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Entretien avec…Oumar Thiam, directeur du Centre de contrôle technique des véhicules automobiles (Cctva)
« L’état du parc automobile est catastrophique »

vendredi 28 décembre 2012

Dans cet entretien, Oumar Thiam diplômé de l’Ecole de commerce du Mans (section automobile), nous fait un état des lieux complet du centre de contrôle technique.

Quel est l’état du parc automobile dakarois ?

Catastrophique ! Il est catastrophique dans un sens où sur plus de 42 mille véhicules, la moitié a des défauts graves. C’est à l’image du parc réel qui est de 356 mille véhicules et c’est tout juste énorme. C’est pour cela que le gouvernement a pris des mesures à partir de ces dernières statistiques pour accélérer le renouvellement du parc. Quand vous voyez un bus King Long, c’est parce qu’il y a un Ndiaga Ndiaye ou un car rapide qui a été retiré de la circulation même si ce n’est pas encore visible. Nous avons aujourd’hui en temps réel tous les éléments nécessaires pour une bonne compréhension du secteur des transports. L’état désastreux de certains véhicules qui viennent ici ne se limite plus à l’aspect physique mais aussi au niveau de l’émanation des gaz qui est à 33% de la pollution. Aujourd’hui, les accidents ne se passent donc pas que sur la route mais aussi sur les lits d’hôpitaux. C’est une catastrophe et cela ne peut pas continuer.

Doit-on donc s’attendre à ce que d’autres éléments viennent s’ajouter aux organes à contrôler ?

On vient d’installer le conseil d’administration qui va statuer sur les éléments : les quelques éléments qui ne peuvent pas manquer dans un véhicule. Ce sont la bonne direction, de bons freins et un très bon éclairage. On ne peut pas ne pas en disposer. C’est le minimum qu’on a mis, on aurait dû ajouter les pneus, les suspensions... On ne pouvait pas tout mettre d’un seul coup. Il faut aussi rappeler que le centre est un financement du Fonds nordique de développement (Fnd) pour une meilleure politique environnementale. Dans les années à venir l’émanation des gaz figurera en valeur sur la délivrance ou non du certificat de contrôle technique.

Est-ce qu’on peut tout de même affirmer que le renouvellement du parc est réel ?

C’est un problème de moyens. On a 1128 véhicules qui sont en circulation entre les King long et les Aftu, 250 bus Dakar Dem Dikk qui sont arrivés récemment et il y a 250 autres à venir dans les prochains mois, 700 en montage à Thiès. Certainement il y a toujours des problèmes mais ce qu’on sait, c’est qu’il y a une commission des retraits avec un privé qui a été sélectionné pour retirer ces véhicules. Il est vrai qu’il ne faut pas confirmer que les 1128 véhicules sont là bas mais en tout cas l’Etat a mis toutes les dispositions et tous ces véhicules devraient et doivent être retirés, découpés, mis dans des containers et sortis de ce pays. D’une manière ou d’une autre on ne veut pas que ces véhicules se retrouvent dans la circulation.

La capacité d’accueil du centre n’est-elle pas trop limitée ?

C’est difficile mais on arrive à gérer la situation. Sur tous les véhicules contrôlés on n’a eu aucun problème avec un seul client. Nous sommes à zéro réclamation. Il y a certes un certain encombrement mais on a beaucoup de projets pour régler cela avant d’aller vers l’extension. On est en train de voir si nous n’allons pas travailler le samedi pour certaines catégories professionnelles, revoir les horaires et aller peut-être jusqu’à 19 heures. Nous voulons aussi chercher une nouvelle équipe pour assurer l’intérim le temps de la pause. On a passé quinze jours où personne ne bougeait sur cet axe mais c’est un phénomène qu’on a compris et depuis vendredi (23 Novembre Ndlr) on n’a plus ce problème. On est vraiment sur le qui-vive et on va régler cela. Il y a la sortie de l’autoroute qui pose également problème. Depuis un mois on fait en moyenne 550 véhicules par jour. On a aussi le malheur d’hériter de ce qui se faisait à Colobane où tous ceux qui ne venaient pas avant midi étaient obligés de revenir le lendemain. Les gens pensent que c’est toujours pareil et il y a une mauvaise répartition des passages.

N’y a-t-il pas un déficit de communication ?

Nous avons fait des insertions, des communiqués, des spots et nous allons en faire d’autres. Mais nous mettons tout cela dans le cadre de la nouveauté. Dans un an ou deux tout le monde connaitra les exigences du centre. Pour l’instant on peut absorber facilement tout ce qui vient. Rien n’a été fait au hasard, on ne peut pas faire moins de 109 mille véhicules par an. Si on fait le calcul on peut aller jusqu’à 600 véhicules par jour et les 8 pistes nous le permettent. Le problème c’est l’entrée et la sortie du centre.

