LES ALTERMONDIALISTES DOIVENT FAIRE LEUR MUE Avenir du forum social mondial

Le Forum social mondial (Fsm) a eu lieu pour la deuxième fois en Tunisie. Du 24 au 28 mars, des milliers d’altermondialistes ont eu à consacrer la tradition du contre-sommet de Davos où les puissances du monde se réunissent. Le Fsm s’est tenu sous un registre différent. Car à quelques heures de l’ouverture, la Tunisie a été touchée de plein fouet par un acte terroriste.

Entre deux éditions, le comité d’organisation du forum social mondial de Tunis a peut-être hasardeusement fait sa mue. Changements qui ont eu un impact dans le dispositif sécuritaire. Le campus El Manar de Tunis qui a accueilli, pour une deuxième fois les altermondialistes, a été transformé en forteresse. Le portique était un passage obligé pour chaque participant. Les sacs fouillés minutieusement. Le spectre de l’attentat du musée Bardo a plané sur l’ouverture du Fsm 2015 où les altermondialistes avaient afflué en plus grand nombre.

Le Fsm contre le terrorisme

La marche d’ouverture du forum a aussi eu lieu sous une haute sécurité. La police tunisienne a quadrillé la zone de Bab Saadoun interdite de circulation aux véhicules. L’interdiction de la circulation sur l’axe qui abrite une marche est un fait habituel pour l’organisation d’une marche de cette envergure. Mais ce qui attire l’attention, c’est l’important dispositif mis en place. Un poste de contrôle a été érigé à chaque coin de Bab Saadoun pour superviser l’évolution de la procession des différentes délégations qui ont comme point de chute le musée du Bardo, lieu historique de la Tunisie où deux terroristes ont perpétré un attentat faisant plus d’une vingtaine de victimes. Le 24 mars, jour de l’ouverture du Fsm 2015, a coïncidé avec la réouverture officielle du musée.

Bab Saadoun, lieu stratégique qui mène au musée fermé depuis le jour du drame, a été choisi pour abriter l’ouverture de la marche. Armé de ce slogan, «les peuples du monde contre le terrorisme», les participants du Fsm venus des quatre coins du monde se sont solidarisés avec la Tunisie pour dénoncer le terrorisme, phénomène qui essaie de déstabiliser ce pays.Une marche colorée malgré la pluie qui n’a pas été handicapante même si quelques participants se sont mis à l’abri de café ou à l’entrée des magasins qui ont pignon sur Bab Saadoun. Chaque délégation a porté son combat transmettant par la même occasion, avec des banderoles, slogans, flyers et pancartes, l’essence de leur lutte. Par cette mobilisation, le comité du Fsm appelle à l’intensification de «la mobilisation de toutes les forces sociales, civiles, altermondialistes et pacifiques, eu égard à l’importance du rôle qu’elle jouent, pour s’opposer au terrorisme en faisant du Fsm de Tunis un jalon qualitatif dans l’établissement d’un rapport de forces au profit de la paix, de la démocratie , de la justice sociale dans la région et dans le monde». Le comité confirme la création d’une commission au sein du conseil international pour la rédaction de la charte internationale altermondialiste du Bardo de lutte contre le terrorisme.

Le mouvement altermondialiste s’essouffle

Une nouvelle thématique s’inscrit donc à la pléthore de causes défendues par les mouvements sociaux « pour un autre monde ». Jadis le terrorisme était corrélé aux méandres de la migration, pour sensibiliser sur les dangers encourus par les candidats à la migration. Malgré cette nouvelle donne, le forum social mondial a perdu de son lustre. Il s’était fixé comme objectif de proposer «un autre monde», différent des règles imposées par le capitalisme et l’expansion de la mondialisation. Le monde capitaliste continue de modeler la planète, alors que le mouvement altermondialiste s’essouffle. Ce sont presque les mêmes thématiques à chaque édition. Au point que le problème a été abordé lors de cette édition où les initiateurs ont invité les altermondialistes à la réflexion. La teneur du forum diagnostiquée, les insuffisances et inconvénients soulevés par les pairs. Il est toutefois ressorti des débats un plaidoyer pour le maintien de ce cadre d’échange. La majorité a estimé que le Fsm est la vitrine devant permettre aux mouvements sociaux et communautés locales, d’extérioriser leur campagne «pour un autre monde». «Il faut qu’on se batte pour construire des mouvements sociaux encore plus forts». Tel a été le mot d’ordre le plus récurrent.

Mouhamed Mouddene du Maroc a expliqué cette perte d’altitude autrement.
«C’est surtout l’intérêt médiatique qui s’est essoufflé, une fois passé l’effet de nouveauté. Et donc, le bénéfice que peuvent en tirer les politiques en campagne électorale», assure-t-il, tout en s’interrogeant sur la gestion des fonds collectés par le comité d’organisation du Fsm. Néanmoins, les intervenants sont convaincus que le forum social devrait rapidement trouver d’autres alternatives sous «peine de se retrouver au purgatoire». Candido Grybowski, des co-fondateurs du Fsm, déclare que «le monde n’a pas tant bougé. Il faut que l’on laboure mieux nos thématiques, que l’on retrouve des capacités d’action que la crise a mises sous l’éteignoir». Le débat ainsi posé laisse en suspens la question du futur. La réflexion se justifie d’autant plus que l’affluence n’était pas des plus grandes à ce Tunis 2015. Le conseil international du Fsm présente un bilan satisfaisant, malgré l’attentat du musée Bardo. Les statistiques indiquent 45 mille participants venus de 121 pays. La réalité est tout autre sur le campus de l’université El Manare. Près de 800 organisations et mouvements se sont décommandés tout juste après l’attentat perpétré au musée du Bardo. Ce qui s’est ressenti sur la tenue du Fsm même si les échanges, réflexions et débats ont eu lieu tant bien que mal. Appréhension face au terrorisme ou démission des altermondialistes par rapport à leur cause, l’avenir nous le dira.

Fatou sagar diop

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