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L’Eldorado du palais

Publié le 19 novembre 2014 par Godlove Kamwa

Contrairement au pays imaginaire que les conquistadors espagnols pensaient découvrir entre l’AmazonIe et l’Orénoque pour avoir une multitude de trésors, qui leur rendraient la vie facile, l’Eldorado du palais de Roume est réel et prometteur. Seuls les artifices pour le façonner changent au fil des magistères ; mais l’objectif ne change pas : servir les siens autant qu’ils servent à se perpétuer au sommet de l’Etat. Le projet de budget de 2015 introduit par l’administration Sall, ces derniers jours, illustre à souhait la pratique inverse des discours politiques de rupture. Un coup d’œil de la presse par exemple sur la part belle faite au fonctionnement de la présidence de la République l’élève aux antipodes des prédications développées ces dernières années sur la sobriété.

Les cérémonies et fêtes, bien que supprimées au cabinet, passent de 12 à 26 millions de FCFA dans différents services présidentiels comme si la critique faite par le premier sénégalais à ses compatriotes d’être plus fêtards que travailleurs reste à la hauteur caricaturale des homélies de clergés : faites ce que je vous dis et non ce que je fais. Lorsque le budget de fonctionnement de la présidence avait été baissé de 43% en 2014, certains observateurs avaient salué la mesure, sans tenir rigueur de l’astuce qui consistait à engraisser plusieurs autres services de l’Etat, y compris ceux détachés du palais à l’époque. De toute évidence, la règle du simple au double tend à remettre les pendules à l’heure. C’est le cas au Conseil économique et social passé à 45 milliards sans grosses exigences sur les missions à lui conférées jusqu’ici, dans l’élan de développement préconisé depuis 2012. Pour 2015, le budget de la présidence pourrait passer de 43 à 63 milliards, soit une augmentation d’environ 19 milliards de FCFA avec de fortes dépenses de personnel passées du simple au double. Elles sont consignées pour l’essentiel dans la rubrique “autres indemnités” qui explose sans véritables fondements. Le budget 2015 de la présidence prévoit l’avancement des privilèges des proches collaborateurs du Chef de l’Etat avec le doublement du paiement des heures supplémentaires, l’augmentation du personnel à raison de 6 ministres conseillers supplémentaires, 11 conseillers spéciaux supplémentaires et 4 autres chargés de missions. Sans compter les ambassadeurs itinérants qui passent de 2 à 7 en 2015. S’y ajoutent l’augmentation des frais de voyage à l’étranger, le volet social et les opérations de charme en direction des congrégations religieuses.

Pierre Joseph Proudhon, l’un des premiers penseurs libertaires du 19ème siècle en France, affirma que « L’État n’est pas un Père Noël bienveillant mais un monstre égoïste et intrusif qui ne sera jamais satisfait, un monstre soutenu par la démocratie». Autrement dit, la prérogative est valide et l’ambition justifiée mais il reste que le coût de la charge politique en vue de conclure ou conquérir 2017 pourrait être plus cher. Un dispendieux décret de mai 2014 attribue la somme totale d’environ 33 500 000 FCFA, soit un budget annuel de 402 millions FCFA pour les conjoints de quelque 67 patrons des représentations diplomatiques sénégalaises établies dans le monde. Les bénéficiaires et autres acteurs de ce corps soutiennent que c’est une vieille doléance qui répond aux peines consenties par ces conjoints de personnel diplomatique que le droit de la fonction publique ne reconnaît nulle part. En recherchant par quelle opération du Saint Esprit, les forces princières ont trouvé le moyen de s’arroger un tel luxe, la presse s’est entendu dire que cette allocation ne sera pas une charge parce qu’elle était prévue dans le budget du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur. Des études comparatives montrent à suffisance que par de viles subtilités, les hommes d’aujourd’hui font ce qui était reproché hier si ce n’est pire. Le baromètre des performances socio économiques étant encore inquiétant, les interrogations sur tout le luxe de la dépense de l’Etat restent sans réponses. Malheureusement, des enfants continuent à décéder faute soins médicaux et des femmes meurent encore en donnant la vie. Les personnels de santé, les moins gâtés des recrutements massifs de la Fonction publique, restent les moins disponibles dans l’arrière-pays. Dès lors, l’opportunité de grève dans toutes les agences et autres structures étatiques ou para-étatiques où les mois sont plus longs, est tout à fait avérée. Résultat des courses : le commun des sénégalais se voit contraint de conclure que les personnels de la présidence et les conjoints de chefs de missions diplomatiques sont plus dévoués à la nation que les enseignants, les personnels de santé et autres agents de la Fonction publique immatriculés en bonne et due forme dans le fichier du personnel de l’Etat. Des conjoints qui ne sont aucunement astreints à servir le développement. Selon l’ancien ministre des Affaires étrangères et ancien ambassadeur, Seydina Oumar Sy, des pays comme le Mali et le Bénin ont depuis longtemps accordé cet avantage aux épouses des ambassadeurs. Une comparaison bien loin de la raison et de la réalité car les défis sont loin d’être les mêmes, bien que tous les pays de la sous région accusent les mêmes tares de gouvernance. Ces pays voisins, loin d’être des exemples, n’en, font pas moins l’objet de chiffres cinglants de la misère avec un indice de pauvreté débordant. C’est à croire que Frédéric Bastiat eut raison de constater que ‘’les gens entrent en politique pour changer le monde mais c’est une mauvaise idée’’. La seule bonne raison d’entrer en politique est de conquérir le pouvoir pour permettre au monde de se changer lui-même.

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