielle, depuis qu’elle a été promue par l’OMS et adoptée par l’assemblée mondiale des Nations Unies, est aujourd’hui disponible dans Google et autres sites du net. De ce qui se dit par les experts du domaine, êtes-vous sûr que notre Sénégal est sur le chemin de la couverture maladie universelle ? Dans la documentation spécialisée, je relève d’ailleurs qu’il s’agit de la Couverture sanitaire universelle, en anglais, Universal Health Coverage. Mais ceci n’est peut-être pas l’essence de mon propos, même si cette remarque me rattrapera.

Excellence,
Toutes les politiques de santé au monde visent à garantir aux populations le meilleur état de santé possible. Le fort lien entre santé et développement fait qu’aujourd’hui beaucoup de personnes basculent dans la pauvreté du fait de problèmes de santé. Et c’est ce qui justifie d’ailleurs le choix des objectifs de santé dans les objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Nos Etats sont passés du slogan de « santé pour tous à l’an 2000″ au slogan de « santé pour tous au 21ème siècle ». Mais le constat est que l’accès de toutes les populations aux soins de santé de qualité reste une équation non encore résolue par beaucoup de pays africains ; et ceci pour plusieurs raisons : faibles systèmes de santé, système de financement de la santé non performant et non orienté vers l’équité, etc. La plupart de ces Etats empruntent, aujourd’hui, le chemin de la couverture sanitaire universelle, comme meilleur moyen d’atteindre l’objectif de santé primaire de 1978.

La Couverture sanitaire universelle consiste à s’assurer que les populations accèdent à des prestations de qualité bien réparties sur toute l’étendue du territoire, tout en veillant à lever les entraves financières qui en limiteraient la portée. Elle repose essentiellement sur trois axes :

  • amélioration de l’offre de santé en quantité, en qualité et en équité ;
  • réduction des risques financiers liés à l’accès aux soins de santé ;
  • limitation des risques qui affectent la santé, ce qui permettra d’avoir moins de malades.

Le premier axe est le plus important. Or, malgré les importantes ressources injectées dans le secteur, ces dernières années, l’offre reste toujours déséquilibrée : plateaux techniques faibles dans beaucoup de structures, déficit de personnel qualifié et leur inégale répartition sur l’étendue du territoire. Au moment où des médecins, infirmiers et sages-femmes formés à la bonne école sont au chômage, faible productivité du personnel, etc. Il faut ajouter à cela les sérieux problèmes de gouvernance qui plombent le secteur, depuis plusieurs années. Vous en parliez dans votre message à la Nation du 3 avril 2012, mais il ne semble pas que vous soyez entendu ; vous-même, vous semblez l’avoir oublié alors que c’est de l’amélioration de la gouvernance que dépendra le rythme d’avancée vers la couverture universelle.

Excellence, Monsieur le Président de la République,
Le vendredi 20 septembre 2013, vous procédiez au lancement de votre programme de Couverture maladie universelle. Ce programme met plus l’accent sur la réduction des risques financiers, notamment la réforme des institutions de prévoyance maladie (IPM), le renforcement et le développement des mutuelles de santé et le renforcement des politiques de gratuité, entre autres. Or, ces aspects ne constituent que des modalités d’accès à l’offre de soins de santé. Le plus important c’est de développer une offre de qualité, bien répartie, et attractive ; ce qui, du reste, est la motivation première à l’adhésion à toute forme d’assurance maladie.

Dans votre communication, lors du conseil des ministres du 13 novembre 2013, vous êtes revenu amplement sur l’importance et la nécessité de développer une offre de qualité au profit des populations. Ceci devrait être la priorité de votre programme et non la réduction des risques financiers. Et j’ose espérer que votre Gouvernement saura traduire cette priorité en actes concrets.

