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PARITE A L’ASSEMBLEE NATIONALE
Maintenant les urgences !

mercredi 25 juillet 2012

Au premier plan du combat pour la parité étaient les organisations féminines. Aujourd’hui 65 femmes sur 150 font leur entrée à l’Assemblée nationale. Avec 80% de politiques, vont-elles réellement s’atteler aux questions liées à la condition féminine : les violences faites aux femmes (viols, excision, accès au soin de santé, la question de la nationalité, l’autorité parentale …).

Voter des lois, en proposer souvent et contrôler l’action gouvernementale, tels sont entre autres les rôles du député. Et avec l’avènement de la parité qui a insufflé une forte présence féminine à l’Assemblée nationale et la rupture déclarée, le Sénégal s’attend à une nouvelle ère de gouvernance basée sur le respect de l’Etat de droit, de la justice, de l’équité pour tous. Invitée à la rédaction de la Gazette en avril 2012, la sociologue et chef du laboratoire genre de l’Ifan-Cheikh Anta Diop, Fatou Sarr Sow exposait les fondamentaux de la très controversée loi sur la parité : « Si les femmes sont dans les centres de décision, elles prendraient mieux en charge leurs préoccupations. Je vous donne un exemple. Dans les salles de couches du Saloum, au moment où le comité de santé avait les caisses pleines d’argent, la salle d’accouchement était dans un dénuement total. Pourquoi ? Parce que, pour des questions culturelles, les hommes n’entraient pas dans ses salles et donc ne pouvaient constater l’état de délabrement dans lequel elles se trouvaient. » Cet exemple traduit tout le mal-être féminin auquel les 65 femmes-députés doivent s’engager à apporter des solutions tout comme ces autres injustices auxquelles fait face la Sénégalaise.

Le droit à l’avortement !

Une étude de la Banque mondiale établit que 60% des femmes sénégalaises disent avoir été victimes de violences conjugales en 2009. Viols, incestes, mutilations génitales féminines, mariages précoces constituent des maux chroniques qui frappent quotidiennement la Sénégalaise. En témoigne les pages des faits-divers de la presse infestés de ces cas. Au sujet du viol, l’atroce violence pouvant dériver sur une grossesse non désirée, le comité de réflexion sur les violences faites aux femmes et aux enfants a fait la proposition d’engager des reformes sur le Code pénal visant à le criminaliser. Au moment où les femmes juristes plaident pour la légalisation de l’avortement médicalisé pour les victimes de viol et d’inceste afin d’amoindrir le préjudice moral, physique et psychique. Mais aussi d’éviter les multiples cas d’infanticide, cet autre grand pourvoyeur de détenues. Le rapport 2009 de l’Agence nationale de la démographie et de la statistique au Sénégal révèle que « pour les détenus de sexe féminin, c’est plutôt l’infraction Infanticides – Avortements, qui constitue la première cause de détention avec un niveau de 33,8%. » Ce qui avait alerté l’ancienne ministre du Genre et de la Culture, Awa Ndiaye qui invitait, le 20 janvier 2012, à la journée de prison sans femme à une réflexion des pouvoirs politiques : « La société doit réfléchir sur le cas des femmes dont nombre sont en prison pour infanticide. Je pense qu’on doit réfléchir sur les moyens de leur permettre un avortement médicalisé dans certaines circonstances, cela va réduire le nombre de détenues en prison ».

