100 jours de Macky Sall à la tête du pays
100% rigueur

dimanche 22 juillet 2012

La prospérité (yokkuté) promis aux Sénégalais par Macky Sall a emprunté le chemin de la rigueur. 100 jours après son arrivée au pouvoir, certaines promesses ont du mal à connaître un début de concrétisation même si un certain nombre d’indicateurs peuvent faire espérer un redressement économique, financier et social.

« L’ampleur de cette victoire (la présidentielle 2012) aux allures de plébiscite, exprime l’immensité des attentes des populations. J’en prends toute la mesure. Ce soir, une ère nouvelle commence pour le Sénégal. Ensemble, nous allons rapidement nous atteler au travail de redressement attendu par chacun, et attendu de chacun. » Au soir du 25 mars 2012, le futur président de la République, Macky Sall appréhendait déjà toute la charge d’attentes sous laquelle il allait crouler. Fortes espérances dont il avait déjà conscience en faisant le tour du pays pendant trois années. Aussi, durant la campagne électorale avait-il proposé comme remède aux problèmes des Sénégalais, le programme Yoonu yokkouté (chemin de la prospérité). Seulement 100 jours après son arrivée à la tête du pays, le nouveau pouvoir qui s’installait sous le double signe de la sobriété et de l’efficacité est à la peine dans la mise en œuvre de son slogan de campagne, de certains points en tout cas. Et pour cause. C’est d’un Sénégal affaibli sur le plan économique dont a hérité Macky Sall. Héritage notamment de la sécheresse qui risquait de précipiter plus de 850 000 ruraux dans la famine. Pis, dans un contexte de croissance atone l’économie sénégalaise a connu un ralentissement avec une croissance du Pib à 2,6% en 2011 après 4,1% l’année précédente et une prévision de croissance du Pib de l’économie sénégalaise attendue en 2012 à 3,8. S’y est ajouté un déficit public de 6,7% (455 milliards FCFA au premier trimestre 2012) qui pourrait atteindre 8% comme l’a fait remarquer le Fmi si la subvention généralisée sur l’électricité et les dépenses liées à la sécheresse était maintenue et également si une baisse de la fiscalité sur les carburants était envisagée. Et plus généralement si les recettes fiscales ne connaissaient pas une amélioration conséquente à même de combler le manque à gagner du premier trimestre 2012.

Pour ne rien arranger, les économies en développement ont subi l’impact de la piètre performance des pays développés au dernier trimestre 2011 et en particulier de la crise de la dette européenne qui menace toujours de faire caler l’économie mondiale.

Mais l’énigme à laquelle doit faire face le nouveau pouvoir c’est comment trouver les moyens de cette relance sans accroitre le déficit ? Face à ce casse-tête budgétaire, le nouveau pouvoir constatant son étroite marge de manœuvre, a fait le choix de la limitation de la progression des dépenses pour rétablir les comptes publics.

DEGRAISSAGE DU MAMMOUTH

Comme il s’y était engagé au cours de la campagne électorale Macky Sall a ramené la taille du gouvernement à 25 ministres dont les salaires ont été revus à la baisse. S’ajoute à cette politique de réduction des dépenses, la suppression de 59 structures, agences et autres directions « qui ne répondaient pas à l’efficacité et la rigueur d’une administration nationale ». Sans oublier la fermeture de certaines ambassades, ou encore la limitation des voyages à l’étranger des membres du gouvernement sans compter la réduction des allocations pour le téléphone dans l’administration. Ces mesures de prudence budgétaire ont permis d’inscrire l’exécution budgétaire dans une tendance positive. En témoigne le point mensuel de conjoncture du mois de mai de la Direction de la prévision et des études économiques (Dpee). « L’exécution budgétaire au cours des cinq premiers mois de l’année 2012 a été caractérisée par une hausse satisfaisante des ressources globales et une exécution prudente des dépenses publiques relativement à la même période de 2011. En effet, les ressources globales, estimées à 629,6 milliards, ont enregistré une hausse de 14,1%. Quant aux dépenses et prêts nets, ils sont évalués à 697,7 milliards et ont enregistré une baisse de 0,6%. Au total, le déficit budgétaire global dons compris est estimé à 64,2 milliards à fin mai 2012 contre 120,8 milliards un an auparavant », a récemment souligné la Dpee.

Toutefois, même si l’humeur dépensière du pouvoir libéral dégommé n’est plus de saison, le respect des engagements budgétaires doit s’accommoder de dépenses d’assistance au monde rural pour un montant de 34 milliards de FCFA et de subvention à la baisse de prix des produits alimentaires tels que le sucre, le riz et l’huile. C’était une promesse de campagne de Macky Sall. Elle a malheureusement buté sur le refus des importateurs de baisser leur marge et celui de l’Etat de revoir à la baisse ses taxes pour ne pas supporter le coût budgétaire d’une telle opération. Résultat : cette mesure phare du nouveau régime peine à être appliquée n’en déplaise au directeur du commerce intérieur qui parle d’un taux d’application de 85%.