Mais par rapport à vos options sur la réduction des risques financiers, je voudrais faire les commentaires suivants :
Premièrement : l’assurance maladie universelle n’est possible que dans une approche obligatoire. S’il y a des pays qui ont réussi cela, c’est parce qu’ils l’ont rendue obligatoire, c’est l’exemple du Rwanda. Quand on parle d’adhésion volontaire, dans une perspective d’assurance maladie, on est plutôt  en train de faire de l’assurance complémentaire pour couvrir le ticket modérateur et des biens non couverts, comme la Mutuelle des forces armées et celle des fonctionnaires qui couvrent les 20% non pris en charge par l’Etat. Mais depuis qu’on parle de mutuelle de santé, le niveau de développement n’a pas beaucoup progressé. Il faut être réaliste et voir pourquoi cela ne progresse pas.

Deuxièmement : le Sénégal est un pays pauvre qui mène une recherche effrénée de moyens pour financer son développement. Adopter une politique de gratuité des soins pour tous ne me semble pas être la meilleure option puisque tout le monde n’est pas indigent. Les personnes qui ont une assurance maladie (adultes ou enfants) constituent une opportunité de recettes que l’Etat peut et doit mobiliser facilement. Je ne comprends pas pourquoi renoncer à des recettes alors qu’on cherche à hue et à dia des ressources pour financer notre système de santé. Excellence, il ne faudrait pas tomber dans le piège de vouloir faire de l’équité en créant des iniquités, c’est-à-dire faire bénéficier à quelqu’un d’avantages auxquels il n’a pas droit.

Troisièmement : la politique de gratuité des soins pour tous est aussi antinomique à votre option de développement des mutuelles de santé. Quand tous les motifs de fréquentation des structures de santé seront rendus gratuits, il n’y aura jamais de développement de mutuelles de santé. Les populations n’auront aucune motivation à adhérer à des mutuelles de santé pour des prestations qui ne leur seront pas facturées. On peut certes faire des gratuités, mais au profit de cibles bien connues et objectivement maîtrisées.

Quatrièmement : la couverture maladie relève du domaine de la protection sociale. Il ne s’agit pas de soins à donner aux populations mais de réduire plutôt leur vulnérabilité par rapport à l’accès aux soins. Donc, du point de vue de l’ancrage institutionnel, ce programme devrait être piloté, en même temps que le programme de bourses de sécurité familiale, par la Délégation Générale à la Protection Sociale et à la Solidarité Nationale (DGPSSN). La DGPSSN a, entre autres missions, de mettre en œuvre et de coordonner les politiques publiques en matière de protection sociale et de solidarité nationale contribuant à la réduction de la pauvreté et des inégalités. (Je vous renvoie au décret N° 2012-1311 fixant les règles d’organisation et de fonctionnement de la DGPSSN).

Excellence, Monsieur le Président de la République,
Pensez-vous que votre Gouvernement sache traduire en actes vos ambitions ?
Après avoir fait le tour du pays et en écoutant la déclaration de politique générale de votre Premier Ministre, pensez-vous qu’avec seulement 11 centres de santé et 40 postes de santé, vous pourrez réduire les disparités d’accès aux soins dans le pays, d’ici 2017 ?
L’amélioration de l’Etat de santé de nos populations est un idéal. La Couverture maladie universelle est une œuvre de longue haleine. Comme tout idéal, même s’en rapprocher demande du temps et de la persévérance. Donc, attention aux échéances que vous vous donnez et accordez au moins à vos ambitions les moyens de leur réalisation.
Serigne Mbacké HANE
Agro-économiste
[email protected]

2 Commentaires pour cet article

  1. Mor Says:

    Belle chronique !!! très intéressante suggestion

  2. maxam Says:

