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DOUZIEME LEGISLATURE
Quelles armes pour séduire ?

mercredi 25 juillet 2012

La loi sur la parité a fait augmenter le nombre d’élues de 20%. Mais cette entrée en puissance des femmes à l’Assemblée nationale dévoilera-t-elle de nouveaux profils de députés ? Aura-t-on droit à une Assemblée de rupture d’avec les bagarreuses investies de mission ou marchera-t-on vers l’excellence avec des débats de haut niveau ?

Loin d’un raz-de-marée des femmes à l’Assemblée nationale, la parité absolue n’a pas eu lieu. Sur les 150 députés, seul 65 sont des dames : cinquante cinq (55) de Bennoo Bokk Yakaar, quatre (4) du Parti démocratique sénégalais, deux (2) de Bokk Gis Gis, deux (2) de Bës du Niakk, une (1) du Pvd et une (1) du Mrds. Peu flatteur ! Mais, c’est un pas significatif du « sexe faible » à la Place Soweto. Un léger record s’est invité dans la 12e législature qui enregistre 44% de femmes, soit le double de l’ancienne législature dirigée par Mamadou Seck. Quand bien même le jeu était faussé dès le début. Sur les listes départementales, les hommes étaient les têtes d’affiche et ont profité du nombre impair de postes à pourvoir dans certains départements tels Salémata, Saraya, Médina Yoro Foula, Oussouye, Bounkiling, Guinguinéo, Gossas… Idem pour l’octroi du plus fort reste. La seule femme, tête de liste, Ndella Diouf est recalée quand Khadim Thioune (Mps/Faxas), Djibo Kâ (Urd), Mamadou Diop Decroix (Aj/Pads), Demba Diop (CDJE), Mamadou Diallo (Tekki), El Hadj Moustapha Diouf (Leeral), Alassane Ndoye (Deggo Stc) sauvent leur tête. A l’arrivée, si le niveau des femmes a fait longtemps débat durant cette campagne électorale, les femmes investies présentent des profils intéressants et variés. Elles viennent de toutes les classes professionnelles. Universitaires à l’image de Katy Cissé, anciennes ministres comme Aïda Mbodj et Aïssata Tall Sall, militantes des droits humains, politiques à l’image de Hélène Tine, Awa Diop, femmes de médias telle Sokhna Dieng, des enseignantes, femmes d’affaires, des ménagères et des commerçantes. Les femmes arrivent en force avec des profils divers et variés. À la 11è législature, quatre grandes figures s’étaient distinguées à l’Assemblée nationale.

L’intellectuelle, Me Ndèye Fatou Touré de Tekki brillera par son absence, mais son profil technique sera certainement porté par Me Sall, avocate et bête politique. La militante Aïda Mbodj rempile sous une robe d’opposante, idem pour Mously Diakhaté, l’iconoclaste qui, confrontée aux délices du pouvoir devra certainement se mettre sous de nouveaux habits : député du peuple ou député de l’Apr-Bby ? Voilà le futur dilemme de Mously mais vivement qu’elle ne pousse pas la loyauté républicaine jusqu’à se mettre dans la peau d’une bagarreuse telle que symbolisée par Fatou Yousnouss Aïdara sous Abdoulaye Wade.

Quel discours pour l’iconoclaste Mously Diakhaté ? De 2007 à 2012, cette députée qui n’hésitait pas à se faire entendre et prête à asséner ses quatre vérités devant un Hémicycle loin d’être acquis à sa cause dans un français propre à elle, a séduit le Sénégal par son courage, son engagement. Loin de traîner des complexes, elle a démontré que les études ne sont pas les seuls critères pour être au service du peuple. Avec comme seul bagot, un certificat d’études primaires, Mously Diakhaté n’a cessé de surprendre par la pertinence de ses idées. Jusque-là fin opposante, l’ex-complice de Talla Sylla et ancienne présidente du Mouvement des femmes de Jëf Jël de 2000 à 2007, parviendra-t-elle à se défaire de sa camisole d’apériste. Et devenir député de mission. Rendez-vous dans cinq ans !

