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4e Anniversaire du parti présidentiel
L’Apr ou la chronique d’une ascension fulgurante

vendredi 28 décembre 2012

L’Alliance pour la république (Apr), le parti du nouveau président de la République, Macky Sall, a fêté il y a peu son quatrième anniversaire. Cette jeune formation politique a créé la sensation lors de la dernière Présidentielle sénégalaise en réalisant, un coup de maître, pour un coup d’essai, en remportant haut la main les élections avec un score fleuve de 65% des suffrages devant le Pds d’Abdoulaye Wade. Un fait inédit dans le giron politique national, qui a poussé La Gazette à faire un zoom sur les dessous de la gestation du parti présidentiel, sa montée remarquée au pouvoir et ses ambitions futures.

Le soir du 25 mars 2012 est une date qui restera gravée dans les annales de l’histoire politique sénégalaise, et pour cause. Macky Sall l’ex numéro 2 du régime libéral, qui a avait été obligé de quitter le perchoir de l’Assemblée nationale pour avoir « osé » convoquer Karim Wade, le fils de l’ex président sénégalais, avait ce soir là pris sa revanche sur l’histoire en triomphant, de la plus belle des manières, sur ses bourreaux à qui il a asséné une cinglante défaite, avec un score, à la limite, plébiscitaire de 65%. Du jamais vu dans l’histoire du Sénégal ! Aucun président, avant lui, n’avait bénéficié d’une telle faveur des urnes, alors que c’était le baptême de feu de son parti qui venait à peine de naître. Pourtant, rien ne laissait présager un tel scénario, pour cet ex premier ministre de Wade qui avait, tour à tour, occupé de prestigieux départements ministériels et le perchoir de l’Hémicycle et qui se profilait comme le successeur de Wade au Pds. Après s’être brouillé avec son ex mentor, Macky Sall avait effectué une traversée du désert avec une poignée de fidèles avec qui il a créé sa formation politique, l’Apr /Yakaar. L’un d’eux, Moustapha Cissé Lô, qui a été un pion central au cours de ce cheminement nous apporte des éclaircissements sur les faits qui ont mené Macky Sall à fonder son parti. « Ce pourquoi nous avons créé l’Apr c’est qu’on était arrivé à un moment de l’histoire de la politique sénégalaise où Macky Sall était parvenu à être en pôle position au sein du Parti démocratique sénégalais (Pds) pour être le successeur d’Abdoulaye Wade(…) Mais ses ennuis avec Wade ont commencé quand il a eu les problèmes avec l’Anoci. C’est alors que le groupe de Karim a commencé à lui mettre des bâtons dans les roues même si ce n’était pas trop perceptible à l’époque mais c’est là que le processus de lutte acharnée contre Macky Sall a véritablement démarré » confie le tonitruant député apériste. Qui poursuit « Après avoir été nommé président de l’Assemblée nationale, ce même groupe a continué de le harceler et si vous faites attention ceux qui lui ont succédé à l’Hémicycle sont ceux qui l’ont éloigné de force du perchoir. Il s’agit de Mamadou Seck et de ses compagnons car la commission des finances qui avait proposé cette requête pour la convocation de Karim Wade. C’est alors qu’Abdoulaye Wade a eu un prétexte pour freiner la montée en flèche de Macky Sall ».

C’est au cours de cette période tendue au sein du Pds dans le courant 2008, nous apprend Moustapha Cissé Lô, qu’ont commencé les réflexions pour mettre sur pied l’Apr. Le député de Mbacké renseigne que c’est en compagnie de Me Alioune Badara Cissé, de Mahmoud Saleh, de Sitor Ndour, et d’Abdoulaye Ndour que les premières pistes pour la création de l’Apr ont été explorées aux Almadies chez Me Alioune Badara Cissé, sur instruction de Macky Sall qui leur avait demandé d’entamer des réflexions pour la création de leur propre formation politique. « Cette réunion a eu lieu un après-midi, je me souviens qu’on avait même pris le soin de nous garer dans un endroit discret car nos faits et gestes étaient épiés par les renseignements généraux. Quand nous avons discuté nous nous sommes accordés sur le fait que Macky Sall ne devait à aucun moment céder à la pression que Wade exerçait sur lui, mais au cas où il y aurait un forcing, alors il devait démissionner pour former son propre parti. En fin 2008, ils l’ont chassé de l’Assemblée et c’est par la suite qu’on a créé un comité dirigé à l’époque par Alioune Badara Cissé et c’est après les réflexions au sein de cette entité qu’est née l’Apr » rapporte t-il. De l’avis de Seydou Guèye, le secrétaire général du gouvernement et porte parole de l’Apr, qui a marqué son entrée dans le parti depuis janvier 2009, ce qui a marqué les Sénégalais c’est la grande bataille de la résistance que Macky Sall a mené contre Abdoulaye Wade qui, selon lui était dans une logique de dépréciation des institutions de l’État. « Je pense que tous les sénégalais ont apprécié son comportement courageux (Macky Sall ndlr) et je pense que l’estime des sénégalais a commencé à se matérialiser après sa convocation à la sûreté urbaine où il y a eu une forte mobilisation pour le soutenir » explique le porte parole de l’Apr. Mais il admet que le chemin a été souvent semé d’embuches car Me Wade avait essayé de décapiter le parti puis de débaucher beaucoup de responsables apéristes qui étaient dans le viseur du pouvoir d’alors. La suite on la connait, l’Apr a effectué de nombreuses tournées dans le pays et dans la diaspora jusqu’à sa victoire éclatante à la Présidentielle de 2012.

