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Karim Wade, tout ça pour ça…

Publié le 29 avril 2014 par Godlove Kamwa

Depuis le début du feuilleton judiciaire dont l’ancien ministre Karim Wade fait l’objet sous une avalanche de passions de tous bords, très peu de scoliastes sont parvenus à balloter toutes les subtilités de l’affaire de façon exhaustive. Même pas les plumes les plus distinctives. C’est fort compréhensible. Chacun y va de son parti ou de son inconsistance sur ce gisement de sensations intellectuelles. C’est que le dossier Karim Wade présente de bien complexes aspérités à tout le moins susceptibles d’exiger mieux que la passion à ses amateurs. Quel que soit l’angle et de quelle que discipline qu’on se revendique, il faut y investir du temps et des moyens pour rester irréprochable. A juste égard, il va s’en dire que même les réflexions ici suggérées à votre curiosité courent le risque. Et cette déficience fatale est valable pour les maîtres du jeu politique qui tiennent le couteau du pouvoir par le manche sans toujours en faire un usage prudent.

Pour aller droit au but, il est superflu de souligner que les dés sont pipés dans ce procès étourdiment rendu politique dès son ouverture. Du coup, tant du fond que  de la forme, les justiciers n’ont cesse de faire droit à de sottes polémiques.  Sans compter les pesanteurs entre la pratique politique et la science du droit. Sans surprise, l’estimation de la fortune a dégringolé de près de 700 milliards à la moitié. Et finalement, l’ordonnance de renvoi ne questionnera que le tiers de cette moitié à la barre. Ça reste un bon coup de filet dont le charme perd des points à voir d’où est-on parti. Il a manqué aux fins guillotineurs de l’appareil de Macky Sall, la prudence de réaliser que jamais en 6 mois, ou plus, ils ne pourraient boucler une qualification pénale d’enrichissement illicite à hauteur de tels chiffres astronomiques : le début du doute. Le juriste Wade tenta en vain de se débarrasser de ce délit portant sur le patrimoine et c’est l’initiative qui mit la cour de répression des infractions économiques et financières en gestation. En réalité, la voie de l’enrichissement illicite serait aussi onéreuse que lourde, malgré le principe du renversement de la charge de la preuve. Après avoir exigé au justiciable de démontrer lui-même son innocence sur des chiffres que d’autres ont proclamés, il restera à fourbir les armes de la justice par exemple par les audiences foraines de confrontation des entreprises et actifs bancaires ou les commissions rogatoires à l’étranger. En l’espèce, ces commissions n’ont pas souvent le temps de justifier les montants servis à l’opinion sur la base de la moindre intuition. Dernier exemple en date : l’annonce de 45 milliards  dans un compte à Singapour. Fort possible mais la nouvelle a été consommée à toutes les sauces avant même que la commission rogatoire n’ait rendu sa copie. Ce n’est pas faute pour les experts d’avoir si souvent alerter les politiques sur ce qui s’apparentait à des folies ou pour les extrémistes, une espèce de vendetta. On en est pourtant loin car le chantier sur les biens mal acquis vaut tout son pesant d’or. Si les hommes de science bénéficiaient d’un minimum d’écoute dans les cercles de pouvoir, Karim Meissa Wade serait peut-être poursuivi pour détournement de deniers publics, pour blanchiment d’argent en recoupant les faits depuis son arrivée au gouvernement ou pour bien d’autres incriminations voisines que le Droit laissait entrevoir au prix d’un brin de retenue. Aujourd’hui ce sont des « peut-être ». Le Sénégal aurait payé près d’un milliard et demi de nos francs par an pour le confort de voyage de cet ancien patron de ministère à rallonge mais au moment où on va tenter d’étayer de tels excès, le politique a pris le soin de décharger le franco-sénégalais Abbas Jaber, présumé propriétaire du falcon 5o que Karim Wade utilisait pou sillonner le monde jusqu’à Novembre 2011. La proie Jaber a été honteusement lavée de toutes accusations mais des soupçons demeurent intacts. Dans une communication à l’académie des sciences morales et politiques, intitulée « le droit et les politiques », l’avocate et député européen Marie-France Garaud se demande à raison si après s’être vus submergés par le droit, les politiques ne risqueraient-ils pas de s’en trouver dépossédés.

Beaucoup s’exposent au ridicule faute d’approche mesurée. Lorsque le texte de renvoi justifie l’entreprise AN media de la défunte et vacillante chaîne de télévision Canal Info à un milliard et trois cent millions de FCFA, il y’a fort à parier que les spéculations rivaliseront d’audace à la barre. La barre où les effets d’annonce sans détails tangibles passent pour des affabulations autant que les révélations pourraient enfoncer le célèbre prévenu, l’audience étant publique, sauf dérogation du juge. A la base de l’enrichissement illicite, l’individu poursuivi doit justifier d’une plus value dans son patrimoine. Autrement dit, les éléments constitutifs de l’infraction sont établis en temps réel au bout de l’investigation, à la différence des infractions de blanchiment ou de détournement. Du coup, on s’étrangle de la question de savoir quelle allure prendront les débats à partir des entreprises qui n’existent plus ou qui sont en cessation de paiement. C’est le cas de la banque marocaine citée ou encore du cabinet Black pearl finance à la survie problématique.  Si on n’y prend garde, la bande à Mimi nous aura tympanisés sans vraiment corriger le brigand en cravate.

La polémique fait déjà grâce des controverses qu’on connaît aux juridictions d’exception par essence politique. Des controverses qui servent tout aussi naturellement qu’illégitimement les diatribes d’une défense dont le client n’a rien d’un saint. La maladresse transforme l’ours en agneau vers les urnes de 2017. De plus, la CREI en elle-même n’a pas épuisé le débat des spécialistes. Elle a été créée par une loi du 10 juillet 1981. Mais les dispositions qui en résultent, n’ont pas été reprises par la loi organique sur l’organisation judiciaire du 2 février 1984. Elle sera abrogée la même année.  Le président Macky Sall la réhabilite par le décret du 10 mai 2012. Le décret, texte réglementaire issu de l’exécutif saurait-il redonner vie à une loi, abrogée par une autre loi, texte législatif issu de la volonté générale ? Sans heurter le parallélisme de forme ? Le Niger dut s’en débarrasser au nom des droits de l’Homme. Mais au final, la somme des erreurs pourrait niaisement donner à conclure très à tort à l’acharnement car comme réalise Le Pr Flory Numbi en RDC, la répression politique est associée à celle des tribunaux d’exception, caractéristique de procédure expéditive, pour un adversaire généralement vaincu, sans aucune garantie et évidemment sans voie de recours.

 

 

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1 Commentaires pour cet article

  1. Deugg Gui Says:

    La seule chronique objective sur le fils de son père. Pour tous les analystes Wade est revenu pour Karim. Ils ne prêtent aucune once de sincérité aux raisons qu’il donne de son retour « hautement politique » : réorganiser son parti, certainement pas pour des nèfles, et réparer les dégâts commis par Macky accusé de mauvaises fréquentations. Macky n’aurait pas fait honneur à l’habit libéral….

    La stratégie de Wade semble pourtant simple dans un contexte de pré campagne des locales : engager une bataille d’opinion en utilisant comme arme le cas Karim dont 80% des charges sont tombées. L’objectif : pas faire gagner son camp mais faire perdre les locales au pouvoir…

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Les Editos

  • Me Wade, vous n’en avez pas assez des décombres !

  • Dangeureuse conjonction

  • Droit et devoir

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