LE RENOUVEAU BALISé AU FORCEPS Lutte sénégalaise

Le week-end de lutte a été riche en affiches alléchantes. Avec en toile de fond l’ambition de redonner à ce sport traditionnel son lustre d’antan. Au finish, les amateurs se sont bien régalés, mais les gains escomptés étaient-ils au rendez-vous ? En tout cas, les promoteurs n’étant pas des philanthropes, seul le retour des géants du sponsoring pourrait maintenir la cadence.

L’objectif n’était pas essentiellement financier. Il s’agit plutôt de remobiliser les amateurs et de ramener les sponsors », a dit en substance Charles Faye, le Directeur de GFM Entertainment, interrogé 24 heures après le grand combat, entre Balla Gaye 2 et Eumeu Sène, qui avait tenu en haleine tout un peuple jusqu’à la dernière minute le 5 avril dernier. Et on peut le lui accorder. Puisque la question du renouveau de ce sport national est sur toutes les lèvres depuis la désaffection de certains sponsors, dont le plus important est Orange qui ne pouvait tolérer que son image puisse être associée à la violence qui entourait les combats tant au stade, dans les quartiers alentours qu’aux domiciles des têtes d’affiche, c’est-à-dire, un peu partout à travers le pays.

Mais pour le « choc » Balla Gaye 2/Eumeu Sène, GFMEnt a dû développer une débauche d’énergie, des montages médiatiques monstres et un marketing ingénieux, autour d’une campagne de communication rarement aussi intense pour réussir son pari. Youssou Ndour qui s’est allié dans ce domaine particulièrement sensible avec Luc Nicholaï, le mastodonte des grands moments de lutte, partiellement réhabilité, a également choisi comme parrain Lamine Diack dont le nom restera toujours lié à sa discipline de masse qui est l’athlétisme, et au milieu sportif en général. La veille, dans le sillage des festivités de la fête annuelle de l’indépendance, le 4 avril habituellement fort couru pour de tels événements, c’est autour de la télévision numérique terrestre (TNT) et du Plan Sénégal émergent qu’on a tenté de raviver la flamme vacillante chez les amateurs qui préféraient se réfugier dans les douillets salons, derrière le petit écran. Bien qu’en temps normal, le double challenge, Zoss contre Ama Baldé et Tapha Tine contre Gouye Gui, aurait pu drainer des foules hystériques, le stade Demba Diop était à moitié désert. Disons qu’au total, les deux journées, ont sans doute rallié beaucoup de monde. Mais est-on pour autant sorti de l’auberge, surtout pour payer les cachets intenables depuis qu’on a dépassé la barre des 50 millions FCFA tant décriée par le promoteur Gaston Mbengue dit « le Don King de la lutte » ? Plusieurs variables doivent en tout cas être résolues pour un retour à la normale.

L’équation du sponsoring. C’est la quadrature du cercle, car la lutte avec frappe exige des moyens colossaux et plus personne ne s’aventure à vouloir réduire les cachets pharamineux de ces géants, face aux milliers de jeunes qui y voient une issue contre la chômage. Car même s’il s’agit davantage d’un mirage (beaucoup d’appelés peu d’élus), « la catharsis qui leur permet de fuir un quotidien absolument difficile », selon le sociologue Djiby Diakhaté, est nourrie par les paiements mirobolants qui permettent aux champions de prolonger le rêve en allant se préparer au USA, En Espagne, en Italie ou dans quelque Eldorado tant envié par les candidats à l’émigration. Mais à part quelques marques et labels habituellement présents autour des arènes et dont on connait la limite des moyens, il n’y a plus autant d’argent pour soutenir les très grands combats. Un hypothétique retour du principal sponsor qui entraînait d’ailleurs les autres dans son sillage n’est envisageable que si les déferlements peuvent être contenus.

L’équation de la violence. C’est à se demander si la violence n’est pas d’ailleurs inhérente à un sport de combat aux règles souvent floues ? Il y a en tout cas une violence latente dans et autour de la lutte qu’on ne saurait totalement juguler. Outre les séances de boxe sans gants auxquels donnent lieu les « petits combats », pour se faire une place au soleil, le combat du 5 avril en a malheureusement donné une autre triste illustration. L’acharnement du vainqueur Eumeu Sène sur un adversaire à genoux et incapable de parer les coups assénés à ses tempes n’augure rien de bon. D’autant que le motif invoqué (une profanation de tombe) défie toute rationalité et qu’il démontre que sous l’emprise de la colère entretenue par les discours et les invectives, voire la passion tout court, tout peut arriver à tout moment. On croise les doigts. Heureusement que le combat du dimanche 12 avril entre Lac de Guiers et Papa Sow a montré le vrai visage de la lutte pure.

L’équation de l’arène nationale. Les dégâts causés à la pelouse du Stade Demba Diop et exhibés au lendemain de la double confrontation remettent au gout du jour la solution préconisée par les autorités déterminées à ériger une arène sur le site de la Technopole. Voilà apparemment une question réglée, mais qui ne l’est qu’en façade. Puisque compte tenu de l’opposition farouche de certaines populations, des écologistes et des députés qui proposent d’aller vers Diamniadio, d’ici à ce qu’elle voit le jour et, d’ici à ce que des combats puissent s’y dérouler en évitant toute la psychose que vivent les populations de la proche banlieue de Dakar, bien des choses peuvent se passer.

Il est donc heureux qu’on ait franchi un cap. GFM Entertainment annonce ses programmes de mai et juillet, alors que le titre de « Roi des arènes » sera remis en jeu entre le Bombardier de Mbour qui a conquis même les télévisions européennes et un challenger qui en veut, Modou Lô, de Pikine. De belles affiches en perspectives ! Mais qui laissent sur la touche des milliers de licenciés. La seule consolation sans doute, c’est que d’ingénieux organisateurs de spectacles sont en lice qui ont concocté, d’une part d’admirables fresques historiques pour attirer une nouvelle catégorie d’amateurs, et d’autre part des séances de « bakks » faisant revivre les temps glorieux des « mbapatts » et autres manifestations interethniques.

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