Et Moustapha Cissé Lô rapporte que le chemin pour cette marche fulgurante était déjà balisé : « C’était simple et limpide, partout où nous allions c’est comme si les gens n’attendaient que Macky Sall pour rejoindre sa cause. Les gens le connaissaient, et son passé au sein du gouvernement a été très salué, ce qui faisait que c’était facile pour lui de rallier les populations, qui ne se sentaient plus concernée dans la démarche du Pds, c’est pourquoi on a eu aucune difficulté au cours de notre marche victorieuse », confie t-il. Aujourd’hui, ce parti qui a été mis en place dans l’urgence doit s’organiser, notamment en interne avec ses instances, en perspective des prochaines échéances locales et au-delà pour 2017 puisqu’il convoite un second mandat présidentiel. A ce propos, Seydou Guèye rapporte que le choix avait été fait de ne pas contraindre leur organisation par la structuration mais de la laisser se développer à la base mais aujourd’hui, ajoute t-il, le parti est en train de travailler à une meilleure organisation puisque l’objectif escompté pour la Présidentielle a été acquis. « Des stratégies sont en cours d’élaboration au sein de l’Apr pour progresser étant entendu que c’est une entreprise très compliquée pour une association qui a grandi un peu trop vite. Puisque l’Apr est comme un bébé qui au bout de huit jours ne rentrait plus dans son berceau », concède t-il. Son camarade de parti le député Cissé Lô le conforte dans sa thèse en soutenant que des cartes provisoires avaient été vendues dans les différents départements en prélude de la Présidentielle mais que ce n’était que provisoire parce que le chemin, qui devait être pris pour structurer le parti, de la base au sommet afin d’avoir une coordination, n’a pas être suivi.

Il explique que c’est par des contraintes de temps que cela n’a pu être réalisé mais il explique toutefois que des comités électoraux et des coordinations sont en train d’être montés. « Aujourd’hui que nous sommes au pouvoir on doit cesser de telles pratiques et ce qu’on avait proposé au Président Sall c’est que l’on mette en vente de nouvelles cartes de membre et que l’on renouvelle les instances du parti, à savoir les comités et même les coordinations avant d’aller vers de nouvelles élections », soutien t-il. Et de poursuivre « Nous devons discuter de ça au niveau du directoire car c’est à ça que les gens s’attendent car à défaut on risque d’être plongés dans une léthargie car depuis la fin des élections on dirait qu’il n’y a plus de coordination à l’Apr, encore moins de comité et le parti s’endort. D’ailleurs je l’ai dit, un parti c’est avant tout l’alerte et la veille mais actuellement le constat c’est que nous n’avons plus de parti, on a qu’un gouvernement qui est là au sein d’une coalition qui cherche à bien faire. Mais je l’ai d’ailleurs dit à Moustapha Niasse, ma conviction est qu’un gouvernement doit reposer sur un socle puisque dans la mesure où c’est le parti qui va à la conquête de suffrages, alors on doit lui donner l’importance qu’il mérite » peste t-il. Mais pour être à même de maintenir cette bonne dynamique qui a accompagné son triomphe lors de la Présidentielle et pour se renforcer dans l’optique de nouvelles joutes électives, l’Apr devrait impérativement passer par le chemin de la massification afin d’affirmer son leadership au sein de la coalition Benno bokk yakaar. Là également les deux apéristes sont tout à fait d’accord, pour Seydou Guèye il faut travailler à l’Apr en vue d’un grand rassemblement au sein d’un creuset qui regroupera l’ensemble des hommes et des femmes d’éthique regroupés au sein d’un axe stratégique. Quant à l’idée, actuellement très agitée, d’une éventuelle fusion de l’Alliance des forces de progrès (Afp) au sein de l’Apr, il trouve que ce serait une bonne chose et que c’est avec « les bras grands ouverts » qu’ils accueilleront ces militants au sein de leur formation, comme pour d’autres partis d’ailleurs. Mais pour lui hors de question de replacer dans le gouvernement des gens qui doivent rendre-compte.

Tout comme Moustapha Cissé Lô qui soutient que les gens qui doivent rendre compte à Dame Justice n’ont pas leur place à l’Apr, mais il assure qu’une fusion Afp-Apr est la meilleure des formules pour garantir une meilleure assise à leur parti dans le champ politique. « J’en ai même parlé à Moustapha Niasse qui m’a rassuré en affirmant qu’on est très proche du consensus et que tout le parti est d’accord sur la résolution selon laquelle ils veulent soutenir fortement Macky Sall. On doit cependant mieux en discuter pour parvenir à cet objectif là. Les autres partis qui souhaitent nous rejoindre seront également les bienvenus, des partis tels que celui de Mbaye Jacques Diop, qui a ouvertement affirmé son soutien à notre leader, peuvent venir nous renforcer. Même au Pds il y a des personnalités aux mains propres que nous nous devons de récupérer, puisqu’on est tous des libéraux » encourage t-il. Quant aux ambitions de l’Apr en termes de longévité au sein du pouvoir, le député de l’Apr soutient qu’il ne souhaite pas voir un parti faire 50 ans au pouvoir car, selon lui, il faut qu’il y’ait des alternatives et une succession de présidents ou de partis pour le bien de la Nation. D’après le secrétaire général du gouvernement l’ambition de l’Apr était de conquérir le pouvoir et de rendre possible ce pourquoi ils ont été élus, d’après lui il faudra d’abord réussir ce premier mandat puisque en réglant les problèmes de l’heure. « Nous avons été élus pour un travail très sérieux, donc nous devons respecter les populations, pour la suite c’est eux qui auront le dernier mot » affirme t-il.

Cheikh Mody FAYE (Stagiaire)

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