Les chantiers Politiques de Macky Sall : 2015, bonnes et heureuses réformes

L’Apr doit tenir le gouvernail et reconquérir un deuxième mandat pour son président. Tandis que l’espace du pouvoir, partagé entre alliés, devient de plus en plus étroit, à mesure qu’approche l’échéance présidentielle. Alors que l’année qui s’ouvre est nécessairement celle des réformes institutionnelles.

près deux années et demie d’exercice du pouvoir l’Apr, Alliance Pour la République, le parti présidentiel, a-t-elle les moyens de se muer en alliance pour la réélection ? 2015, c’est déjà l’antichambre de la présidentielle de 2017. Même si Macky Sall a évité le sujet dans son traditionnel discours de fin d’année, l’année qui s’ouvre est celle des réformes institutionnelles. L’année prochaine ce sera déjà trop tard : la proximité avec la prochaine présidentielle crée une sorte de pollution politique nocive aux réformes. Le référendum pour ramener le mandat présidentiel de sept à cinq ans est marqué au surligneur sur l’agenda présidentiel. Même si la date reste secrète.

Au-delà du quinquennat, le référendum portera sur les propositions de réformes proposées par la Cnri, la Commission nationale de réformes des institutions présidée par Amadou Moctar Mbow. Mais Macky Sall a fait son un tri. «Je prendrai ce que je jugerai bon», avait-il dit avec un autoritarisme froid après la remise du rapport de la Cnri. L’esprit des réformes n’est-il pas faussé ? Macky Sall n’est plus le candidat de l’entre deux tours, empressé, qui a accouru pour «signer sans réserve», dixit Loum, les recommandations des Assises nationales. Les Assises nationales qui ont inspiré les réformes correspondaient à un contexte électoral. C’est aujourd’hui un chef d’Etat pleinement investi de la légitimité populaire, candidat à un deuxième mandat et soucieux des intérêts de ses alliés, qui va instiguer les réformes institutionnelles.

Détournement d’objectif ?

Peut-on contraindre un biais de contexte, un détournement d’objectif ? Le référendum pour le quinquennat ne vise plus à rééquilibrer le jeu entre les institutions et s’aligner sur les normes démocratiques en vigueur ; mais il vise aussi à accroître les chances de réélection du candidat président en 2017.. Paradoxalement, les principaux opposants à cette réforme se recrutent dans les rangs du parti au pouvoir. Mais Macky Sall a fait prévaloir le respect de la parole donnée. C’est déjà un signal fort qu’il lance à l’électorat.
Le référendum ; c’est aussi une étape décisive avant l’élection présidentielle. La mouvance au pouvoir a l’occasion d’huiler sa machine de mobilisation. Il constitue une sorte de répétition générale avant la présidentielle. Mais le référendum, s’il constitue un exercice de souveraineté populaire adoubé par les constitutionnalistes, est un couteau à double tranchant. C’est un redoutable test de popularité.

L’adoption du quinquennat peut être aussi bien interprétée comme une adhésion populaire à une décision personnelle de Sall, elle peut être vue comme un rejet, une volonté massive d’abréger son séjour à la tête du pays.
L’issue des locales de juin 2014 a suffisamment montré la vulnérabilité du camp présidentiel.
Les locales ont donné une idée de la représentativité du personnel politique proche du président de la République. Elles devaient non seulement conférer à ces lieutenants un bastion politique, mais en même temps servir de points d’ancrage à la massification du parti présidentiel. Arrivé au pouvoir Macky avait à son compteur personnel un score de 65%. Mais depuis juin dernier, la question lancinante sur la scène politique est : quel est le poids réel de son parti ? Le référendum devrait permettre à Macky Sall de surfer sur une vague de popularité et booster sa confiance avant l’étape décisive de 2017.

