Les devins ne nous ont encore rien dit sur les contours de l’année qui s’annonce. Mais, 2013 a été somme toute éprouvante.

Comment savoir qu’une année nouvelle sera bonne ? En dehors des devins comme Selbé Ndom ou les Xoy du Sine, véritables stars en 2013, qui se risquent toujours à nous livrer les secrets de l’avenir, le commun des mortels ne possède aucun autre moyen pour dire avec exactitude ce que sera 2014 en dehors de l’écume laissée par le tumultueux océan des derniers 365 jours. Et à ce propos, un doyen comme El Hadj Mansour Mbaye doit forcément être convoqué. Il aimait, en effet, à dire à tort ou à raison du temps où il tentait de tempérer l’ardeur fougueuse d’une opposition alors conduite par un Me Abdoulaye Wade pressé, que si le président Abdou Diouf est en paix, alors le peuple le sera. Macky Sall a-t-il été heureux en 2013 ? Une chose est sûre : les attaques de l’opposition, les convulsions dans l’Alliance pour la République (Apr) et les réalisations du Yoonu yokkuté constituent les trois temps d’une année assez chaude pour le président de la République.

Les attaques de l’opposition

Dans ce registre des attaques de l’opposition, tout porte à croire que le chef de l’Etat a, sans doute, été rudement éprouvé par les dérives verbales du PDG du groupe de presse Walfadjri, Sidy Lamine Niasse. Ce dernier, manifestement passé dans l’opposition, tente de lubrifier la machine des critiques de Macky Sall. Il ne fait ainsi que consolider une opinion largement répandue. Laquelle opinion voudrait que l’opposition au Sénégal ait un destin fortement lié à la presse. Wade en a souffert. Lui qui avait toujours considéré que sa vraie opposition était incarnée par les journalistes. Ses rapports avec la presse ont été particulièrement tumultueux durant tous ses deux mandats. Le blocage du code de la presse que les parlementaires refusent de voter pour ses dispositions proscrivant la prison pour les journalistes, vient des rapports heurtés de Wade avec cette corporation. Mieux, il a même institué un fonds destiné à financer la formation des journalistes arrivés dans le tas, au sein de la presse. Mais le plus fort des attaques est cristallisé dans le discours des libéraux. Ces derniers ont eu un temps de répit très court après la défaite de Wade en 2012. La traque des biens mal acquis a transformé leur opposition à Macky Sall en une bataille judicaire féroce. Et sans discernement ! Pour contrer Macky, les libéraux l’ont accusé de soutenir les homosexuels, de s’être lui-même enrichi de manière illicite, de réduire les marabouts à de simples citoyens, etc. Idrissa Seck s’en est mêlé, accusant le régime de n’avoir pas dit la vérité sur les «caisses vides» du trésor public. Il y a eu cette désastreuse motion de censure du 26 décembre 2012. Les libéraux se sont attirés durant les 4 heures de la séance, humiliation et dérision. Avaient-ils bien mûri l’idée de déposer une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Abdoul Mbaye ? On peut en douter. Réduits à l’arrivée à se compter face à leur dérisoire récolte (seulement 14 votes favorables), les libéraux se sont donné en spectacle en cherchant en leur sein les «traîtres». Il y a eu, en effet, deux «portés disparus», puisque 16 députés avaient signé la motion de censure. Au fond, en provoquant de façon solennelle un débat public fortement médiatisé, les dignitaires de l’ancien régime donnaient l’occasion à leurs adversaires de les vilipender davantage. C’est une exposition médiatique de plus qui s’est révélée catastrophique. Naturellement, ces mêmes libéraux ont ri sous cape lorsque l’usine d’eau de Keur Momar Sarr est tombée en panne privant de la capitale du précieux liquide pendant au moins quinze jours. Autre temps fort, le fameux «Deukeubi dafa Macky» face auquel les communicants du chef de l’Etat sont restés anesthésiés. Il a fallu limoger le gouvernement d’Abdoul Mbaye et mettre en première ligne Mimi Touré, pour briser la «méchante» métaphore.

