La bancarisation - TENDON D’ACHILLE DU PSE ?

Devant la faiblesse du pourcentage de détenteurs de comptes bancaires (taux de bancarisation), l’UEMOA avait mis en place, depuis 2007, un programme pour la promotion de l’inclusion financière, y compris la promotion de l’utilisation des procédés de paiement alternatifs. Mais en dépit d’une campagne de sensibilisation menée par la BECEAO à partir de 2009 mettant l’accent sur des cibles telles que les marchands ambulants, les étudiants, les commerçants, du fait que le secteur informel concentre l’essentiel (90%) du tissu économique, l’on est encore loin du compte. Même si, expression de la volonté politique du gouvernement, obligation est faite aux salariés de recourir au virement bancaire et à l’usage des chèques pour tout paiement supérieur à 100.000 francs Cfa. C’est que l’émergence ne sera pas sans une modernisation conséquente des circuits financiers.

La faiblesse du taux de bancarisation (moins de 9 %) n’a cessé d’être dénoncée tant par les particuliers que par les PME/PMI qui manquent encore cruellement de financement. Des taux d’intérêts jugés trop élevés, une trop forte domination de l’informel sur l’économie et des phénomènes culturels induisant un manque de confiance dans la monnaie scripturale en sont la cause. De fait, les indicateurs démontrent partout un regain de dynamisme des systèmes financiers décentralisés (SF)D, dont l’offre de service (aux frais exorbitants) se diversifie et tend vers l’émission des cartes de retrait et de paiement. Cette question de la bancarisation a longtemps été agitée comme l’un des maillons faibles de l’économie. Puisqu’une étude de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) démontrait que « le taux de bancarisation au Sénégal se situe à 8,24 %, au 31 décembre 2012 », selon Eco finances. Notre pays pointait derrière la Côte d’Ivoire à 11,62 % et le Togo à 9,60 %. En termes d’installations, le Sénégal comptait 363 guichets et 377 distributeurs et guichets automatiques de billets (Dab/Gab), contre 557 en RCI et 572 Dab/Gab au Togo. Le Sénégal devance le Mali où le taux de bancarisation était de 7,78 %, pour 328 guichets et 282 Dab/Gab, et le Niger à 1,90 %, pour 114 guichets et 81 Dab/Gab. Alors que « , le nombre de comptes bancaires dans l’ensemble de l’Union monétaire ouest-africain s’établit à 7,9 millions en 2012. Ainsi, le taux de bancarisation, au sens strict, est ressorti à 7,57 % au 31 décembre 2012, selon la BCEAO.

Globalement, le taux de bancarisation tournait autour de 14 à 15% en moyenne sous-régionale, « si on n’y intègre les structures de micro finance », révélait en juin 2014, le Directeur Général de GIM-UEMOA Blaise Ahouantchede. Autre son de cloche pourtant, selon le journaliste du Soleil, citant Mme Fatimatou Zahra Diop, la directrice nationale de la Banque centrale pour le Sénégal, le 23 septembre 2010 à la clôture de la campagne de communication sur la promotion de la bancarisation et l’utilisation des moyens de paiement scripturaux dans l’espace Uemoa, visant un objectif de 20 % en 2012. Grâce au plan d’action mis en œuvre par la BCEAO, on avait réussi, selon Mme Diop, la prouesse de le faire bondir le taux de 6,2 % à 19 % entre 2009 et fin 2010. Toujours est-il qu’on n’a là que des indicateurs chiffrés, même si ceux-ci sont déterminés par l’intensité des relations entre les institutions financières et la clientèle des particuliers et des entreprises. Longtemps décrié, le manque de confiance des particuliers pour la monnaie scripturale est un facteur culturel fortement ancré et qui sera difficilement contournable, sinon par la persuasion. « Le défi principal à relever constitue la vulgarisation, la communication, mais également la sensibilisation », indiquait Blaise Ahouantchede, Directeur Général de GIM-UEMOA, s’exprimant en juin 2014, lors de l’ouverture du 4ème salon monétique régional. Les banques étant loin d’être des philanthropes, on risque de s’en arrêter là, la plupart cherchant plutôt à multiplier les offres alléchantes, quitte à cibler les bas instincts de la population (prêts aux festivités, offres assorties de tirages, etc.).

