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Cent premiers jours du nouveau gouvernement dans le secteur éducatif
Des actes en cours et des attentes…toujours

samedi 21 juillet 2012

Depuis l’élection de Macky Sall ou plutôt le départ de Wade, c’est la sérénité dans l’éducation. Du primaire à la fac en passant par le moyen-secondaire, c’est l’accalmie partout. Plus question d’année blanche encore moins de perturbations en vue. Pour combien de temps ?

Et l’année ne sera finalement pas blanche ! C’est déjà un premier grand pari remporté par la nouvelle équipe gouvernementale. Survenue à un moment où toute forme de négociation semblait impossible entre anciennes autorités et syndicats, l’élection du président Macky Sall a été une véritable aubaine ayant permis de redonner du souffle nouveau à l’école sénégalaise. Après plusieurs mois voire des années de perturbations, le calme est revenu dans tout le système scolaire. Sous l’ère Wade, les promesses se sont accumulées année après année sans jamais trouver de solution définitive. Et on avait même fini par s’habituer à des années scolaires très mouvementées avec d’interminables débrayages, manifestations, occupations et autres casses de biens publics etc. Du coup, chaque fois, des actions de protestations éclataient un peu partout, paralysant sans cesse le cours normal… de l’école. Au grand bonheur de tous, cette ébullition s’est enfin dissipée. Depuis plus de trois mois maintenant, on assiste à un espace scolaire apaisé et comme porté par le vent du changement qui souffle sur le pays, il y a de l’espoir dans l’atmosphère. Espoir d’un retour à des relations de partenariat et non d’adversité où le ministre rencontre, écoute et dialogue en bonne intelligence avec les syndicalistes sans quelconque parti pris.

Hormis la reprise des cours, le conseil interministériel tenu le 22 Juin, confirme la volonté des nouvelles autorités de remettre l’école sur les rails. Une rencontre qui marque sans doute le moment fort des cent premiers jours dans le secteur éducatif. Pour mettre un terme définitif aux multiples grèves cycliques qui paralysent l’éducation, un comité technique interministériel s’est réuni à la Primature. Au sortir de cette réunion, entre Premier ministre, ministre de l’Education nationale, ministre de la Fonction publique du Travail et des Relations avec les Institutions, il est ressorti « la complexité » du problème qui a entraîné les lenteurs dans l’ouverture des dialogues et la nécessité d’étudier les incidences financières dans les négociations à venir. En d’autres termes, il s’est agi de bien se préparer pour répondre aux revendications des uns et des autres.

Toutefois, les négociations avec les syndicats d’enseignants vont s’ouvrir sous peu (mi-juillet) et le gouvernement compte y proposer un plan de mise en oeuvre des accords non respectés, conformément au respect de la continuité des actions de l’Etat.

En marge de ce conclave, le ministre du Travail Mansour Sy a assuré qu’« aujourd’hui les bases sont déjà jetées, le gouvernement est fin prêt pour aborder les revendications dans les détails, et nous devons aller maintenant vers des négociations réalistes et réalisables pour qu’enfin on puisse pacifier l’espace scolaire pendant longtemps. Notre hypothèse de base est de cinq ans ». Une telle déclaration est pour le moins responsable et rassurante. En outre, dans cet élan de stabilisation et de relance du système éducatif, le ministre de l’Éducation nationale a récemment bénéficié d’un financement de 28 milliards FCFA dans le cadre de la coopération franco-sénégalaise. Toutefois, il y a encore bien des promesses à respecter et à tous les niveaux. C’est le cas dans l’enseignement supérieur où malgré le sauvetage limite de l’année académique, enseignants comme étudiants s’inquiètent quelque peu quant à l’issue de cette année (examens, temps très limité, exigences du système Lmd etc.). La tâche pour arriver à un enseignement supérieur normal, est tout simplement énorme.

