L’esprit de la refondation

Les Sénégalais n’accepteront jamais que leur pays soit otage de quelques politiques mus par la peur de lendemains incertains parce que rattrapés par leurs passé qui les traumatise. La plupart des dirigeants du Parti Démocratique Sénégalais ont peur d’être présentés à la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI) parce qu’ils pourraient connaître le sort d’un Karim Wade. Cela doit inquiéter les uns et les autres car les soupçons d’enrichissement illicites qui pèsent sur eux, laissent perplexes ceux qui les connaissent.

Des immeubles, des villas, de l’argent à la pelle. En somme un train de vie de nabab pour des hommes et des femmes bien connus qui étaient des cadres très moyens, s’ils ne tiraient le diable par la queue, il y a quelques années seulement. De nouveaux riches qui devront se présenter un jour à la barre de la CREI pour justifier de leurs avoirs. Pour ceux là, rendre compte est une exigence. Au nom de la transparence, ils doivent dire aux Sénégalais d’où est venue leur subite richesse. C’est cela qui est attendu de ceux qui dirigent le Sénégal. Sans parti pris. La reddition des comptes pour ceux qui ont géré les deniers de l’Etat est une obligation. Même ceux qui n’ont pas gérer les deniers de l’Etat seront sous le joug de l’OFNAC, bonne gouvernance oblige. C’est cela la refondation de l’Etat. Vivre autrement et gérer autrement pour un nouveau Sénégal. Cela ne se négocie pas. Si le Sénégal doit brûler parce qu’il doit s’inscrire dans cette dynamique d’assainissement que cela se fasse parce qu’il renaîtra forcément de ses cendres pour que la vertu et la transparence soient ses guides. Et Dieu reconnaîtra les siens.

C’est sûr qu’il n’y a pas de société propre. C’est une utopie que de croire le contraire. Mais toutes les sociétés rêvent de devenir vertueuses. Ce sont des hommes et des femmes qui enclenchent cette dynamique. Il s’agit de les encadrer et de les encourager à aller de l’avant. Cette question transcende la vie d’un régime. La reddition des comptes peut certes retarder la marche d’un pays, car comme toute activité nouvelle, elle suscite incompréhension, émotion et inquiétude. Cependant, elle fait partie intégrante de la panoplie de la Justice et à ce titre, doit être acceptée. « Dura lex, sed lex.» Au-delà de la CREI qui a été décriée et rejetée par certains moralisateurs qui considèrent cette institution comme étant hautement politique et instrumentalisée, il s’agit de s’adosser à une démarche essentielle qui est de faire en sorte que ceux à qui l’Etat a confié les deniers de la République puissent rendre compte. Cela ne devrait créer ni émeute, ni discours va-t-en guerre au nom d’un fils ou de partisans, parce que c’est la marche normée d’une République. Demain ce seront des hommes et des femmes, qui ne seront pas fils de, qui seront appelés à la barre de la CREI ou de toute juridiction qui pourrait la suppléer. Va-t-on menacer encore de brûler le Sénégal ? Tiendra-t-on en otage le Sénégal pour autant ? La justice sélective a rendu un mauvais service à la nation sénégalaise. A l’heure des ruptures, d’autres comportements sont attendus de la part des citoyens. Quel que soit leur rang ou grade.

Il y a un prix à payer pour un nouveau Sénégal. Bonne gouvernance, Travail et Justice en seront les leviers. L’esprit de la refondation de l’Etat doit être bien partagé, comme du reste le sens du respect des institutions de la République. C’est une question de grandeur d’esprit pour ceux qui particulièrement occupent l’espace public. C’est leur comportement exemplaire qui forge la citoyenneté. Si la plupart des Sénégalais ont honte de leurs politiques, c’est parce que certains d’entre eux sont loin d’être des modèles de vertu. Cela est inacceptable.

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