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20 ans de musique de Xuman et da Brains
Le hip-hop se met en scène au Grand Théâtre

lundi 23 juillet 2012

Pour fêter leurs 20 ans de musique, Xuman et le groupe Da Brains avaient décidé d’organiser, avec la bénédiction de Youssou N’Dour, un concert d’importance au Grand Théâtre. Une grande partie des artistes sénégalais avaient été conviés et ont assuré 4 heures de spectacle d’où près de 1800 spectateurs sont ressortis conquis.

Vendredi 6 juillet, 18h30. Sur les marches du Grand théâtre, à Dakar, des centaines de jeunes piaffent d’impatience. Ce soir, Xuman et Da Brains fêtent leurs 20 ans de musique et ils ont vu les choses en grand. Toute la famille du hip-hop et du rap sénégalais a été invitée à se produire sur scène dans ce qui promet d’être, pour Bakhaw du groupe Da Brains : « un truc de fou, le plus important concert de rap jamais organisé à Dakar ». 5000 cartons d’invitations ont été distribués, le concert est gratuit et des bus ont été affrétés depuis la banlieue grâce à l’aide de la ville et du gouvernement.

L’événement, rendu possible grâce au soutien du ministre de la Culture Youssou N’Dour, a attiré une foule de jeunes aisément reconnaissables. Casquettes à l’envers, chemises cintrées, baggies et t-shirts trop larges distinguent le public masculin de jeunes dakaroises élégamment vêtues. L’esthétique vestimentaire de ces messieurs est soigneusement travaillée ; perfectionnée même, par une gamme d’accessoires distincts. Ecouteurs tape-à-l’œil, chaînettes, montres, pendentifs et lunettes de soleil : tout est fait pour ressembler à l’image que l’on se fait du rappeur aujourd’hui. Celle des clips bling bling diffusés sur Trace et MTV.

Pourtant, le rap sénégalais se veut authentique, original. Deux jours avant le concert, Xuman en vante « l’engagement politique et sociale, son énergie et ses faits d’armes, avec le M23 et le mouvement Y’en a marre ». Dès l’ouverture du concert Dj Ko annonce lui qu’ici, « on ne fait pas les choses à la française ou à l’américaine, mais à la sénégalaise ». Un tonnerre d’applaudissements l’accompagne et souligne un étrange paradoxe. La prestation du Dj est essentiellement rythmée par les tubes d’artistes américains comme Rihanna, Snoop Dog, P. Diddy et Dr. Dre. Xsidex, l’animateur de la soirée, abhorre lui fièrement le maillot de basket de l’équipe nationale des Etats-Unis. Qu’importe ces contradictions, les rappeurs « oldschool » succèdent aux rappeurs « newschool » au fil de la soirée. Le public du Grand Théâtre, dont les 1800 places sont quasiment remplies, danse et chante en chœur. Les Tigrim bi et les Yat fu assurent le spectacle ; Kay T et Matador électrisent l’ambiance tandis que Aladji man déclenche une scène de communion collective avec « Esperanza« . L’entracte est assuré par Youssou N’Dour. Le ministre de la Culture vient saluer un public conquis, et célébrer, sur scène, les 20 ans du rap et du hip-hop sénégalais.

L’hymne national précède un bouquet final assuré par Xuman et le groupe Da Brains. Vêtus de costumes noirs, les héros de la soirée interprètent leur nouveau titre Temps boy ba tey — de l’enfance jusqu’à nos jours — avant de faire la cour à la belle Viviane, qui s’amuse à refuser leurs avances. Cette dernière chante en play-back, ce qu’elle n’arrive guère à dissimuler à un public qui, déjà ravi par 3 heures de concert, ne lui en tient pas rigueur. « Le show était énorme ! Viviane elle a assuré ! » s’écrie le jeune Demba, 20 ans, à l’issue du concert. Yaya, 22 ans, retient lui le côté révolutionnaire de ses héros. « Ce sont les gardiens du temple. Le rap t’éduque parce que les rappeurs disent des choses vraies. J’espère que ce concert va relancer le rap au Sénégal », s’extasie-t-il.

Car c’était tout l’enjeu de cette soirée, et la raison pour laquelle autant d’artistes se sont unis pour le show. L’industrie du rap et du hip-hop sénégalais en général, « en crise depuis 2008 », a besoin d’un nouveau souffle. Selon Ras Narone Gaye, présentateur de Intégrale Sound System sur TFM, « ça passe forcément par des concerts live, des dates, des événements d’importance comme celui-ci car cela fait trop longtemps que personne ne prend plus d’initiatives. Il faut professionnaliser l’industrie et miser sur du lourd ». Enchanté par le concert, il promet, à sa sortie, l’avènement d’une nouvelle ère musicale au Sénégal.

Un enthousiasme loin d’être partagé par le jeune Bib flow, 21 ans, qui regrette que Xuman et Da Brains n’aient pas invité de jeunes artistes comme lui sur scène. « Le concert était bien mais je ne comprends pas pourquoi on a donné le micro qu’à des potes et des artistes bien établis. De jeunes artistes comme moi galèrent et personne ne pense à les inviter... J’ai réinterprété une chanson de Xuman devant lui il y a quelques mois et il avait été impressionné », explique-t-il avant d’interpréter, dans un élan teinté de rage et d’espoir, une chanson de sa composition qui, semble-t-il, aurait mérité plus de considération.

Théodore ODOLANT
(stagiaire)

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