Accueil du site > Reportages > Social > Le maître de la prose est parti

disparution de SERIGNE MANSOUR SY BOROM DAARA YI, KHALIFE GENERAL DE LA CONFRERIE DES TIJANES
Le maître de la prose est parti

vendredi 28 décembre 2012

On l’appelait « Borom daaraji », le professeur ou le prêcheur invétéré. Un nom qu’il adorait car lui rappelant son engagement en faveur de l’éducation et la formation des musulmans. Khalife Général des Tidianes de 1997-2012, son rôle de chantre de l’islam était reconnu.

Serigne Mansour Sy Borom Daara yi avait le verbe savoureux. Ses sorties n’étaient jamais ordinaires. Elles été même guettées car elles étaient source d’enseignement. L’enseignement, un sacerdoce qui lui valut son surnom de « borom daara yi », le professeur ou le prêcheur. Toute sa vie, il l’a consacrée à éduquer et à former suivant en cela une bonne tradition familiale. A Tivaouane, capitale de la Tidianya où il résidait et dont il présidait les destinées au plan religieux, le leitmotiv de la grande famille dont il est issu a toujours été l’éducation et la formation des hommes et des femmes au service de l’islam. Serigne Mansour Sy, le Khalife général des Tidianes flamboyait dans le domaine de l’éducation et son érudition avait fini de convaincre les plus grands savants musulmans qu’il a eu à rencontrer. Maître de la prose, il séduisait par sa verve. « En 1998, le khalife général, Serigne Mansour Sy Borom Daaraji fut désigné, lors d’un rassemblement au Tchad, pour prononcer un discours historique en direction de la Ummah islamique sur le soufisme. Ce fait s’inscrit dans la particularité de Tivaouane d’avoir toujours été à l’avant-garde du processus de l’internationalisation de l’islam sénégalais », écrit, dans une tribune de presse citée par l’Agence de Presse Sénégalaise, Bacary Sambe, docteur en sciences politiques, pour parler de la persistance du rayonnement de Tivaouane. Le Dr Sambe chercheur à la Maison de l’Orient méditerranéen, Université Lumière Lyon 2, poursuit son témoignage sur Serigne Mansour : « La qasîda (poème) qu’il dédia au défunt roi Hassan II, lors des journées Cheikhna Ahmed Tijiâni, fut considéré par le ministre marocain des Affaires islamiques, Abdel Kabir Al-Alaoui Madghri, comme le plus bel hommage qu’il ait jamais entendu ».

A la tête de la tarikha tidiane depuis septembre 1997, Serigne Mansour Sy avait imprimé sa marque à son khalifat. Autant son langage était fleuri, autant son habillement symbolisait sa joie de vivre. Le marabout adorait les couleurs vives et bariolées. Tout chez lui était magnificence et générosité. Une somptuosité qu’il a cultivée très jeune auprès de son père Cheikh Seydi Aboubacar Sy. L’anecdote sur son habillement est d’ailleurs connue. Son homonyme et neveu Serigne Mansour Sy Djamil raconte : « le khalife général m’a raconté qu’un jour, étant jeune à l’école de Serigne Chouhaibatou Fall, il est arrivé bien habillé avec de beaux boubous tout neufs. Le marabout le regarde et lui demande d’aller nettoyer l’étable des chevaux avant de commencer les cours. Surpris et en rage, Serigne Mansour finit par s’exécuter en pensant à ses habits neufs. Une fois la tâche accomplie, il revient chez lui et dit à son père qu’il ne veut plus de Serigne Chouhaibatou comme maître. Il lui raconte sa mésaventure. Ce dernier rit et lui dit : « voilà le formateur qu’il te faut parce qu’il va tuer tout orgueil en toi ! L’excès de fierté et d’orgueil mal placé, voilà ce qu’un jeune doit combattre en premier. Il faut de l’humilité parce que c’est la seule voie qui vaille pour acquérir du savoir et de la connaissance sans toutefois manquer de caractère ». Il lui dit : « moi ton père c’est la voie que j’ai prise » ». Mais le jeune Mansour Sy se fit surtout remarquer dans sa jeunesse pour ses facultés de mémorisation. Des facultés qui ont été louées par Serigne Abdou Aziz Dabakh. « Si le feu consumait tous nos écrits à Tivaouane, Serigne Mansour (Sy) pourrait les réécrire de mémoire », affirmait Dabakh. Un très bel hommage de son oncle qui l’a précédé au Khalifat et dont la connaissance était louée.

Fils de Cheikh Sidi Aboubacar Sy et de Sokhna Astou Seck, Serigne Mansour Sy a fait ses humanités à Tivaouane auprès de Serigne Chouhaibatou Fall, Serigne Hady Touré et Serigne Alioune Guèye, des disciples de son père. Il a fait ses études en compagnie de son cousin Cheikh Ahmed Tidiane Sy, philosophe et érudit qui a marqué l’histoire contemporaine du Sénégal. Borom daarayi était, avant d’accéder à ce statut, un marabout couru. De tous les coins du Sénégal, il était sollicité et sa cour ne désemplissait pas. On se bousculait chez lui pour recueillir ses prières. Qui pour émigrer en Europe notamment les jeunes, qui pour trouver du travail, qui pour trouver un mari. « Les naufragés sociaux » faisaient la ronde de ses nombreuses résidences pour le rencontrer, quitte à passer des jours et des nuits d’attente. Parmi ces fidèles, les élèves et les étudiants, stylos en main réservés aux examens et concours, n’étaient pas les moindres. Les chômeurs et les candidats à l’émigration non plus. Aussi, tous ceux qui étaient menacés dans leur emploi, entreprise ou ménage croient en ses prières dites ’’khaas’’ (exclusives), témoigne le Dr Bacary Sambe.

