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Hôpital pour enfants Albert Royer
Entre espoir et désillusions

mercredi 25 juillet 2012

Créé en 1981, l’hôpital pour enfants Albert Royer de Dakar est aujourd’hui considéré comme le meilleur hôpital pour enfants d’Afrique de l’Ouest. En son sein, une équipe de médecins passionnés y luttent chaque jour contre la mort. Plongée au cœur de leur univers, entre espoir et désillusions.

Vendredi 6 juillet, 8h. Dans le hall d’entrée de l’hôpital pour enfants Albert Royer, une centaine de familles attendent une consultation. Plus loin dans les couloirs, le ballet des médecins et des infirmiers commence, alors qu’une trentaine d’étudiants en médecine entament, dans une ambiance chaleureuse, leur dernier jour de stage.

C’est le cas de Vishnu et de Naheed, deux américains qui ont choisi le Sénégal pour clore leur cycle d’études. Ensemble, ils racontent avec enthousiasme leur passage à l’hôpital ; une expérience unique, dont ils garderont à jamais le souvenir. « Ici, j’ai été confronté à des maladies que je n’avais pas eu l’occasion d’observer auparavant comme la malaria, le sida ou la tuberculose », explique Vishnu tandis que Naheed ne tarit pas d’éloges envers les médecins de l’hôpital : « de grands professionnels et d’excellents formateurs, dévoués et passionnés ».

Une passion que l’observateur avisé ne tarde guère à ressentir. Le personnel médical s’affaire dans le plus grand calme autour des 120 lits de l’hôpital Albert Royer. Aux urgences, les médecins circulent méthodiquement d’un patient à l’autre. A leurs côtés, des infirmières s’enquièrent de la température et du poids des malades sous l’œil, tantôt inquiet tantôt résigné, des familles. Toutes savent qu’à l’hôpital, mince est la frontière entre la vie et la mort, qu’il s’en faut souvent d’un cheveu pour en réchapper et que parfois, l’abnégation des médecins ne suffit pas.

Alpha a deux ans et souffre d’asthme. Sa mère l’a sauvé en l’emmenant à temps à l’hôpital Albert Royer. Il y séjourne depuis 10 jours aux côtés de Mamadou, 3 ans et demi, qui a également échappé de peu à la mort. Souffrant d’une inflation du péricarde — la membrane entourant le cœur — sa mère avait d’abord commencé par consulter un tradipracticien qui lui avait commandé de prononcer des incantations et de lire des versets du Coran. Une pratique courante au Sénégal, que le docteur I. D. Ba., assistant aux urgences, récuse au même titre que toutes les autres pratiques paramédicales : « le problème en Afrique et au Sénégal, c’est le parcours du patient. Sa famille s’en remet d’abord à la grand-mère, puis au voisin et au marabout tradipracticien. Le médecin arrive en dernier recours ce qui fait que trop souvent, le patient arrive à l’hôpital dans un état critique, au stade terminal de sa maladie ». Il est alors trop tard pour agir. L’enfant est condamné, à l’image de la petite Diarietou, 10 ans, dont le cœur ne bat presque plus. A son chevet une infirmière soupire : « faites quelque chose pour cette fille, il faut l’aider », avant qu’un médecin ne murmure : « seule une transplantation cardiaque pourrait la sauver, une opération qui ne se pratique qu’en Europe ».

Ces derniers temps, la mort fait partie du quotidien de l’hôpital Royer. Un enfant décède par jour et les médecins dénoncent unanimement un manque de moyens. « Le pire c’est quand on sait qu’on peut faire quelque chose mais qu’on n’a pas les moyens », explique le docteur I. D. Ba. Son collègue le docteur Ndèye Ramatoulaye Diagne Guèye, assistante en pédiatrie, avoue déprimer et songer à faire de la médecine de bureau lorsqu’elle a « l’impression de perdre un malade faute des moyens nécessaires à sa prise en charge ». Aux manquements matériels — avec, par exemple, un seul respirateur artificiel au lieu de 3 en néonatologie — et humains — manque de médecins mais aussi d’infirmières, avec là-encore en néonatologie une infirmière pour 6 enfants au lieu d’une infirmière pour 3 enfants — s’ajoute le manque de moyens des parents. « Le drame c’est que parfois les médecins et même les stagiaires cotisent pour acheter des médicaments et les faire venir ici », soupire le docteur Guèye ajoutant : « il y a un mois et demi on s’est cotisé entre médecins pour payer des scanners que les familles de patients ne pouvaient assurer... ».

Selon elle, l’hôpital n’a connu aucune évolution en 16 ans. Pire, elle estime qu’étant tenu, à ses débuts en 1981, par des Canadiens, il disposait de « plus de moyens, avec plus de médicaments d’urgence et la possibilité, au niveau du laboratoire, de faire des examens qu’on ne peut plus faire aujourd’hui ». Une situation qui altère de facto la qualité du diagnostic et celle de la prise en charge des patients. Un pessimisme auquel il faut opposer l’optimisme du docteur I. D. Ba., qui assure qu’avec « un service d’accueil et d’urgence ainsi qu’un service de réanimation, les médecins pourraient anticiper les cas sévères et réduire la mortalité ». Or, la direction de l’hôpital et le ministère de la Santé étudient un projet ayant vocation à mettre sur pied ces unités d’ici un an. Par ailleurs en juin 2011, la technique Kangourou, qui réduit les maladies nosocomiales* et favorise la croissance du nouveau-né, a été introduite avec succès au sein du service néonatologie, démontrant que l’hôpital évolue. Sa famille aussi évolue. Konaté, le responsable de la sécurité s’amuse à raconter l’histoire du petit Ibrahim, 11 ans. Souffrant de pathologies chroniques, il habite l’hôpital depuis plus de 5 ans et connaît tout le personnel médical avec lequel il joue aux détours des couloirs et des salles d’attente. Médecins et infirmiers voient en lui la mascotte de l’hôpital. Une bouffée d’air aussi, dans des journées trop souvent longues, et éprouvantes.

*maladie contractée au cours d’une hospitalisation

Théodore Odolant
(Stagiaire)

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