Dépenses publiques corrigées

Etouffés par la cherté de la vie, les salariés pourront toutefois se consoler avec une bonne nouvelle que constitue l’entrée en vigueur, à partir du premier janvier 2013, de la baisse de la fiscalité sur les salaires. Si une telle mesure doit priver l’Etat de 10 milliards de FCFA, en contrepartie le pouvoir d’achat des salariés s’en trouverait amélioré. Du coup, c’est la consommation des ménages qui progresserait et les recettes fiscales qui augmentent. L’abrogation du décret instaurant la surtaxe sur les appels entrants internationaux privera également l’Etat de ressources estimées entre 25 et 35 milliards par an. Un renoncement que l’Etat pourrait cependant combler par le rabotage des subventions et en s’attaquant aux monopoles sur le sucre et l’huile.

D’un autre côté, alors qu’un tour de vis supplémentaire sur les dépenses publiques devrait être donné avec la suppression d’institutions budgétivores ou d’agences, la main tremblante de l’Etat a laissé en place le Sénat, le Conseil économique et social (Ces) dont la suppression est une demande persistante des populations. D’autres économies devraient provenir de la suppression de l’Agence de la Case des tout petits, de l’An reva, de la Maison de l’outil. Dans le même souci de rationalisation des dépenses publiques, l’Ofejban devenu Agence pour l’emploi des jeunes des banlieues (Ageb), l’Agence nationale pour l’emploi des jeunes (Anej) et le Fonds national de promotion de la jeunes (Fnpj véritables gouffres à milliards et dont l’inefficacité a été démontrée, devraient être sinon supprimés du moins regroupés. La volonté de l’Etat de s’attaquer au chômage des jeunes en créant 100 000 emplois par an pourrait ainsi être envisagée.

Par ailleurs, la modification du décret fixant désormais à huit ans, au lieu de cinq sous l’ancien régime, la limite d’âge pour l’importation des véhicules est une autre promesse de campagne traduite en réalité. Elle est également une promesse de recettes supplémentaires pour le Trésor public. Dans la même lancée, conscients qu’une réforme fiscale qui redonne des marges de manœuvre à l’action publique s’avère nécessaire, le gouvernement est en train d’achever le chantier de réforme généralisée de la fiscalité. Prévu pour entrer en vigueur dès janvier 2013, le Code général des impôts réformé devrait permettre de donner un coup de frein aux évasions fiscales notamment par l’élargissement de l’assiette fiscale, l’élimination de certaines dérogations fiscales, le relèvement de l’impôt sur les sociétés, la baisse des droits de mutations afférant aux transactions immobilières entre autres. Toute une panoplie de mesures destinées à améliorer l’environnement des affaires qui pâtit encore de plusieurs pesanteurs dont les moindres ne sont pas d’après la Dpee la corruption, la concurrence déloyale, la fraude, la baisse de la demande, le non-recouvrement des créances…

Il est évident que pour arriver à l’équilibre budgétaire en portant notamment le déficit de 6,7% à 4%, la potion sera amère pour les populations. Régulièrement évoqués, les tarifs de l’électricité devraient connaître une hausse consécutivement à la suppression de la subvention sur le prix de l’électricité à partir de 2013 ainsi que le recommande le Fmi depuis plusieurs années. A moins d’une baisse importante des cours du brut indispensable pour réduire les coûts de production de la Senelec et le tarif de l’électricité. Pour le moment, même si la tendance est à la baisse au niveau international, le boycott du pétrole iranien par l’Union européenne depuis le 1er juillet dernier pourrait orienter les cours du brut à la hausse quand bien même les effets d’une telle décision sur les marchés pétroliers sont minimisés du fait « que les clients sont déjà en train de s’adapter à ce nouvel environnement ». Mais dans cet ensemble de changements promis, la baisse des prix du carburant, une demande récurrente des consommateurs et plus particulièrement des transporteurs, constitue un véritable casse-tête du gouvernement qui la traine comme un caillou dans la chaussure et n’entend pas pour le moment renoncer à une partie de ses multiples taxes qui gonflent artificiellement le prix du carburant car représentant plus de 60% du prix des hydrocarbures à la pompe. Le gouvernement lie la réalisation d’une telle promesse au cours du baril de pétrole inscrit actuellement dans une tendance baissière. Au Sénégal, les nouveaux tarifs fixés par le Conseil national des hydrocarbures affichent une baisse de très faible amplitude sur le prix de l’essence et du gasoil. Par contre celui du gaz butane enregistre une baisse de près de 10% du dernier prix. Une tendance qui, si elle se poursuivait, constituerait une aubaine pour le nouveau pouvoir qui pourrait y entrevoir un chemin pour la réalisation de ses promesses électorales conformément à l’attente des Sénégalais dont l’euphorie a baissée. Comme il peut également fonder beaucoup d’espoir sur l’appui budgétaire de plusieurs pays comme la France qui vient de faire la promesse de décaisser 85 milliards FCFA pour le compte du Sénégal. Certainement que la prochaine déclaration de politique générale du Premier ministre permettra de baliser le chemin qui pourrait retrouver son tracé initial afin de diriger les Sénégalais dans la prospérité qu’on leur avait promise. Mais, comme « c’est la nuit qu’il est beau de croire à la Lumière »...

Mamby DIOUF

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