L’enseignement supérieur encore dans l’expectative

« Il faut le dire : cette année ne sera pas une année normale et inévitablement ça portera préjudice aux étudiants et aux élèves », regrette Seydi Ababacar Ndiaye, secrétaire général du Syndicat autonome des enseignants du Supérieur (Saes), qui salue tout de même « la bonne approche » des autorités d’avoir réuni sous la direction du Premier ministre, les ministres du Travail, de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur pour travailler sur certains dossiers urgents.

En réalité, le monde universitaire attend également des rencontres d’envergure du genre car les problèmes s’y posent avec autant d’acuité. « Nous attendons aussi un conseil interministériel sur l’enseignement supérieur avec tous les ministères concernés pour accorder les violons, tracer le calendrier et réaménager l’échéancier. Dans notre dernier communiqué, nous rappelons d’ailleurs qu’on termine l’année scolaire comme convenu mais l’année prochaine ne peut pas débuter dans ces conditions. Si les infrastructures ne sont pas terminées, si les budgets ne sont pas augmentés, si les enseignants ne sont pas recrutés, ce sera impossible parce qu’on attend près de 35 mille bacheliers cette année. Alors il faut déjà penser à des solutions alternatives. La tâche qui attend le ministre est immense surtout que son prédécesseur n’a absolument rien fait. Et il devrait même être entendu sur sa gestion », insiste M. Ndiaye.

Infrastructures, recrutement d’enseignants, augmentation de budgets etc. semblent passer en priorité pour des enseignants qui râlent quelque peu lorsque le président annonce en plein conseil ministériel, l’ouverture d’une université à Kaolack. Est-ce vraiment à l’ordre du jour ? « Parler d’une autre université, c’est peut être un projet mais pour le moment construisons d’abord ces universités de Thiès, Bambey et Ziguinchor qui ne sont pas encore des universités. Actuellement, la seule université sénégalaise est celle de Saint-Louis. Même si l’ambition c’est d’avoir un maximum d’universités, l’urgence c’est de penser d’abord aussi à la deuxième université de Dakar, cette région ne peut pas contenir le tiers de la population sénégalaise et vu la jeunesse qu’il n’y ait que cette pauvre université qui n’en est plus une », renseigne M. Ndiaye.

Selon ce dernier, au lieu de s’enfermer dans un fétichisme des 100 jours, il serait aujourd’hui temps de mener une véritable réflexion sur des modèles alternatifs. « L’enseignement supérieur et partout dans le monde coute très cher et nos économies ne peuvent certainement pas supporter cela. Aujourd’hui, les universitaires sont interpellés pour réfléchir à des formules alternatives et de nouvelles conceptions de l’université. On ne peut plus continuer dans ce système où toute la subvention vient de l’Etat, il faut qu’on pose le débat et qu’on y réfléchisse », a-t-il suggéré.

Entre urgence et volonté de se faire crédibles, les cent Jours sont peut-être pour les autorités, une matrice qui façonne la réussite ou l’échec à venir. Symbolique ou simple tradition ? Si ces cent jours passés à la tête du pays signifient la fin de l’état de grâce pour certains, ils auront au moins permis aux autorités, d’identifier les principaux enjeux, de dresser un plan stratégique, une bonne communication, et éventuellement d’éviter des chausse-trappes. Certes les négociations avec les syndicats n’ont pas encore débuté et à coup sûr des divergences ne manqueront pas ça et là. Pour l’heure, personne ne voudrait porter la responsabilité d’un « divorce » dans ce « mariage de raison » plein d’attentes.

Mais, après autant d’années de grèves et de perturbations de divers ordres, il serait finalement mieux de profiter au maximum de cette sérénité. Durant cette centaine de jours, les enseignants sont au moins restés à travailler dans les classes et non dans les sièges de syndicats. Les élèves et étudiants eux -visiblement finalement inquiets à l’idée de redoubler- auront également été plus regardants avec leur apprentissage. Profitons alors de cette accalmie retrouvée et tant mieux si ça perdure...