Outre l’avortement, la lutte contre la féminisation du Sida, la mortalité maternelle et néo-natale, constituent d’autres chantiers pour les élues. Car convenons-en avec la directrice du laboratoire genre de l’Ifan-Cheikh Anta Diop : « l’Assemblée nationale, c’est l’espace où l’on distribue les ressources. Aller au Parlement, c’est la position la plus stratégique (pour les femmes) ». Proposer des lois pour le financement d’infrastructures sanitaires en qualité et en nombre permettra sans nul doute de réduire la mortalité néo-natale et maternelle. Un vrai drame au Sénégal. A preuve : environ une mère sur vingt-six laisse sa vie soit en donnant la vie ou suite à un accouchement difficile. En 2005, l’Enquête démographique et de santé révélait : « les composantes de la mortalité infantile se situent à 35 ‰ pour la mortalité néonatale et à 26 ‰ pour la mortalité post-néonatale. Globalement, le risque de mortalité infanto-juvénile, c’est-à-dire le risque de décès avant l’âge de 5 ans est de 121 ‰ ». Ces chiffres traduisent nettement les retards accusés par le Sénégal en matière de Santé de la reproduction.

Nationalité, la discrimination sexiste : « La première chose que nous ferons à l’Assemblée nationale c’est de donner la nationalité à nos enfants puisque la seule certitude, c’est la filiation maternelle. » Cette boutade de Fatou Sarr Sow du Caucus des Femmes à l’endroit de l’ex-président Wade exprime toute la détresse des Sénégalaises victimes de discrimination sexiste. La Sénégalaise ne peut, au même titre que l’homme, transmettre sa nationalité à ses enfants ou à son conjoint tel que étayé par l’article 7 de la loi 89-42 du 26 décembre 1989 (Titre II : Acquisition de la nationalité par le mariage) : « La femme étrangère qui épouse un sénégalais acquiert la nationalité sénégalaise au moment de la célébration ou de la constatation du mariage sous réserve pour le Gouvernement de s’y opposer par décret pendant un délai d’un an dont le point de départ est fixé à l’alinéa 3 du présent article (…) »

La Sénégalaise qui épouse un étranger voit ses enfants exclus de la nationalité sénégalaise avant la majorité. Pis, son conjoint ne peut en bénéficier que par voie aléatoire de naturalisation. Ndella Diouf, la candidate malheureuse du 1er juillet de la liste « Petaaw », avait fait du plaidoyer de la nationalité son thème majeur de campagne électorale. Ndella Diouf avait même utilisé la méthode forte. Cette victime de cette loi « machiste », a exposé son fils, un métis sénégalo-portugais pour dénoncer cette injustice qui la frappe. La loi sur la nationalité exclut des enfants nés au Sénégal et de mère sénégalaise. Comme elle, la femme sénégalaise mariée à un étranger ne peut transmettre sa nationalité à son enfant quand le Sénégalais l’octroie d’office à son épouse et à ses enfants. Un vrai scandale juridique dans un pays démocratique et qui se vante d’être un Etat de droit où l’égalité entre l’homme et femme est inscrite dans la constitution. Voilà une loi symbole d’une discrimination manifeste entre l’homme et la femme sénégalaise. Pis, cette loi expose les enfants à l’apatride, car ne pouvant faire ni examen ni concours malgré une naissance au Sénégal et un sang maternel sénégalais.

L’autorité parentale : Elles mettent au monde les enfants, veillent sur leur éducation et leur santé. Mais les mères dont les louanges sont chantées et vantées traînent un lourd handicap. Leur responsabilité dans la gestion de l’éducation et de la prise en charge des enfants n’est pas toujours reconnue. Le code de la famille, en son article 277, donne l’exclusivité au mari : « la puissance paternelle sur les enfants légitimes appartient conjointement au père et à la mère ». Mais, son premier alinéa vient préciser que « durant le mariage, elle (la puissance paternelle) est exercée par le père en qualité de chef de famille ». Ainsi, au Sénégal, c’est la puissance paternelle qui fait loi. L’article 152 sur la puissance maritale fait du mari le chef de famille qui « exerce ce pouvoir dans l’intérêt commun du ménage et des enfants ». Pourtant, de plus en plus, ce sont les femmes qui sont les chefs de famille, mais n’ont toujours pas droit à l’allocation familiale. Et l’autorité parentale ne leur est appliqué que « seulement en cas de déchéance, d’adultère, de décès du conjoint (…) »

Boly BAH

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