Qu’en est-il pour les autres régions ?

On va vers le Dakar 2, on va construire un nouveau centre pour capter tous les gros porteurs. Dans six mois on aura un autre centre avec trois à quatre grandes pistes pour camions et deux ou trois pour véhicules légers à Diamniadio. Et en même temps pour le premier jet on en installera à Thiès, Louga, Saint Louis, Diourbel, Kaolack. Et ce sera peut-être complété par un centre mobile qui fera d’autres régions. Les gens nous interpellent souvent sur le fait de n’avoir pas fait d’autres centres dans les régions en même temps mais pour cela il fallait emprunter 10 ou 15 milliards CFA. Là, on a eu 3 milliards avec beaucoup de mal pour financer le centre de Dakar. Je pense qu’il s’agit de faire de la qualité et d’aller doucement vers d’autres centres.

Est-ce que le rapport « Contrôle technique-Sécurité routière » est une réalité ?

Nous n’avons pas les statistiques de la sécurité routière mais ce qui est constant c’est que nous avons contrôlé 42 mille véhicules et je suis certain qu’ils freinent mieux, ont une bonne direction et un bon éclairage. C’est une façon de participer à la sécurité routière. L’idéal du contrôle technique c’est qu’à la sortie qu’il y ait une réparation professionnelle. Pour cela on incite le ministère et des particuliers à ériger des garages modernes et qu’ils travaillent avec notre centre. Nous avons des façons de travailler et des paramètres qui ne sont pas en adéquation avec les réparateurs (mécaniciens de quartier ndlr). Vous renvoyez quelqu’un, il sort et va bricoler et veut revenir tout de suite. Le bricolage ne passe pas ici, donc il faut aider les usagers en mettant en place des garages modernes. Sinon, ce n’est pas la peine de faire un contrôle technique pour qu’ils sortent tuer des gens.

Est-ce que ce système de contrôle peut échapper aux tentatives de fraude bien connues dans notre pays ?

Tout ce qui est micmac ou intervenant ne passe pas. Ici la machine ne reconnait que des véhicules et pas des personnes. Nous faisons de la veille technique avec la mise en place de valeurs qui sont gérées depuis Bordeaux. Les valeurs qui s’affichent, même moi le directeur je ne peux pas y toucher. La partie visuelle peut poser problème mais cela ne figure pas dans les recommandations de contre-visite (silent block, suspension etc. ndlr). Et même si ça arrivait à se produire nous avons un responsable-qualité qui est un ingénieur qui sait reconnaitre et lier toutes les données. De plus, les données du contrôle technique et celles de la délivrance sont séparées. Dès que le contrôle technique des inspecteurs s’arrête, il est coupé par rapport à la délivrance qui a une autre autorité de contrôle sur ce qui a été fait. C’est alors là que le responsable-qualité vérifie et compare ce qui a été fait manuellement et les données de la délivrance correspondent.

Mais toujours est-il que ce sont des individus qui gèrent ça…

C’est impossible ! Il faudrait qu’on triche sur les valeurs. Si je soupçonne même je vire.

Il y a également l’augmentation du tarif que décrient nombre d’usagers ?

A Dakar nous sommes à 7000 FCFA là où à Abidjan c’est 14000 FCFA et on se base sur le Pib. Avant l’Etat avait pris l’option de dire qu’il faut juste un timbre pour avoir le certificat d’aptitude technique, mais on est aujourd’hui tenu de se conformer aux directives de l’Uemoa. C’est une nécessité pour le Sénégal. Le timbre, on s’apprête à l’enlever parce que c’est une anomalie du moment où il cautionne un contrôle technique qui n’existe plus. Le timbre ne nous concerne pas et nous ne le vendons même pas. Nous pensons que son annulation va passer avec le nouveau code des impôts.

Qu’en est-il de la gestion du centre et de la destination des recettes ?

Ce qui nous intéresse c’est que le gestionnaire qui fera Dakar 2 (deuxième centre qui devrait ouvrir dans six mois à Diamniadio ndlr) va aussi financer toutes les installations et au bout de 15 ans on récupère tous nos centres. Et cela ne nous empêche pas tous les cinq ans d’indemniser ou de les condamner (les gestionnaires ndlr) s’ils font une faute grave. C’est nous qui délivrons les agréments et nous sécurisons afin que plus personne ne parte avec nos éléments. Les gestionnaires embauchent et payent à partir de l’exploitation. C’est notre argent qu’ils gardent pour nous et sur les recettes de la cellule que je dirige, le gestionnaire ne touche que 20,1% hors taxe.

Papa Adama TOURE

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