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Al Qaeda bouscule l’ordre en Afrique
L’islamisme extrémiste aux portes de l’Afrique de l’Ouest

jeudi 19 juillet 2012

Des groupes islamistes alliés à Al Qaeda tels que Aqmi ont fini de prendre pied dans le Mahgreb depuis quelques années. Ils ont également repris du poil de la bête en Afrique de l’Ouest dans le sillage de la guerre en Libye notamment au Mali où les islamistes d’Ansar Dine imposent un nouvel ordre qui menace le patrimoine culturel et le mode de vie des Maliens au nord du pays. L’arrestation de membres présumés D’Aqmi (Al Qaeda dans le mahreb islamique) à Dagana laisse penser que les jihadistes risquent de poser des problèmes de sécurité collective dans une région déjà en proie à une instabilité chronique.

Né des flancs du mouvement islamiste qui a combattu le régime militaire algérien dans les années 90, Aqmi ne cesse de gagner du terrain par la violence et le kidnapping. En 2007, le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat a fait place à celui d’Aqmi (Al Qaeda dans le maghreb islamique). L’affaiblissement d’un leadership central (par l’assassinat des figures de l’organisation dont Ben Laden le 2 mai 2011) a ainsi favorisé une recrudescence d’autres « filiales » du mouvement qui par des actes de kidnapping trouvent des moyens de financement autonome suite à la traque impitoyable contre leurs avoirs financiers initiée par les Etats-Unis et largement suivie par les pays occidentaux.

L’arrestation le jeudi dernier de deux islamistes présumés membres d’Aqmi à Dagana fait craindre une progression du réseau islamiste en Afrique. Le président de la République Macky Sall en visite en France s’est prononcé sur la question pour insister sur la nécessité de prendre des mesures concertée afin de faire face à la « menace terroriste » : « Aucun pays ne peut faire face à lui seul à la menace terroriste. Puisque vous savez nous avons des frontières poreuses entre pays, les populations étant de part et d’autre de la frontière, il est extrêmement difficile pour nos pays, sans moyens d’investigations poussées, sans surveillance satellitaire, sans surveillance aérienne permanente, combinés au contrôle terrestre, d’assurer l’étanchéité de nos frontières. Donc, il y a urgence à coordonner nos efforts en matière de sécurité, de défense », a dit Sall sur les ondes de Rfm. Et d’ajouter : « Je viens de décider, avant de venir ici (à Paris), d’une coordination de toutes les forces de sécurité pour un contrôle plus efficace de nos frontières. Mais, je pense que c’est dans la coopération à travers la Cedeao, l’Union africaine et bien sûr le Conseil de sécurité des Nations unies que cette question sera résolue ». Les propos de Macky Sall s’inscrivent certainement dans une volonté de circonscrire et de combattre la montée de l’islamise qui risque d’étendre ses tentacules en Afrique de l’Ouest depuis le Mali.

A la partition de ce pays, succède, en effet, la déstructuration sur fond d’islamisation d’inspiration salafiste et talibane. Les images des rebelles islamistes détruisant des mausolées et les sites historiques à Tombouctou confirment à bien des égards les prédictions sur le basculement du Mali dans « l’afghanisation ». Les mises en garde du nouveau procureur gambien de la Cour pénale internationale, Fatou Bensouda en visite à Dakar ne semblent pas ébranler la détermination des islamistes à faire une tabula rasa de tout le patrimoine de Tombouctou.

Sur le terrain, aucune action concrète n’a été prise malgré cet appel du Président Macky Sall précédé d’innombrables réunions et déclarations des organisations régionales et du Conseil de sécurité s’inscrivant dans la même perspective. Les Chefs d’Etat de la Cedeao membres du Groupe de contact sur le Mali ont adopté une position commune le samedi dernier exhortant le gouvernement malien à adopter « sans délai, une feuille de route devant conduire à une sortie de crise apaisée par le recouvrement de l’intégrité territoriale et l’organisation d’élections justes, transparentes et crédibles auxquelles le Président par intérim, le Premier Ministre et les membres du Gouvernement de transition ne seront pas candidats ». Ils ont également exhorté le président malien par intérim Diocounda Traoré à adresser une « requête à la CEDEAO et aux Nations Unies en vue du déploiement d’une force de la CEDEAO pour soutenir l’Armée malienne dans sa mission régalienne de défense du territoire ». Pourtant deux jours auparavant (le jeudi 5 juillet), la Cedeao elle même avait proposé au Conseil de sécurité de l’Onu d’envoyer une force d’intervention de 3200 hommes pour reconquérir le nord malien. Mais le Conseil de sécurité s’est limité à des appels au retour à l’ordre constitutionnel et à l’arrêt immédiat des hostilités assortis de condamnations à l’intention des islamistes qui profanent les tombes à Tombouctou. Au regard des résolutions du Conseil de sécurité, des positions de la Cedeao et du Président Macky Sall, il y a nécessité de passer à l’action. Mais compte tenu sans doute, de la lourdeur et du coût de la tâche, tout le monde semble hésiter à faire le premier pas.

Aliou NIANE

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