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Contrôle technique des véhicules
Au centre de l’innovation et…des déboires

vendredi 28 décembre 2012

Longtemps considéré comme une simple formalité sinon un acte de complaisance, le certificat d’aptitude technique a pris tout son sens avec le nouveau centre de contrôle des véhicules. Avec un espace relativement exigu, le trop-plein de véhicules et les embouteillages sont le lot quotidien de cet outil de la sécurité routière. Ouvert il y a six mois seulement, le centre dresse un bilan désastreux de notre parc automobile.

13 heures au Centre de contrôle technique des véhicules automobiles (Cctva) sis à Hann. C’est la confusion totale sur ce site grouillant de monde ! Trop-plein de voitures, files d’attentes interminables sur plus de 2 km, méconnaissance du nouveau mode de contrôle…Sous le soleil de plomb en ce mois de novembre, ce sont des files qui se sont formées dès les premières heures de la matinée. Sur cette route qui mène vers le carrefour Capa, il y a un désordre fou avec d’énormes bouchons. Tandis que les automobiles qui ont commis l’erreur d’emprunter cet axe prennent leur mal en patience, les candidats au précieux sésame- le certificat d’aptitude technique-, jouent eux, des pédales pour ne pas perdre leur -place. Pour certains, ils attendent déjà depuis plusieurs heures. Et tout le long de l’axe, la file de voitures garées sur 500 à 800 mètres de part et d’autre, se prolonge au fur et à mesure après qu’un bus a bloqué le carrefour Hann. « Je suis arrivé depuis 11 heures et ça bouchonne depuis le rond-point Hann », se désole Amady, un jeune mécanicien. Pas étonnant alors avec cette chaleur de voir la précipitation faire place à une certaine indiscipline. Klaxons, embouteillages, bras d’honneur…tout y passe. « Il n’y a aucune organisation ici. Si on nous impose de faire une visite technique aussi difficile, il fallait au moins mettre les moyens et bien traiter les usagers », peste un chauffeur de taxi visiblement irrité. Pourtant, quelques volontaires s’essaient à régler la circulation au dehors alors que les agents du Cctva s’affairent à donner des explications et à rassurer les usagers. Le pari ne semble pas gagné d’avance vu cette marée humaine. -N’empêche, les responsables assurent avoir compris le phénomène et mettent tous ces désagréments sous le coup de la nouveauté. En promettant d’y trouver des solutions sous peu, la direction persiste que le centre peut contrôler jusqu’à 600 véhicules tous les jours (environ 550 actuellement).

Un « mal » pour un bien ?

A l’intérieur du centre, ça râle également de partout. Malgré les huit pistes pour le contrôle, l’espace semble encore trop exigu pour contenir tous les usagers. Les difficultés s’accentuent surtout à l’heure de la pause où les clients n’ont pas d’abri encore moins d’espace de détente. « J’attends depuis deux heures et une fois arrivé à l’entrée du centre, j’ai vu tous les véhicules à l’arrêt et selon un agent le travail cesse à partir de 13h00. Je viens de perdre une journée et je suis obligé de revenir une deuxième fois. C’est un vrai calvaire. Ils (les responsables ndlr) devaient attendre que toutes les conditions soient réunies avant de nous l’imposer. On met toujours la charrue avant les bœufs dans ce pays ! », fulmine un jeune cadre sous couvert de l’anonymat. Pas au bout des surprises, ce long et inattendu parcours se poursuit dans une salle d’attente où l’air conditionné n’est plus vraiment agréable. L’accueil chaleureux -et les spots qui défilent sur les différents écrans ne semblent guère rassurer les visiteurs. Dans une placide ambiance de salle d’examen, les visages crispés et inquisiteurs, chacun y va de son petit commentaire ou critique l’attente, la « difficulté » de ce contrôle, et les autres tracasseries liées à cette innovation qui ne semble pas faire l’unanimité. Pour certains c’est un ouf de soulagement tandis que beaucoup d’autres se voient contraints de revenir au moins une deuxième fois. Qu’importe la galère de cette nouvelle expérience ! Pour les responsables du centre, le maître mot reste : la Sécurité avant tout. Mais à quel « prix » ? Là où les usagers déboursaient 3000 FCFA pour le timbre seulement, aujourd’hui les tarifs vont de 3000 à 15000 en fonction du type de véhicule. Ce, en plus du timbre de 2000 FCFA qui constitue une autre bizarrerie. Comme pour dire : ce n’est pas encore le bout du tunnel…

