La réforme foncière sous l’acte 3 - LES PAS DE LA SECURISATION A KOULOUCK WOLOF

Tous les membres de JIG- JAM (qui signifie « avoir la paix » en français), grâce à l’appui du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) et de la Fédération des organisations non-gouvernementales du Sénégal (Fongs –Action paysanne) ont pu sécuriser leurs terres. Une aubaine dans les associations paysannes sénégalaises !

En ce mercredi 07 janvier, à Koulouck wolof (département de Mbour), localité située à environ 110 kms de Dakar, les femmes vaquent tranquillement à leurs occupations. Certaines sont en train de réparer les clôtures de leurs parcelles défectueuses avec des tiges de mil récoltées il y a quelques mois. D’autres, sous un soleil de plomb, acheminent leurs sacs d’arachides dans les greniers.

A Koulouck wolof, les populations -particulièrement les femmes- n’ont pas de problèmes d’accès à la terre. Chacune ou preque a une parcelle d’un demi-hectare qu’elle exploite avec sa famille. C’est le cas de Sokhna Sow. Teint clair, la cinquantaine révolue, cette mère de famille bénéficie d’une parcelle de quatre hectares qu’elle exploite avec ses six enfants. Dans ces champs, elle cultive du mil (1 ha), de l’arachide (1 ha), du bissap (1 ha) et du manioc (1 ha). « La commune m’a remis ma délibération en 2008. Cette parcelle est maintenant sécurisée’’, affirme Sokhna, très fière d’avoir un domaine pour mener ses activités. Ndèye Coumba Dièye Sall embouche la même trompette : ‘’toutes mes terres sont sécurisées’’, laisse entendre cette mère de famille âgée de 34 bougies.

Si ces femmes ont bénéficié de terrains, dans la plupart des localités du Sénégal, obtenir un lopin de terre constitue un véritable obstacle pour les femmes. Et si elles en bénéficient ou en héritent, ce sont des terres pauvres, abandonnées ou parfois très éloignées de leur lieu d’habitation.

Un contexte d’accaparement des terres

Au Sénégal, le foncier, notamment l’accaparement des terres, a été longtemps décrié par les populations rurales. Celles-ci butent contre bien des obstacles pour en avoir, parfois expropriées de leurs terres au profit de l’agrobusiness. Cela a entraîné des soulèvements un peu partout, notamment à Sangalkam dans la zone des Niayes et à Mbane dans la Vallée du Fleuve Sénégal où des milliers d’hectares sont octroyés à des investisseurs étrangers.

Des organisations paysannes, notamment le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) et la Fédération des Ong du Sénégal (Fongs Action paysanne) ont répercuté le combat un peu partout et cela est en train de porter ses fruits. En effet, certaines communes appuient leurs populations, notamment les femmes, en leur concédant des terres. Koulouck Wolof en est un exemple. Depuis 2011, des champs, d’une superficie d’un hectare et demi, ont été octroyés à une cinquantaine de femmes. Ces champs non loin de leurs concessions sont équipés d’un château d’eau. Une aubaine selon Sokhna Sow. ‘’L’accès à l’eau nous permet de faire le maraîchage en plus de l’agriculture traditionnelle hivernale’’, soutient cette quinquagénaire. Cette infrastructure accompagnée de parcelles ont permis à la population de mener des activités toute l’année. Une approche que le Président de la Commission domaniale de Koulouck, Cheikh Sall, salue, avant d’expliquer le processus d’acquisition de parcelle dans cette commune. ‘’Le concerné fait une demande, à la suite de l’examen de son dossier, on lui délivre une délibération, une délimitation et une approbation’’, explique Cheikh Sall, par ailleurs 1er vice-président de la Fongs Action paysanne.

Les 3 465 membres de Jig – Jam sécurisés

Les habitants de Koulouck, regroupés autour de l’association ‘’JIG JAM’’ qui signifie ‘’avoir la paix’’, se réjouissent de cette démarche. Cet habitant Meïssa Fall salue la démarche apportée aux femmes, qui participent activement à la lutte contre la pauvreté en milieu rural. La quarantaine révolue, Meïssa, membre de l’association, confirme avoir obtenu 5 ha où il exploite du mil, de l’arachide, du maïs. L’association de ‘’JIG JAM’’ compte 3 465 membres dont 2 079 femmes qui s’activent dans l’agriculture et l’élevage. Elle compte 950 exploitations familiales. Pour sécuriser leurs terres, une démarche inclusive a permis de trouver un consensus. Celui-ci consiste à attribuer quatre hectares par famille, répartis ainsi : 1 ha pour la culture du mil, 1 pour l’arachide, 1 ha pour la culture fourragère et 1 ha pour le parcage des animaux. ‘’L’objectif était d’arriver à une sécurité alimentaire à travers la restauration des sols, mais aussi d’amener les populations à exploiter les parcelles octroyées par la commune’’, souligne M. Sall, qui salue l’unité et le renforcement de la cohésion familiale. Et de poursuivre : ‘’Plus de 600 ha ont fait l’objet de délibérations à Koulouck, sans compter la meilleure collaboration entre les CR et l’association et l’implication de celle-ci dans le recouvrement de la taxe rurale’’. Ces approches ont permis à la population de Koulouck de sécuriser leurs terres.

Pour les paysans, les facteurs justificatifs d’une réforme foncière s’articulent autour de quatre axes principaux :

a reconnaissance des droits fonciers réels. La reconnaissance de droits réels est indispensable pour garantir la sécurité foncière des paysans et faciliter la transformation de l’agriculture familiale. Elle s’impose pour des raisons d’équité, mais aussi d’égalité de droits entre les citoyens des villes et ceux des campagnes ;

L’investissement dans l’agriculture. En vue d’accroître la production dans le secteur agro-sylvo-pastoral. La sécurisation foncière des exploitations familiales et des entreprises agricoles est nécessaire pour encourager l’investissement, faciliter l’accès au crédit et accroître la productivité ;
La création d’une fiscalité foncière. La fiscalité foncière assure aux communautés rurales les ressources financières nécessaires, pour une application effective de la législation foncière, la gestion durable des ressources naturelles et la fourniture de services publics. L’instauration d’un impôt ou d’une taxe est considérée comme la contrepartie de la reconnaissance de droits fonciers réels. Le paiement de cet impôt se justifie d’autant plus que les communautés rurales en seraient les bénéficiaires ;

La réponse aux besoins fonciers découlant de l’urbanisation. Tout en veillant à favoriser des transferts maîtrisés qui limitent la spéculation sur les terres, il s’agit de favoriser le transfert d’une partie des terres de l’agriculture familiale pour permettre l’extension des villes et le développement d’autres formes d’activités économiques. Ce transfert devra se faire sur la base d’une juste compensation pour les paysans concernés.

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