Le tumulte dans son parti

Dans sa propre formation politique, l’événement dont le chef de l’Etat a dû souffrir le plus est sûrement la rupture avec son ex-ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Alioune Badara Cissé. Quelque petits six mois après l’arrivée de l’Apr au pouvoir, les deux hommes seront séparés. Personne ne sait les raisons du divorce. Mais une chose semble certaine, c’est que le chef de l’Etat a, à l’apparence, définitivement tourné la page ABC. La médiation de Touba qu’on croyait concluante n’a finalement pas prospéré. Désormais, Me Alioune Badara Cissé auquel la presse prête l’intention de briguer les suffrages des électeurs à la Présidentielle de 2017 est sur une dynamique d’opposition. Sur le terrain, à Saint-Louis, ABC fait face à Mansour Faye de l’Apr par militants interposés. Autre dérive que Macky Sall vit, sans doute, mal cette affaire de coup d’Etat rampant évoquée par Djibril War. L’allusion au directeur de cabinet politique de la présidence, Mahmout Saleh, est sans équivoque. Saleh est à tort ou à raison accusé de tous les maux par nombre d’apéristes au destin politique planté. Le député War, frustré par on ne sait quoi, a subitement exhumé une vieille rêverie qui intriguait la classe politique au temps de Wade. Me Djibril War, de surcroît directeur de l’école de l’Apr, a, dans une contribution, déclaré, selon le journal «L’As» : «Ces théoriciens du ‘’Coup d’Etat Rampant, puis Debout’’, dont ils sont en réalité les véritables auteurs et acteurs, sont en train de poser aujourd’hui le dernier jalon pour parachever, cette fois pour de vrai, le fatal Coup d’Etat permanent». Conséquence ? Le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale alerte : «Nous exhortons les militants du parti à la vigilance et à constituer un bouclier autour du Président Macky Sall avant que ces funestes personnages, ces grands snipers, perchés sur les toits du Palais ou embusqués dans les lambris du pouvoir, ne confisquent le fruit du combat de toute notre vie». Ce genre de propos gêne Macky Sall qui est plutôt porté vers l’équilibre, la déférence et la mesure. Moustapha Cissé Lô, autre tribun de l’Apr, en fait l’expérience. Sa prise de position gênante à la veille du premier mandat de Moustapha Niasse au perchoir a fait sortir Macky Sall de sa réserve. Reste à présent les «aboyeurs» embusqués dans «Macky 2012», cette coalition qui veut à tout prix être rétribuée pour avoir cru très tôt en la victoire de Macky Sall en 2012. Cette coalition a fait déglinguer Benno bokk yaakaar rien que pour entrer dans le gouvernement. Ses animateurs restent encore en dehors de l’attelage gouvernemental. Mais, ils ont réussi à convaincre le patron de l’Apr à mettre en place «un vaste rassemblement».

Le Yoonu yokkute

Si Macky Sall s’est plaint de sa communication, c’est que ses efforts ne sont pas suffisamment connus du grand public. L’opinion, traquée par les «vedettes» des médias, n’a entendu que la traque des biens mal acquis. Pourtant, une fois aux affaires, Macky a mis en place un Programme national de bourses de sécurité familiale (PNBF), officiellement lancé le vendredi 4 octobre dernier à Taïba Ndiaye, dans le département de Thiès (Ouest).  Concrètement, le programme national de bourses et de sécurité familiale est une initiative visant à donner des bourses trimestrielles de 25 000 francs Cfa aux ménages les plus démunis du pays. Pour la phase de lancement, ce programme enregistre 50 000 bénéficiaires. A l’arrivée, ce sont 250 000 ménages qui en bénéficieront d’ici à 2017. Sur le front social, le « Yonnu Yokkuté » a creusé un sillon bien profond.

C’est aussi une idée du président Macky Sall, «la gratuité des soins à tous les enfants âgés de cinq ans, la gratuité de la prise en charge des soins pour les nouveau-nés jusqu’à l’âge d’un mois et la gratuité des suppléments nutritifs».

L’initiative dans le domaine de la santé prévoit aussi «une meilleure accessibilité aux structures de santé des personnes en situation de handicap et la mise en place d’un paquet minimal de soins». «Beaucoup de personnes se demandent si cette couverture universelle maladie aura lieu, mais nous attendions d’avoir toute la discussion nécessaire pour aller maintenant de manière beaucoup plus agressive vers la mutualisation, expliquait en janvier dernier le ministre de la Santé et de l’Action sociale. Auparavant, les fiches de paie des fonctionnaires se sont nettement améliorées suite à la baisse de l’impôt sur le salaire. La mesure a coûté 28 à 30 milliards de FCFA à l’Etat. La baisse est entrée en vigueur en janvier 2013. Quelques mois après, le président de la République, Macky Sall, s’est attaqué lors de la réunion d’un conseil des ministres un certain jeudi 10 mai, à quelque 45 directions et agences. Dans cette perspective, Macky Sall a porté à la connaissance du même Conseil qu’il a décidé de «procéder à une rationalisation du nombre et de la taille des structures chargées du pilotage et de la mise en œuvre des missions dévolues aux entités administratives de la Présidence de la République et du Gouvernement».  Cette rationalisation se poursuit avec la fusion de certaines agences.