Au nom de la sacro-sainte sécurité

Objectif principal de cet outil moderne : contribuer à réduire les accidents et à sensibiliser sur les éléments de base de la sécurité routière. En réalité, rien que la recrudescence des accidents de la circulation, les tracasseries routières et la production accrue de CO2 justifient l’existence d’un tel outil de contrôle technique. Est-ce pour autant suffisant pour régler les problèmes sur nos routes ? Dans l’absolu, le contrôle technique constitue en effet, un élément indispensable pour nous protéger de notre propre incurie concernant l’entretien. Toutefois, il n’en demeure pas moins que les difficultés du transport sénégalais restent énormes. Absence d’infrastructures adéquates, cadre institutionnel et règlementaire inapproprié, embouteillages infernaux, surcharges des autobus et camions, renouvellement du parc automobile, corruption… Ce sont autant de problèmes persistants qui bloquent la bonne marche du transport et auxquelles il faut également s’attaquer afin que le contrôle technique ne soit pas juste un simple élément de dissuasion. Autre défi de taille : le respect des normes environnementales qui a présidé le financement de ce centre par le Fonds nordique de développement (Fnd). C’est ainsi que conformément aux directives de l’Uemoa qui exigent des Etats de l’espace Uemoa une uniformisation des critères de contrôle technique automobile, l’Etat du Sénégal a mis en place ce Centre de contrôle technique des véhicules automobiles, pour un coût de 3,2 milliards CFA afin d’assurer la sécurité routière et…la réduction de la pollution de l’environnement avec le concours du centre de la qualité de l’air. C’est ainsi que par délégation de service public sur 15 ans, la gestion a été confiée au Bureau Veritas réputé dans l’inspection et le contrôle technique. Grâce à l’équipement ultramoderne, le contrôle des véhicules se fait en 20 mn seulement. Dans six mois, il est prévu un autre centre « Dakar 2 » à Diamniadio. Et simultanément, les régions de Thiès, Louga, Saint Louis, Diourbel et Kaolack devraient également être dotées d’infrastructures du genre. En attendant, le CCTVA de Hann trime seul avec ces 550 véhicules par jour et ses embouteillages monstres.

La fiabilité des véhicules en question-

Six mois après sa mise en œuvre, le nouveau centre de contrôle technique dévoile une situation terrible du parc automobile dakarois. Parmi 42 173 véhicules contrôlés à la date du 28 novembre dernier, les résultats montrent de graves défauts sur un peu plus de 9 mille véhicules. En cause, le freinage représente 44% des défaillances relevées. Viennent ensuite l’éclairage 28.5% et la direction 27.5%. « Un véhicule ne doit en aucun cas manquer de ces trois éléments. Il n’est plus question de délivrer des autorisations de tuer », tranche sec Oumar Thiam, directeur du Centre de contrôle technique. En effet, ces trois organes essentiels (freins, direction et éclairage) ont un impact certain sur la sécurité. Après contrôle et en cas de dysfonctionnement au niveau de ces éléments, une liste détaillée de révision est remise au conducteur qui dispose d’un délai d’au maximum un mois pour réparer les éléments en question et repasser une contre-visite. Lors de cette contre-visite le ou les organes défectueux sont réexaminés et si aucun dysfonctionnement n’est relevé le conducteur obtient la visite technique et peut repartir tranquillement. Par ailleurs, 35% des contre-visites sont des taxis parmi les défauts constatés. N’avait-on pas il y a quelques années crié sur tous les toits le renouvellement du parc des taxis ? Aujourd’hui, il est tout de même temps à se poser des questions sur la réalité de ce renouvellement. Car, il n’est pas du tout rare de voir des taxis surchargés et vétustes rouler à vive allure et causer de nombreux accidents.

Rapportés à l’échelle nationale, ces chiffres donnent à réfléchir sérieusement sur les risques et dangers avec lesquels nous cohabitons. Si son caractère normatif voire répressif oblige les automobilistes à s’assurer du bon état de leurs véhicules, le centre de contrôle technique aura davantage de sens s’il parvient à installer chez les automobilistes un meilleur sens des responsabilités sur la route.

Papa Adama TOURE

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