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Les fruits mûrs du Pds, Idy et Macky

mercredi 25 juillet 2012

Au-delà de l’affaire Moustapha Cissé Lô, il y a la discrète bataille entre l’Apr et Rewmi. L’enjeu : les gros poissons du Pds.

Macky Sall manœuvre toujours. Elu président avec presque 66 %, il est conscient d’une chose : impossible de se passer des fruits mûrs et savoureux du Parti démocratique sénégalais (Pds). Voilà qui fait que le Président de l’Apr et celui de Rewmi, Idrissa Seck sont dans une discrète bataille de contrôle et de captage des « transhumants » libéraux. Wade en est aussi bien éclairé. Lui qui a réussi le pari d’installer le malaise dans le camp présidentiel par son invite, le 6 juillet dernier en réunion de bureau politique, à recréer la famille libérale. Le propos a fait « sombrer » Macky dans le clair-obscur. Face à la presse à Paris, le 9 juillet dernier, il a joué au blasé. « Les retrouvailles de la famille libérale ne sont pas une préoccupation », a-t-il concédé. Puis d’ajouter être ouvert en direction des militants du Pds décidés à venir travailler avec lui « pour asseoir un processus de développement cohérent du Sénégal ». Le tout est enrobé dans le concept de « compromis historique ». Une sorte de face théorique de la démarche et du débauchage tous azimuts de ces fruits mûrs du parti de Wade. Il y a une raison apparente à cette stratégie. Il s’agit de ce dont tout le monde parle depuis que les Législatives ont fini de livrer leurs secrets. La nouvelle majorité acquise à l’Assemblée nationale (119 députés sur 150) est loin d’être rassurante. Les parlementaires militants de l’Apr sont au nombre de 65, alors que les alliés comme le Ps, l’Afp et Rewmi ont arraché au total 42 parlementaires. C’est une force de frappe qui peut faire mal. Les apéristes, majoritaires, n’ont aucune prise sur ces députés des autres partis. Elus sous la bannière de Benno Bokk Yakaar, ils peuvent se rebeller sans courir le risque d’être déchus de leur mandat de parlementaires.

Voilà qui fait que l’Apr est obligée de se plier à quatre pour souhaiter que Bby ne s’éclate pas. L’autre raison qui contraint Macky au « compromis historique » est dans cette sourde bataille pour hériter du Pds. Qui ne souvient, il y a un an, de cette réunion du secrétariat national, un certain vendredi, qui a prononcé l’exclusion d’Idrissa Seck. Pourtant, Wade s’était juré de ne jamais exclure Idy du parti. Mara, de ce sobriquet que les intimes l’appellent, plus gros « actionnaire du Pds, tient à recueillir ses dividendes. Même si, suite à sa missive à Wade, pour lui signifier qu’il ne pouvait pas être candidat à la dernière Présidentielle, les poitrines se sont chauffées de la chaleur des piments forts au Pds. Idy est proposé à la guillotine des gladiateurs de la Commission de discipline du parti. Il vient, volontiers, se donner à la furie de ses frères de parti. Le procès n’a pas lieu. L’épisode passe. Le camp Idy s’enflamme du bonheur d’avoir le bon bout. Leur leader est bien dans la famille libérale. Il décide d’y rester. Et il attend son heure. Parce que l’enjeu, c’est l’après-Wade. Cet « après-Wade » est là. Le Pds explose de toutes parts. Idy tout comme Macky en convoite des pans.

Devenu président de la République, Macky Sall tient de bonnes cartes en main. Il peut entrer en contact avec qui il veut, faire miroiter des positions et assurer la continuité aux affaires. Des libéraux, surpris par la déroute du 25 mars, ne rêvent que d’être repêchés. Sa position a, cependant, quelques handicaps.

