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Awa Guèye, 45 ans, professeure de philosophie
La pensée au Parlement !

mercredi 25 juillet 2012

Awa Guèye, 45 ans, mère de quatre enfants, envisage de révolutionner les choses à l’Assemblée nationale. Elue sur la liste Bennoo Bokk Yaakaar, la représentante du département de Kaolack capitalise 20 ans d’enseignement dans le domaine de la philosophie.

Des salles de classe au Parlement. De la craie aux projets de loi. Des théories philosophiques à la défense des aspirations du peuple. D’importantes mutations vont s’opérer dans le quotidien d’Awa Guèye à la faveur de cette douzième législature. Elles lui sont imposées par son engagement politique. Qui nécessite une coupure avec ses élèves du lycée Maurice de Lafosse pour mettre ses compétences au service du débat démocratique et à la surveillance de l’action gouvernementale. D’ailleurs, consciente des attentes de ses mandants, l’élue du département de Kaolack, deuxième sur la liste derrière le marabout Cheikh Khoureichy Niasse, compte saisir pleinement l’opportunité de s’ériger « en voix des sans voix ». Elle entend, à cet effet, s’imprégner davantage des difficultés que rencontrent ses frères et sœurs de la capitale du Saloum afin de les exposer à la chambre des représentants. Awa Guèye, 45 ans, la taille moyenne a fini de mesurer toute l’importance du rôle qui lui est désormais dévolu. Elle sait que sa parole doit maintenant résonner au-delà des salles de classe et que sa mission doit entrer en droite ligne de la politique de Bennoo Bokk Yaakaar, la coalition qui l’a portée à l’Assemblée nationale.

Dans la nouvelle cité d’Ouest Foire, sur l’axe de l’aéroport, à quelques jets du marché Serigne Fallou, la demeure d’Awa Guèye trône au milieu de concessions en chantier. Elle reçoit dans une maison en étage (R+2) sous le regard affectif de sa progéniture. Mère de quatre enfants (deux garçons et deux filles), nés d’un premier mariage scellé alors qu’elle était en classe de première au lycée Valdiodio Ndiaye, Awa Guèye a su allier ménage et études pour réaliser ses ambitions.

Professeur titulaire de philosophie depuis 1992, la native de Kaolack y a fait ses humanités jusqu’au baccalauréat. Puis cap sur Dakar où elle décroche une maîtrise en philosophie qui lui ouvre les portes de l’Ecole normale supérieure. Celle qui deviendra Mme Cissé en 2008 après avoir tiré un trait sur son premier mariage prend service au lycée Coumba Ndoffène Diouf de Fatick. Elle y fait carrière neuf ans durant avant de se voir muter à Dakar pour dispenser des cours à De Lafosse. Jusqu’en 2010, Awa Guèye reste fidèle à l’enseignement qu’elle finit, tout de même, par quitter après avoir obtenu une bourse de l’Etat pour s’inscrire au Cesag. Dans cette prestigieuse école, elle suit un module en ingénierie et gestion de la formation. Au bout de cette courte parenthèse de près d’une année, la professeure a souhaité retourner à l’enseignement, en vain. « Le ministre, en rapport avec le censeur de De Lafosse m’ont signifié que je ne pouvais plus disposer d’emploi du temps dans l’établissement. Du coup, pendant une année, je suis restée inactive sur le plan professionnel. Un mal pour un bien puisque le refus de mes supérieurs de me réintégrer m’a permis d’élargir ma base politique afin de booster l’électorat du candidat Macky Sall dans le Saloum ».

Refaire l’image du député

Rétablir l’image écornée du député sénégalais est, comme qui dirait, une priorité pour l’élue de Kaolack. A ses yeux, « les délégués du peuple à la dernière législature ont trahi leurs semblables en plus de travestir leur mission ». De ce fait, la nouvelle assemblée hérite de la tâche de revenir à l’orthodoxie parlementaire. Ce qui, d’après elle, reste dans les cordes des hommes et des femmes présents au sein de Bennoo Bokk Yaakaar, majoritaire au Parlement. « J’ai affirmé sur un plateau de télévision que le député doit être du côté du peuple. Il doit même au besoin se départir de son manteau politique, chaque fois qu’il se retrouve dans l’institution parlementaire pour effectuer le travail attendu de lui. En tout cas, pour ma part, je ne serais le député de personne. Ce sont mes concitoyens qui m’ont délégué leurs voix, donc je veillerais à ce qu’ils soient toujours fiers de moi et satisfaits de mon action ».