    Comme il est de coutume, au seuil d’une nouvelle année, le président s’adresse à la Nation pour souhaiter à ses compatriotes une très bonne année. Au-delà de ces voeux, c’est surtout un exercice rhétorique, un message programmatique qui est proposé aux sénégalais. Même si on peut se permettre légitimement de remettre en cause ce format d’adresse à la Nation par son caractère superflu et sa vanité, on ne peut pas s’empêcher chaque fois de commenter le discours du Président de la République. Chaque segment de la population essaie de se retrouver à travers les lignes développées par notre cher président.
    Dans le discours présidentiel, il nous a été difficile de retrouver une trace d’économie maritime. Voici les quelques mots consacrés à notre secteur:
    « Mieux, le trafic routier sera davantage décongestionné, grâce au « Mame Coumba Lamb », un bateau de 200 places, acquis pour assurer la desserte Dakar-Rufisque dès l’achèvement des procédures techniques de réception en cours.
    Quant aux deux navires, Aguène et Djambodj, destinés à la liaison Dakar-Ziguinchor, ils seront livrés en juillet prochain.  »
    Pour les spécialistes du milieu, c’est comme si le Président avait passé sous silence ce secteur.
    Cette portion congrue affectée au secteur maritime démontre s’il en est besoin , le peu d’intérêt que le gouvernement sénégalais accorde à notre économie maritime.

    Depuis l’indépendance de notre chère Nation, aucune Politique maritime digne de ce nom n’a été élaborée par les gouvernements qui se sont succédé. Rien de concret, ni de solide n’a été fait.
    Pourtant, il suffit d’analyser ce sous secteur pour comprendre qu’il doit occuper une place centrale dans la politique globale de l’Etat:
    - les grandes puissances économiques sont presque toujours des puissances maritimes;
    - le sous-secteur est un grand pourvoyeur d’emplois;
    - la maîtrise de ce sous-secteur sécurise toute l’économie nationale;
    - Plus de 90% du commerce extérieur transite par la voie maritime;
    - Moins de 1% des ressources de la mer (halieutiques, pétrolières, nodules polymétalliques et autres) sont exploitées.

    Au regard de ces chiffres, un PMA comme le Sénégal, qui dispose d’une façade maritime de plus de 700 km a l’obligation d’accorder un intérêt particulier audit secteur dans sa stratégie de développement et de lutte contre la pauvreté.

    il faut cependant reconnaitre que le secteur fait face à un déficit criard d’encadrement.

    Le mnistre en charge de ce secteur a l’habitude de confondre lanternes et vessies et prend pour argent comptant tout ce qu’on lui dit. C’est tout simplement le signe d’une incompétence avérée en la matière. Le secteur ne peut pas compter sur ce personnage pour le faire sortir de sa léthargie. C’est véritablement une erreur de casting de la part du Président : l’écologie n’est pas le maritime. Aujourd’hui l’incompétence du ministre profite aux directeurs généraux du Port, de la SIRN, du COSEC et de l’ANAM. Ceux-ci n’ont pas besoin de beaucoup d’efforts pour l’émerveiller et garder leur strapontins, malgré leur propre incompétence. La situation du secteur est ajourd’hui catastrophique : si le principal responsable ne peut pas évaluer ses collaborateurs sur la base de leurs performances, faute d’en avoir la capacité, on peut craindre pour l’avenir du secteur.
    Si le DG de l’ANAM est un homme du sérail, qui a une certaine maîtrise de son domaine, on ne peut pas en dire de même pour les autres qui ne doivent leur présence dans le secteur que par la force de la politique. Ces dirigeants ont pour principale tactique la fuite en avant:
    - ne jamais participer à une cérémonie où leur incompétence pourrait être détectée.
    - toujours brandir une menace pour écraser toute velleité de rébellion au sein de leur organisme, face à leur incompétence;
    - être toujours visible dans le champ politique pour faire croire que l’on sert le secteur.

    Tant que cette situaion perdurera, rien de sérieux ne se fera dans le sous secteur maritime;
    il est temps que le Président secoue le cocotier pour une prise en main réelle de notre économie maritime. C’est le voeu que je formule pour toutes les personnes qui chaque jour oeuvre pour un secteur plus dynamique.

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