Son département a été délesté d’un pan important de ses prérogatives pour la création du Ministère chargé des Inondations et de la Direction chargée des pôles urbains. Des décisions du président de la République que Khoudia Mbaye, ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, s’abstient de commenter, même si certains techniciens de son département se plaignent de servir de cabinet de consultation. Pour sa part, la ministre veut innover en imposant le volet assainissement dans l’érection des cités. Elle se bat aussi pour faire baisser le coût du loyer, tout en améliorant le dispositif d’accès au permis de construire avec la mise en place d’un guichet unique dans chaque département.

Baisse du loyer

Le Ministère de l’Economie et des Finances et nous-mêmes avons été instruits de réfléchir ensemble sur la question. Dans sa Déclaration de Politique générale, Mme le Premier ministre a annoncé la mise en place imminente d’un comité regroupant l’ensemble des acteurs, afin de réfléchir et de proposer des directions d’actions. Elle pense que ce groupe donnera des propositions qui permettront de baisser le loyer. Quant à nous, nous pensons que la question de la surface corrigée devra être revue. Mais nous sommes convaincus que la production massive de logements sociaux est le moyen le plus efficace de baisser le coût du loyer. Cela passe par la reconstitution d’un parc locatif de sociétés nationales (Sn HLM et  Sicap). Et c’est pourquoi, en ce qui nous concerne, nous avons décidé de mettre encore plus de pression sur ces deux sociétés, pour qu’elles se recentrent sur leurs missions originelles consistant à produire des logements de qualité, pour le Sénégalais moyen, voire à faible revenu.

Logements sociaux

Sous Léopold Sédar Senghor et en partie sous Abdou Diouf, il y a eu une production relativement importante de logements réalisés par la Sn HLM et la Sicap. C’est sous Abdou Diouf qu’on a commencé à constater la tendance baissière dans les constructions de logements sociaux. La situation s’est aggravée sous Abdoulaye Wade. Une structure comme la Sn HLM, non seulement n’a pas fait l’objet d’attribution de terres, mais même le patrimoine qu’elle avait, a été en partie repris par l’Etat. C’est là où a été logé le programme «Jaxaay». De même, la rareté de réserves foncières à Dakar est une difficulté réelle et c’est pourquoi nous avons été instruits par le président de la République d’offrir l’opportunité aux promoteurs de l’Etat comme à tous les autres promoteurs d’ailleurs, d’obtenir le foncier à titre gracieux. A la condition qu’ils s’engagent à faire un programme social. C’est à ce titre que la Sn HLM a bénéficié d’une attribution de 150 hectares dans la zone de Diamnadio dans le département de Rufisque. Bien entendu, la Sn HLM s’était déjà positionnée pour mettre en valeur ces terrains et nous l’avons accompagnée dans la recherche de fonds, parce que le financement est un autre problème pour l’habitat social. Il y a également la question du foncier et de la fiscalité. Si l’on veut une production massive de logements, il va falloir injecter beaucoup d’argent. L’Etat est en train de chercher cet argent. Il faut aller vers des partenariats «public-privé». Nous allons vers la signature d’un protocole avec la Sn HLM et la Sicap. Il est vrai qu’aujourd’hui la gestion du pôle de Diamniadio revient à la Délégation à la promotion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac rose qui est logé à la présidence de la République. Mais, il y avait là des perspectives pour leur attribuer gratuitement du foncier s’il reste dans la perspective  de produire du logement social.

Les coûts de production indexés

Il y a un effort à faire pour baisser le coût des intrants et nous réfléchissons à tout cela, car rien que le foncier représente 25% des coûts de logement. Un groupe de travail a beaucoup avancé sur la question, car in fine c’est l’acquéreur de logement qui va de toute façon payer les coûts et c’est pour lui que nous disons qu’il faut baisser le coût du loyer. Il faut revoir à nouveau la structure des prix pour avoir effectivement une action précise sur les taxes. La Direction de la promotion de l’habitat social (DPHS) a piloté deux groupes de travail pendant que tenions des ateliers sur, justement, l’habitat social. Nous avons associé dans la réflexion les assurances, les banques, les coopératives, les promoteurs privés et l’ordre des architectes. Nous avons fait en sorte que la réflexion soit inclusive et participative pour voir comment agir sur la fiscalité en termes de TVA. Les sociétés ont souvent dit que cela grevait les coûts de la production. J’ai demandé que l’on se penche sur le matériel de construction innovant. Est-ce que nous devons toujours utiliser les mêmes matériaux ? Doit-on produire la même brique que mon grand père ? N’y a-t-il pas d’autres méthodes technologiques innovantes de construction qui permettent de faire des économies en termes de temps et en termes financiers, de manière à influer sur le coût du loyer ?

Le logement à 20 voire 25 millions de FCFA est hors de portée des Sénégalais moyens. Pour que les coûts baissent sans impacter la qualité du logement, nous avons pris en référentiel les dernières constructions de Jaxaay qui étaient autour de 6,5 millions FCFA à l’époque. Nous avons pensé qu’il fallait qu’on reste autour de ces coûts-là. Les promoteurs immobiliers, les services techniques, les banques, ont abouti à un logement autour de 9 millions FCFA. Ce qui signifie qu’un habitat sur 150 m²  avec 3 pièces, dont un salon, une salle de bains, une cuisine devrait coûter  4,8 millions FCFA. Nous avons ajouté le coût de la viabilisation. Il n’est plus question dans ce pays d’ériger des cités sans assainissement.

Classement du Doing business

L’amélioration de l’environnement des affaires doit être une préoccupation importante. Il est nécessaire aujourd’hui que nous soyons conformes à nos engagements en termes de délais. Le Code de l’urbanisme va être révisé afin d’asseoir un code en une seule loi, facile à utiliser. On impute une bonne part de cette mauvaise notation aux permis de construire, aux lenteurs dans la délivrance de l’autorisation foncière. D’autres structures ont eu à témoigner des efforts qui ont été réalisés sur la procédure que nous avons mise en place. Il faut clarifier un fait : quand on parle d’autorisation de construire qui entre dans la notation du Doing Business, on parle généralement des établissements à caractère industriel. Cela ne concerne pas l’autorisation de construire des parties civiles.
Et donc pour ces établissements industriels, il y a plusieurs services qui entrent dans l’instruction. Il s’agit du service des Domaines, du Cadastre, quelquefois du Service d’hygiène, de l’Environnement, de la Direction de la Protection civile, des Collectivités locales et de l’autorité administrative pour le contrôle a posteriori. Donc, si l’urbanisme est la porte d’entrée, beaucoup  d’autres services sur lesquels nous n’avons pas de prise, entrent en jeu. Ce ne sont pas des services internes au Ministère de l’Urbanisme. Et chacun a ses contraintes, car nous sommes dans un secteur à responsabilités importantes. En tout état de cause, nous allons mettre en place dans chaque département un guichet unique. Il y a des régions où nous n’avons pas de services départementaux, mais le service régional va jouer le rôle.

Amélioration des conditions de travail des services régionaux

Les dernières dotations des services régionaux en équipements remontent à plus de 20 ans. Une enveloppe de 800 millions FCFA a été dégagée cette année et cet effort va se poursuivre, les deux prochaines années, pour régler la question des équipements. Le ministère a livré aux chefs de services départementaux et régionaux 69 bureaux, 100 fauteuils, une centaine de chaises, 60 armoires, une vingtaine de frigos-bars, de même que du matériel roulant composé de 15 véhicules pick-up double cabine. 130 ordinateurs portables, 65 ordinateurs de bureaux, des accessoires et autres photocopieuses ont accompagné ce lot.