La parité, un débat loin de connaître son épilogue, intéresse au premier chef Awa Guèye. Elle est d’ailleurs ragaillardie par la percée des femmes qui occupent 65 sièges à la place Soweto. « J’épouse la parité aux fonctions électives comme nous venons de le réaliser à l’issue des législatives. Je suis d’autant plus satisfaite que la loi sur la parité a réparé une injustice qui était faite aux femmes. J’estime même que 65 femmes sur 150 députés n’est pas aussi représentatif que cela pourrait le laisser croire. Mais il faut tout de même s’en réjouir. Pour autant, il ne faudrait pas livrer ces élues à elles mêmes, surtout que la parité a besoin d’être accompagnée et encadrée. La promotion de la femme ne doit pas s’arrêter au Parlement ».

En politique pour Macky

Si elle a vite gravit les échelons, Mme Cissé n’a pourtant pas fait de vieux os en politique. Ses premiers pas dans cette arène remontent en 2007 avec le mouvement M2M (mouvement pour le 2e mandat) initié par le ministre conseiller Youssoupha Diallo. Une organisation présidée par Awa Guèye et qui lui a permis de se rapprocher de Macky Sall, à l’époque Premier ministre et directeur de campagne de Me Wade. Fascinée par la personnalité de l’actuel chef de l’Etat, Mme Cissé n’a pas hésité à se détourner de la prairie bleue quand M. Sall a claqué la porte de la maison du père. Elle participe à toutes les étapes de la création de l’Alliance pour la République (Apr) et accompagne son leader pour le dépôt de la demande de récépissé. Une période durant laquelle, elle a été cataloguée, perçue comme une femme qui manque d’ambition. Des critiques formulées dans la rue mais également au sein du cocon familial. D’autant que, M. Cissé, son époux est un cacique du Pds, par ailleurs conseiller de Mamadou Seck, ancien président de l’Assemblée nationale. « Ce fut très difficile à la maison. La tension était toujours vive. Heureusement, il (son mari) a fini par comprendre qu’on n’avait pas les mêmes convictions politiques ». A l’entendre disserter sur le sens de son engagement politique, on pourrait vite conclure que Mme Cissé est une dame avec un grand cœur. Car, si on l’en croit, sa décision de faire de la politique a été motivée par la ferme volonté de se mettre au service de ses concitoyens en leur permettant de profiter des projets et d’initiatives génératrices de revenus. Elle confie à ce sujet : « nombreux étaient les personnes qui venaient m’exposer la difficulté qu’elles avaient pour joindre les deux bouts. Sachant qu’avec mon maigre salaire, je ne pouvais pas satisfaire tout le monde, je me suis dite que la meilleure chose à faire était d’entrer en politique pour pouvoir participer à la prise de décision. Je cristallisais beaucoup d’espoir dans ma contrée. Je n’arrivais pas à m’expliquer cette marque de confiance et de sympathie. Et si aujourd’hui il y a une raison pour justifier ma présence et mon engagement auprès du président Macky Sall, c’est surtout cela. Car je suis convaincue que pour pouvoir assister ses semblables, il est impératif d’être du côté des pouvoirs publics ».

L’autre Awa Guèye !

A l’apparence, une chose tranche avec la forte personnalité de Mme Cissé. Elle est à l’image de la Sénégalaise lambda, qui quelque fois, semble perdre de vue les dangers de la dépigmentation. Sa peau, couverte dans les trois quarts, n’est visiblement pas en très bon état. Elle est affectée. Les produits qu’on y a appliqués des décennies durant ont fini par l’user. C’est d’ailleurs consciente des méfaits d’une telle pratique que la député est catégorique : « mes filles ne s’adonneront jamais à la dépigmentation. Heureusement qu’elles sont foncièrement contre. Elles ont plus de chance que moi qui ai été victime de mon entourage. J’ai subi l’influence de sœurs et de cousines qui s’adonnaient au Xeessal. C’est devenu aujourd’hui une habitude très lourde à assumer. Malheureusement, je n’ai pas pu m’arrêter à temps. Aujourd’hui, je me dis que le moment de dire stop est venu ». Une résolution prémonitoire d’un engagement sans faille à représenter ses concitoyens ?

Alioune Badara COULIBALY

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