Hélène Tine, la militante ? Première législature d’une femme rompue à la cause communautaire. Aujourd’hui, elle a même pris une revanche sur son parti qui ne l’a pas investie dans Benno Bokk Yakaar. Hèlene défilera devant son ex-patron Moustapha Niass grâce à Bës du Niakk. Ce membre du bureau politique de l’Afp qui avait répondu à l’appel de l’espoir du 16 juin 1999, passée porte-parole de l’Afp, a souffert de la fusion Bennoo Bokk Yaakaar. Cette coalition ayant porté la candidature de Niasse à la Présidentielle 2012 l’a reléguée au second plan des priorités progressistes. Ni ministre ni investie sur la liste Bennoo Bokk Yaakaar, elle se rebelle et trouve refuge à Bës du Niakk. Deuxième sur la liste, elle rehausse l’image du dialogue islamo-chrétien et renforce la laïcité de ce mouvement dirigé par le religieux, Mansour Sy Djamil. Aujourd’hui, avec un discours offensif de ce mouvement citoyen émargeant à la majorité présidentielle, Hélène joue son avenir politique. Défiera-t-elle son ex-chef, Moustapha Niasse ou prendra-t-elle fait et cause pour la diversité parlementaire qui lui vaut sa place à l’hémicycle ? Elle devra d’abord se prononcer sur son appartenance progressiste !

Adieu Me Touré, l’intellectuelle, bienvenue Me Sall ! C’est la valse des robes noires à l’Assemblée nationale. Fin débatteuse, Aïssata Tall Sall, avocate aux idées fécondes devra sans doute imprimer une marque d’intellectuelle à la Place Sowéto. L’ancienne ministre de la Communication et Porte-porte du gouvernement sous Abdou Diouf n’est pas une femme malléable. Cette socialiste bon teint, maire de Podor, se contentera-t-elle d’être soumise à la cause Bby ou se laissera-t-elle entrainer par son esprit libre ? Mais où ranger Sokhna Dieng Mbacké. Epouse du célèbre Serigne Modou Kara depuis plus une dizaine d’années, elle n’en a pas, à l’apparence, été affectée. Son passage au service public semble l’avoir marqué à jamais.

Au nom du service public ! Trente ans avant l’avènement de la parité, Sokhna Dieng Mbacké a marqué l’histoire de l’audiovisuel sénégalais avec sa couronne de Reine du petit écran. Aujourd’hui, la première journaliste présentatrice de télé des années 80, rédactrice en chef en 1984 dans un personnel masculin, se lance dans un autre combat, la défense du peuple. Conformiste et formatée par le service public, Sokhna Dieng Mbacké sera investie d’une autre mission : celle de réparer les injustices sociales. Un chantier qui ne lui est pas étranger. A la Rts elle a sorti les caméramen et preneurs de son du « camp Boiro » de l’ombre des studios. Bagarreuse, la dame jadis sans tract, vice-présidente du Sénat intègre l’Assemblée aux bras de son époux, entré en politique en 2004 avec la naissance du Pvd, 77e parti sénégalais d’idéologie endogène et s’inspirant des prismes du mouridisme.

La 12e législature aura cela de spécifique, l’entrée des partis estampillés religieux mais aussi de la société civile et des classes professionnelles et syndicales. Si Alassane Ndoye représente les transporteurs et les commerçants, la société civile aura son mot à dire avec Katy Cissé. Très active lors des Assises nationales, la directrice de campagne de Bennoo Siggil Senegaal (Bss) constituera à coup sûr la cinquième voie.

AIYATOU TAIBOU BALDE, 50 ANS, DEPUTE DE KOLDA
« Je plaide pour le retour à l’internat et la création de collèges de filles »

« Je suis née dans les mouvements associatifs mais, j’ai débuté la politique en 1985. Tout est parti de la comparaison entre Kolda et les autres régions comme Thiès, là je me suis rendu compte que ma ville natale était très en retard. Dans le but d’aider ma région, j’ai décidé de me lancer dans la politique et j’ai occupé mon premier poste de responsabilité avec le député feu Sandigui Baldé du parti socialiste comme responsable du mouvement des jeunesses féminines en 1987. Aujourd’hui, je suis deuxième femme élue député de la région après Aminata Fall Gassama en 1978. Ce poste, je le dois aux femmes. Elles m’ont soutenue, accompagnée durant toute la campagne parce qu’elles savent que je défends la cause féminine. Outre ma fonction d’enseignante, je travaille beaucoup dans le développement local. Je milite dans la lutte contre la violence basée sur le genre, le respect des droits de l’enfant, la communication de groupe. Je suis la présidente de l’antenne régionale du Conseil sénégalais des femmes (Cosef). C’est pour cela que d’aucuns disaient de moi que j’étais déjà député du peuple et qu’il me manquait juste d’aller à l’hémicycle. Aujourd’hui, c’est fait. Etre député n’est que la continuité de ce que je faisais tous les jours. A l’Assemblée, je serais au service de ma région, d’ailleurs je ne compte pas résider à Dakar. Et je vais plaider pour le retour à l’internat et la création de collèges de jeunes filles. Rassembler les meilleures jeunes filles dans ce genre d’écoles à l’image de Mariama Bâ de Gorée permettrait de cultiver l’excellence chez les jeunes filles. »

Kady Kandé Baldé (Stagiaire)

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