La part du Sénégal dans les investissements directs étrangers (Ide) peut être améliorée par une nouvelle politique de réforme de l’environnement des affaires, et tenant compte des problèmes très sérieux comme la question de l’énergie. C’est ce qu’indique le rapport 2015 de la Cnuced.
L’investissement direct étranger (Ide) a baissé de 16%, pour l’année 2014, après deux années de progression. En effet, de 1 450 milliards de dollars en 2013, les flux d’Ide sont tombés de 1 230 milliards de dollars en 2014 (environ 615 milliards de Cfa). Cette chute du niveau global de l’Ide l’an dernier est imputée à la fragilité de l’économie mondiale, à l’incertitude des investisseurs au sujet des orientations politiques et aux risques géopolitiques élevés. C’est sur ce constat que s’ouvre le rapport 2015 de la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) sur l’investissement dans le monde publié^, mercredi 24 juin. Intitulé « Réformer la gouvernance de l’investissement étranger », le rapport annuel édition 2015, décrit un groupe des pays en développement gagnant du terrain, pour avoir concentré 55 % à 681 milliards de dollars, soit plus de la moitié du montant total, au moment où les pays développés enregistrent un recul de 28 %, à 499 milliards de dollars, atteignant le niveau le plus bas depuis 2004.

La part de l’Afrique des Ide est d’ environ 2%

Pour la part de l’Afrique des Ide, les entrées étaient de 54 milliards de dollars de ce pactole en 2014. Soit environ 2%. Et le pays qui attire le plus de capitaux au niveau du continent reste l’Afrique du Sud. Au Sénégal, l’investissement direct étranger (Ide) a augmenté. En effet, notre pays a reçu 343 millions de dollars en 2014, soit environ 171,5 milliards de Cfa, contre 311 millions de dollars en 2013. «Durant les trois dernières années, le Sénégal a connu une progression, passant de 276 millions de dollars en 2012 à 311 millions de dollars en 2013 et en 2014 on a bénéficié de 343 millions de dollars», a souligné le présentateur du rapport, Pr Malick Sané, directeur du laboratoire des politiques commerciales à la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). A en croire Pr Sané, cette progression découlerait du démarrage du Plan Sénégal émergent (Pse) qui sollicite des investissements. « Mais, les décaissements sont effectués à partir de cette année 2015. Donc, c’est l’année prochaine qu’on pourrait y voir plus clair. Car, le financement du Pse provient des bailleurs multilatéraux, alors que ce sont les entreprises qui font les Ide», précise-t-il. Mais, par rapport à d’autres pays du continent à l’image du Nigeria, le Sénégal est assez loin derrière.

Réformes nécessaires

«Les Ide profitent aux pays qui disposent de ressources naturelles comme le pétrole et l’or…, et d’une forte démographie qui correspond à un grand marché. Le Nigeria est pourvu de ces avantages, alors que le Sénégal manque de ces deux facteurs attractifs», indique Pr Sané. Par contre, poursuit-il, le Sénégal pourrait miser sur l’environnement des affaires et la stabilité du pays pour pouvoir prétendre à une augmentation significative des entrées des Ide. « Si le Sénégal réussit à réformer l’environnement des affaires, notamment avec une absence de corruption, des infrastructures de qualité, et à régler la question de l’énergie, notamment des coupures intempestives, en réduisant son coût et assurant sa disponibilité, on pourrait compenser cette absence de ressources et cette faible population», indique Sané. De son avis, Le Sénégal doit cette progression aux secteurs des télécoms, du tourisme, de l’agriculture, des transports, entre autres.

L’INCIDENCE D’Ebola

En fait, l’étude de la Cnuced souligne que toutes les parties du continent ne sont pas logées à la même enseigne. Selon le rapport 2015 de la Cnuced, l’Afrique du nord a enregistré un recul de 15 % à 11,5 milliards de dollars. Cette régression est due à son instabilité politique et à la persistance de l’insécurité. Mais, l’Égypte et le Maroc tirent leur épingle du jeu avec respectivement +14 % à 4,8 milliards de dollars et +8 % à 3,6 milliards de dollars. En Afrique subsaharienne, les Ide sont en progrès de 5 % en 2014, selon la Cnuced ; mais l’Afrique de l’Ouest reçoit 10 % d’investissements étrangers en moins (12,8 milliards de dollars), sous l’effet de l’épidémie d’Ebola, de l’insécurité et du recul des cours des matières premières. En Afrique de l’Est, les flux d’Ide ont augmenté de 11 % pour atteindre 6,8 milliards de dollars, là où les entrées d’Ide en Afrique centrale ont enregistré une hausse de 33 % par rapport à 2013 pour avoir reçu 12,1 milliards de dollars d’Ide en 2014. L’an dernier, on a constaté que les entreprises multinationales des pays développés comme les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne ont désinvesti en Afrique et qu’ils ont été remplacés par des multinationales venues de pays émergents, la Chine et l’Inde notamment. Il faut noter que les Ide d’origine africaine représentent 76 % des Ide totaux : l’Afrique se finance elle-même. L’an passé, la Cnuced a tout de même relevé que le montant des investissements à l’étranger des pays en développement s’élevait à 470 milliards de dollars, soit une hausse de 23 % par rapport à l’année précédente. De cette part, les pays asiatiques dits émergents se dévoilent comme le premier groupe qui investit au monde en 2014 et ils pourraient continuer sur cette voie pour 2015. Pour la première fois, les multinationales en provenance des pays en développement d’Asie ont représenté quasiment un tiers de ce montant. Et, les seules multinationales chinoises ont investi 116 milliards de dollars dans le monde.

La Cnuced a fait état d’un record d’investissements en provenance des pays asiatiques qui sont en 2014 à la première place en matière d’investissements directs à l’étranger. Ces pays sont devenus la première région qui investit au monde. Le rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement a constaté qu’ils sont les champions, car ils s’offrent tout de même une hausse non négligeable de 23 %.

La Chine talonne les États-Unis

En 2014, la Chine devient la première destination mondiale des flux d’investissement, suivie de Hong-Kong (Chine) et des Etats-Unis. Etant le pays qui a reçu le plus d’investissements directs étrangers en 2014, selon le dernier rapport des Nations unies, elle a détrôné les États-Unis qui ont enregistré une chute très significative des Ide (de 231 à 92 milliards de dollars entre 2013 et 2014). Malgré une baisse de régime de la locomotive chinoise, les Ide ont progressé de 123 à 128 milliards de dollars qu’il faut aussi mettre en perspective avec une forte progression à Hongkong de 39 %. Autre tendance, souligne l’économiste de la Cnuced en France, Axèle Giroud, c’est surtout le secteur des services qui bénéficie en Chine de cet afflux de capitaux étrangers, dans la distribution, la finance et les transports. Alors que l’investissement dans l’industrie tend à diminuer, en raison de la hausse des coûts de la main d’œuvre.

Pour 2015, la Cnuced prévoit dans son dernier rapport annuel sur l’investissement dans le monde une hausse de l’Ide de 11 % dans le monde, à près de 1400 milliards de dollars. Ce bond en avant devrait se poursuivre les années prochaines et atteindre 1 500 milliards en 2016 et 1 700 milliards en 2017.