Les mal-pratiques indexées

Parce qu’à l’ignorance, il faut ajouter le poids des pratiques peu orthodoxes des banques qui ont longtemps été dénoncées. Notamment l’application de taux d’intérêt qu’apparemment rien ne justifie, si l’on en croit les professionnels, comme Saliou Sarr, le président de l’Association sénégalaise des usagers de banques (Asub). Dans sa« Note sur les mauvaises pratiques bancaires au Sénégal » rédigée en novembre 2014, celui-ci mettait principalement en cause « les taux d’intérêt appliqués, qui varient de 8 à 14 % ». Alors que les banques, elles, bénéficient pour leur refinancement auprès de la Banque centrale de conditions douces correspondant aux taux directeurs de 2,5 à 3,5 %, dénonce-t-il. Avant d’affirmer que « les mal-pratiques sont bien à la base de la faible bancarisation ». En face, nul ne s’en cache ; tout juste se contente-t-on de justifier. A l’image du le Directeur général de la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (CNCAS), Boubacar Arfang Daffé qui précisait dans une interview à la revue « L’Afrique dans le monde » que « la détermination du taux est dictée par le coût d’acquisition de la ressources et que la place du Sénégal et de la sous-région est caractérisée par des taux de rémunération assez élevés, avoisinant les 7% ». Avant d’ajouter qu’il s’agit aussi de tenir compte des frais d’approche et du coût du risque. Autant de considérations qui rebutent le secteur privé local. En effet, la position du Président de l’Asub, est la même que celle des entrepreneurs de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois). Les participants à l’atelier de lancement du cadre de dialogue public-privé orienté PME, le 2 septembre 2014, estimaient en effet que « le système bancaire privilégie le risque sur la rentabilité ». Tandis qu’au niveau de la Confédération nationale des employeurs (CNES), le secrétaire exécutif adjoint Youssoupha Diop lance : « les banques appliquent des taux d’intérêt élevés, refusent de prêter sur le long terme, disent les chefs d’entreprises en fustigeant cette passivité des banquiers ». Le seul bémol venant du Conseil national du patronat (CNP), qui compte des banquiers en son sein.

Très peu de financements pour l’activité

A la pratique, on peut constater qu’à côté des banques commerciales pures, deux institutions spécialisées ne sont pas moins indexées. La Caisse nationale de crédit agricole (CNCAS) applique des taux d’intérêt variables : aux GIE (taux de base bancaire + 4,5%), aux particuliers et aux sociétés (taux de base bancaire + 6 points), avec une durée du prêt et un différé établis en fonction du cycle de production et de l’activité. L’emprunteur ayant « l’obligation d’y ouvrir un compte et d’y domicilier toutes les recettes de l’activité », selon la documentation disponible. A la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), un taux d’intérêt de 10 % sur 2 ans est appliqué. Dans tous les cas, les garanties restent l’autre exigence souvent dirimante. A la CNCAS, elles peuvent être réelles (sous forme d’hypothèque, de nantissement), de cautionnement ou d’aval (lettre de garantie, de confort) alors que pour les GIE de paysans, c’est la caution solidaire ou sous forme d’assurances. A la BHS, la garantie est exigée sous forme d’hypothèque de 1er rang ou d’apport en numéraire ou en nature.

Alors conclut M. Saliou Sarr « Nous nous sommes dit que ces problèmes touchaient en fait l’ensemble des usagers des banques. D’où la décision de créer une association sur le modèle de l’AFUB en France ». Et d’articuler leurs griefs comme une litanie : application d’agios sur des comptes sans prestations ; prélèvements indus ; dates de valeur qui font que la banque travaille sur votre argent ; prélèvements de commissions lorsqu’on rembourse par anticipation, non-respect de l’annualité du taux d’intérêt, les taux infra-annuels augmentant la masse sur laquelle l’intérêt est appliqué ; difficultés énormes avec les prêts sur hypothèque ; dysfonctionnement des guichets automatiques à l’époque ; paiements exigés à l’ouverture d’un compte, etc. Suite à quoi, il reconnaît des avancées remarquables depuis qu’à l’occasion du cinquantenaire de la BCEAO, Macky Sall avait soulevé le problème et que les chefs d’Etat présents avaient demandé à la Banque centrale de le régler. La BCEAO avait alors organisé une concertation régionale (« sur la promotion de la bancarisation et de l’utilisation des moyens de paiement scripturaux dans l’UEMOA -ndlr), en 2012. Les choses ont ainsi commencé à bouger. Des mesures ont été annoncées depuis pour la gratuité de 19 services bancaires. « Si l’on allégeait, si l’on simplifiait, cela encouragerait les gens à aller ouvrir des comptes », dit M Sarr. Au même moment, Abdoulaye Ndiaye, consultant Sonatel sur le « Développement du commerce électronique en Afrique: le cas du Sénégal », signale des expériences pilotes d’émission de porte-monnaie électronique menées par certains acteurs en partenariat avec les SFD et les principaux organismes de transfert d’argent se mettent à l’ouverture de GAB. A défaut de voir les clients aller vers elles, les banques vont donc aujourd’hui « à domicile ». Jusque dans les coins les plus reculés, avec tout ce que cela comporte encore comme risques quant à la fiabilité du service et à la sécurité d’une manière générale.

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