Trois questions à… M. Ibrahima Sall, ministre de l’éducation nationale
« Ces 100 jours ont permis d’abord d’aplanir et de remettre sur les rails le système éducatif du Sénégal »

Que retenez-vous des cent premiers jours à la tête du ministère de l’Education nationale ?

Dans ces 100 jours, je retiens d’abord de grands défis qui se sont présentés dès ma prise de fonction. Parce que l’éducation nationale c’était l’inquiétude générale, on disait même mission impossible. Mais par la grâce de Dieu et avec l’aide du président, nous avons pu trouver un compromis en accord avec les syndicats, les élèves et les associations de parents. Ainsi nous sommes arrivés à sauver l’année scolaire. Je dis souvent que l’année blanche aurait coûté à l’Etat près de 350 milliards CFA sans compter la quarantaine de milliards réclamés par les syndicats. Donc c’est un soulagement mais surtout ça aurait créé des problèmes de flux par rapport à tout le système scolaire qui serait bouleversé. Aujourd’hui il y a tellement d’élèves, de sureffectifs dans les classes qu’il serait quasiment impossible de gérer cette situation. C’est dû au fait que nous avons mis en place un gouvernement qui a opté pour un nouveau type d’approche qui est un partenariat. Ce n’est plus l’affrontement avec les syndicats mais plutôt le partenariat qui est un objectif commun de construire l’école sénégalaise. Donc ces 100 jours ont permis d’abord d’aplanir et de remettre sur les rails le système éducatif du Sénégal qui va aussi connaitre une amélioration parce que dès cette semaine s’ouvrent les négociations avec les syndicats qui vont nous mener vers des accords précis qui permettront d’apaiser l’espace scolaire.

Pensez-vous que le gouvernement soit en mesure de tenir toutes les promesses dans le secteur de l’éducation ?

Il est certain que le gouvernement a pris fonction dans un état économique difficile, c’est à dire que nous avons trouvé des finances catastrophiques. Tous les problèmes que nous avons c’est parce que l’ancien gouvernement faisait des promesses pour arrêter les grèves et il n’exécutait pas ses promesses. Nous, nous disons ce que nous faisions et nous faisons ce que nous disons. Le président a d’ailleurs instruit de ne pas dire des choses que nous ne pouvons réaliser et il ne faut pas aussi faire croire aux gens qu’on peut tout faire alors que la situation financière ne le permet pas. Nous allons tout de même travailler à améliorer les conditions des enseignants parce qu’ils sont les combattants du savoir et nous connaissons leur importance pour le système éducatif.

Est-ce que le conseil interministériel a permis de trouver déjà des pistes claires en vue des prochaines négociations ?

Le conseil interministériel a permis de faire le ménage car on ne peut pas aller aux négociations sans que le gouvernement ne sache ce qu’il faut faire et où est ce qu’il faut aller. Le conseil a permis de faire le point sur toutes ces questions pour qu’une fois autour de la table de négociations, on puisse aller très vite. Dans la continuité de l’Etat nous pourrons faire des choses qui ont été engagées par l’ancien gouvernement mais toujours dans la mesure de nos possibilités. Les syndicats ont été très patriotes et ont accepté de rester dans cette mouvance là mais il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent avoir confiance en nous car le président est soucieux de leurs conditions et moi-même je me ferai leur syndicat. Il est très important que tous nous changions de type de rapport. Nous ne sommes pas adversaires mais partenaires car nous défendons la même cause qui est celle d’une école sénégalaise moderne, laïque, et démocratique. Cela, nous ne pouvons le faire qu’en donnant aux enseignants des conditions de vie décentes, des conditions de travail acceptables et aux élèves un cadre scolaire apaisé dans lequel ils pourront apprendre autant pour les familles pauvres que riches. Il faut faire de l’école un lieu de convivialité où chacun voudra amener son enfant. La seule mission qui soit, est de faire que l’école sénégalaise progresse.

Papa Adama TOURE

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