La défaite comme « meilleure solution »

Abdou Diouf aura ainsi pris tous les risques au nom de l’Etat de droit même si, ce faisant, il mettait en train les conditions de l’alternance qui, du reste, relève de la normalité quand les dés ne sont pas pipés, à mesure que se développe la conscience citoyenne. Car ramer à contre-courant en 2000 ne pouvait que mener au désastre comme cela a failli être le cas le 23 juin 2011 quand la rue a assailli l’esplanade de l’Assemblée nationale pour s’opposer à l’intention prêtée à son successeur, Abdoulaye Wade, de vouloir procéder à une dévolution monarchique du pouvoir. Entendre aujourd’hui Abdou Diouf dire que « la perte des élections était la meilleure solution en 2000» sonne presque comme une Lapalisse.

C’est au prix de la perte du pouvoir donc, que le natif de Louga a également épargné au Sénégal le syndrome des coups d’Etat à répétition qui ont marqué l’évolution politique sur le continent. De sorte que les générations suivantes retiendront qu’Abdou « sans faute » -comme l’ont appelé les Occidentaux-, cet homme dont la parole donnée une année suffisait à Touba l’année suivante- aura démontré durant les vingt ans passés à la tête de l’Etat, un engagement intégral pour l’approfondissement de la démocratie sénégalaise.

D’autant que, dès le Congrès de 1996 consacrant l’avènement du poste de premier secrétaire au PS –l’idée était de décharger le Président de la gestion quotidienne de son parti-, des dissensions commençaient à sourdre sur fond de renouveau, voire de refondation. Cette décision venant d’un chef soucieux de ses charges et de l’équilibre entre les différents protagonistes, ne fut-elle pas le premier facteur qui allait précipiter l’alternance ? Tout semble en tout cas le démontrer, même si en démocratie, l’accession au pouvoir n’ouvre qu’à une alternative : l’heure du changement. Diouf l’aura très tôt compris dans sa mythique réserve et la solitude du pouvoir. Mais pour avoir été incompris autour de lui, son propre camp le lâchera au moment même où il parachevait des chantiers économiques d’envergure qui lui ont coûté une popularité qu’il retrouve aujourd’hui grâce à sa tempérance, ayant également conduit en silence le mûrissement de la Francophonie culturelle d’hier et les premiers jalons de l’avènement d’une francophonie économique. Heureusement que cet homme-là eût échappé à l’usure du pouvoir qui, en une décennie, peut « transformer les hommes en monstres ». Ça, ce n’est pas de nous, mais le constat-témoignage du meilleur des hommes politiques Sénégalais : le père Amath Dansokho qui sait de quoi il parle pour avoir traversé quatre magistères. « Gathie Ngalaama » Président !

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