Arrivé au pouvoir dans une ambiance où la citoyenneté n’a jamais été aussi affirmée, Macky ne peut alors recycler n’importe quel cacique au risque de s’exposer à la clameur de l’opinion. Autre obstacle, les audits engagés contre certains dignitaires ne lui attirent pas que du bien. Au contraire ! Il essuie les attaques les plus virulentes tantôt portées par Me Ousmane Ngom, tantôt par Oumar Sarr, tête de liste du Pds aux dernières Législatives. Au rythme où se développe la chronique de la gouvernance de Wade que la presse étale régulièrement, on peut s’attendre à une vaste traque qui pourrait éloigner les libéraux de l’Apr et les rapprocher de…Idrissa Seck. Et puis, dans son propre parti, des voix s’élèvent pour dire tout haut leur hostilité à la transhumance. La dernière en date est partie de Grand-Yoff. Portée par le jeune Jean Baptiste Montang Sonko responsable de la Convergence des jeunesses républicaines, par ailleurs commissaire politique de l’Apr, la complainte est sans équivoque : « pas de transhumants ! ». Mais là, difficile de savoir la religion qui l’emportera à l’Apr. Des caciques comme Moustapha Cissé Lô se sentent mortifiés de douleur dès qu’on attaque les « transhumants ». Il y en qui bandent les muscles pour avoir pêché un gros poisson libéral. C’est le cas lorsque l’ex-maire de Louga Maniang Faye a été, semble-t-il, convaincu à aux vertus de Yoonu yokkuté (programme de Macky Sall à la Présidentielle) par la ministre-conseiller Mme Marième Badiane. Les portes de l’Apr sont donc bien ouvertes. Et les candidats à la transhumance, conscients de la fureur du débat à ce sujet, se recyclent savamment dans de nouvelles structures. Me Ousmane Sèye, secrétaire général du tout nouveau Front républicain/Jaamu askan wi en est, sûrement, un cas d’école. Il a rallié la mouvance présidentielle en juin dernier lors de l’assemblée générale de son tout nouveau parti. Son viatique : travailler au rassemblement de la famille libérale.

Les alliances politiques et le pouvoir

En 1991, Me Wade, Aminata Tall, Jean-Paul Dias, Ousmane Ngom, et Me Massokhna Kane entrent dans le « gouvernement de majorité élargie ». Les libéraux en ressortent à la veille des élections de 1993 fatales à Me Babacar Sèye. Rebelote de mars 1995 à mai 1998. En 2000, sitôt arrivé aux affaires encadré par les Fal, Wade se débarrasse de tous ses alliés en moins de 5 ans. Alors qu’il y avait bien un pacte politique qui liait les différents partis. Macky Sall, signataire des conclusions des Assises nationales est quasiment enfermé dans la même logique dans Benno Bokk Yakaar. Sur nombre de points de ces conclusions, le leader de l’Apr avait annoncé ne pas être d’accord. Il en est ainsi par exemple du régime parlementaire. Ce qui ne semble guère incommoder les partisans des Assises. Par contre, des points de divergence sérieux ne sont pas à écarter. Il en est ainsi d’une institution comme le Conseil économique et social, le Sénat, le cumul entre chef de parti et de l’Etat, le statut des médias publics, etc.

Le faux débat du perchoir

Moustapha Niasse président de l’Assemblée nationale et la terre se dérobe sous les pieds de l’Apr ! Voilà la fausse alerte qui a semé la panique dans le parti du Président Macky Sall. Et alimenté l’affaire Moustapha Cissé Lô. Des cadres apéristes sont même tombés dans le piège estimant que l’institution allait leur échapper et fragiliser davantage leur mainmise sur le pouvoir. Un vrai faux débat ! Au perchoir, Niasse est bien conscient de n’avoir aucune prise sur les députés. Seuls 17 élus sont de sa formation politique l’Afp. Le reste, soit 133, ne relève pas de son autorité politique. Le bureau du Parlement qui sera mis en place tout comme les commissions ne lui sera pas redevable. D’ailleurs, l’histoire récente du Parlement est, au contraire, riche de ces cabales qui montrent combien le perchoir est un siège éjectable. Lui-même Macky Sall en a fait l’amère expérience en 2008. Juste un an après avoir été élu président de l’Assemblée nationale, il en a été déchu par l’amendement Sada Ndiaye. Auparavant, c’est le proche d’Idrissa Seck, Youssou Diagne qui est tombé. Les cabales ont commencé en 1983 avec Habib Thiam. Lui aussi n’a fait qu’un an au perchoir. Le 12 avril 1984, Daouda Sow le remplace. Il est réélu le 6 avril 1988. Et finit par démissionner le 9 décembre 1988 suite aux rivalités avec Jean Collin. Habib Thiam est d’avis qu’il (Collin) est au début et à la fin de la loi réduisant le mandat du président de l’Assemblée nationale qu’il était à un an. Autant de présidents de l’Assemblée nationale emportés par des intrigues parties de…Roume. Seulement, Niasse président de l’Assemblée nationale donne quoi qu’on dise plus de noblesse à nos institutions en raison surtout du parcours politique de l’homme et de sa notoriété internationale. Le député Moustapha Cissé Lô a largement dégradé son image en se lançant dans des déclarations aux allures martiales. C’est à croire que Cissé Lô est finalement l’homme par qui Wade est tombé. Et que Macky Sall est à Roume.

Hamidou SAGNA

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