Niveau de défiance maximal

Avec ses Locales, l’Apr tenait aussi une sonde sur la valeur électorale de ses hommes. Elles devaient arbitrer les prétentions au sein d’un parti présidentiel dont la hiérarchie reste floue. Lors de son directoire, l’Apr ne s’est pas attardée sur la brûlante question de l’organisation de ses structures. Dans les rangs apéristes, le niveau de défiance est tel que la hiérarchisation protocolaire est un exercice périlleux. C’est pourtant un chantier pressant. A l’interne des voix raillent souvent le niveau de représentativité du directeur de cabinet politique du Président de la république, Mahmoud Saleh, et vilipendent la légitimité du directeur des structures de l’Apr, Mbaye Ndiaye, laminé aux dernières locales par Moussa Sy. Marième Badiane, la responsable des femmes, est chahutée par ses paires de l’Apr.

Resurgit en filigrane l’urgente question du numéro 2 qui préfigure du débat houleux au sein de l’Apr, quand il faudra choisir un directeur de campagne pour le candidat Macky Sall en 2017. Ces dissensions internes ont un impact sur le projet référendaire. Il n’est plus question d’y adjoindre une clause interdisant au chef de l’Etat d’être en même temps chef de parti. Cette confusion des casquettes est pourtant considérée par beaucoup d’observateurs, comme un ventre mou de la démocratie sénégalaise.

Pour muer l’Apr, Alliance Pour la République, en une grosse écurie présidentielle, capable d’arracher un second mandat, Macky Sall doit maîtriser ses troupes. Les querelles internes rythment la vie du parti. La passe d’armes entre Moustapha Cissé Lô et Mahmout Saleh le directeur de cabinet politique du Président, en dit long sur l’ambiance au sein de l’Apr.

Ambitions de pouvoir

Une fois réglée la question de la discipline interne, l’Apr doit faire face aux problèmes de voisinage avec ses alliés de la mouvance présidentielle. Comment gérer les égos politiques au sein de Benno ? Rien ne garantit que la solidarité de Bby sera encore de mise au moment de conquérir le pouvoir. Le Ps est clair sur ce sujet : pas question de sacrifier l’ambition politique sur l’autel d’une alliance de circonstance.

Héritier d’une vieille tradition politique, le Parti socialiste, a, par la voix de son secrétaire général Ousmane Tanor Dieng, affirmé sa volonté de puissance : « Notre seul objectif reste la conquête du pouvoir ».

Baroud d’honneur ? Tanor, affaibli par ses scores électoraux et dont la légitimé est chancelante (en témoigne la candidature avortée de Aissata Tall Sall lors du dernier congrès) a sorti la bonne pioche pour réconcilier les différentes tendances socialistes. Notamment la jeune garde socialiste, aujourd’hui incarnée par Abdoulaye Wilane et Barthélemy Dias, qui affiche clairement des ambitions de pouvoir.

De facto, les socialistes ont posé un acte de candidature pour la présidentielle de 2017 et qui plombe l’ambiance au sein de Benno. L’objectif socialiste est clairement en conflit avec la volonté déclarée de Macky Sall de briguer un second mandat. Le voisinage au sein de la coalition Benno Bokk Yaakar risque de s’en trouver un peu plus étroit.
L’Alliance des forces de progrès (Afp), l’autre appui de taille du pouvoir, est entrée dans une crise de vocation, d’ambition et de génération, dont elle ne sortira pas indemne. Ni ses alliées. Pour 2017, Moustapha Niasse, disqualifié par l’âge, a décidé de faire de l’Afp, un parti de soutien pour la réélection de Macky Sall. Mais une éventuelle candidature de l’Afp à l’élection présidentielle de 2017 est agitée par une frange jeune et dissidente du parti.

Tirant les leçons des ses amitiés incertaines, l’Afp a entrepris de s’ouvrir, une opération de charme souvent contreproductive.

Jamais dans l’histoire politique du Sénégal, un parti aussi novice dans les affaires de l’Etat et aussi informel dans ses structures n’a été confronté à ce double challenge : tenir le gouvernail et reconquérir un deuxième mandat. Tandis que l’espace du pouvoir, partagé entre alliés, devient, à mesure qu’approche l’échéance présidentielle, plus étroit.

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