LA GENEROSITE, UN CREDO

A l’écoute du Sénégal des profondeurs, Serigne Mansour ne manquait jamais d’assister les plus faibles. Aussi, a-t-il en octobre 2010 offert aux sinistrés de Thiaroye Hamdalaye trois tonnes de riz et des vêtements. Au-delà de son engagement pour le social, Serigne Mansour Borom Daaradji était préoccupé par les questions politiques qui secouent le Sénégal. Ainsi, concernant l’affaire casamançaise, il déclarait lors du gamou 2007 : « La famille Sy détient les secrets pour que la paix revienne en Casamance. Paix qu’a toujours prônée feu Serigne Abdou Aziz Dabakh. Les Sénégalais doivent œuvrer pour le retour définitif de la paix en Casamance. » Une déclaration plus qu’actuelle. Après s’être distingué dans le champ politique lors de la décennie précédente, Serigne Mansour était installé dans une position de réserve que ses partisans ont jugée plus conforme à son statut. Ses prières sont surtout pour le Sénégal comme il l’avait fait lors du Maouloud 2007. « Le Sénégal restera un pays de paix, au regard de tous les saints qui y reposent », disait Serigne Mansour Sy, en avril 2007, année électorale. Le marabout revenait du Maroc à l’époque où il se soignait pour ne pas rater le Maouloud, rendez-vous de la Umma islamique. Un événement qui compte plus que tout pour lui car étant une plateforme d’affirmation des valeurs de l’Islam. C’est ainsi que Serigne Mansour avait choisi la tribune du Maouloud pour réagir aux attaques de Kurt Westergaard, l’auteur des caricatures faites sur le film anti-islam d’un député néerlandais mis en ligne pour fustiger l’islam et le Prophète.

A 87 ans, l’ancien soldat engagé durant la période 39-45 laisse un vide immense avec sa disparition. Les fidèles sont désormais orphelins de la beauté de sa voix. Toujours souriant et attentionné, il émerveillait par sa disponibilité lors du Bourde-période de recueillement de 10 jours avant le Maouloud. Durant les 15 ans qu’il a dirigé la confrérie Tidianya, il a toujours dirigé le Bourde avec une belle ferveur déclamant les poèmes sur le Prophète en compagnie des fidèles. Borom Daraji s’en est allé le dimanche 9 décembre. La Umma islamique l’a bien accompagné en lui rendant un hommage mérité.

Témoignages... Témoignages... Témoignages...

Macky Sall
« Avec la disparition de Serigne Mansour Sy, toute la Oummah islamique perd un illustre homme de Dieu »

« Je salue l’œuvre exemplaire et la dimension intellectuelle exceptionnelle du défunt khalife général des Tidjane, Serigne Mansour Sy, avec sa disparition, toute la Oummah islamique perd un illustre homme de Dieu.

La tarikha didjane, perd son guide moral. Le Sénégal ne s’attendait pas à sa disparition. Bien que se sachant malade, il mettait toujours son visiteur à l’aise, pour masquer sa souffrance. Je suis ici à Tivaouane avec l’ensemble du gouvernement pour présenter mes condoléances à toute la famille de Seydi Hadji Malick Sy, à travers le porte-parole du khalife, Serigne Abdou Aziz Sy Al Amine.

C’est Serigne Abdou Aziz Al Amine qui m’a informé de la maladie du khalife générale. J’ai aussitôt donné toutes instructions nécessaires auprès des médecins de l’hôpital Principal, pour son éventuel acheminement auprès des hôpitaux spécialisés de France pour y suivre des traitements adéquats. Malgré toutes ces dispositions, personne ne peut s’opposer à la volonté divine. Serigne Mansour Sy Borom Daradji était un océan qui ne tarit pas grâce à son savoir éclairé sur les percepts de l’Islam et du saint Coran. Dès l’annonce de la disparition du khalif, plusieurs chefs d’Etat m’ont appelé pour présenter leurs condoléances à la famille et au peuple sénégalais : Yaya Jammeh de la Gambie, Alpha Condé de la Guinée. Le président français François Hollande a joué un rôle facilitateur pour le rapatriement rapide du corps dans des délais exceptionnels. »

Abdoul Mbaye, Premier ministre
« C’était un érudit d’exception »

« Je suis triste d’apprendre une aussi terrible nouvelle. Serigne Mansour Sy était un érudit d’exception, je n’ai jamais cessé d’être impressionné par sa science des hadiths, du coran, du soufisme et tout ce qui touche à la Tidjania. C’est un homme d’une gentillesse incommensurable. »

Moustapha Niasse
« L’hommage rendu à l’illustre disparu est à la mesure de la dimension singulière du défunt »

« L’homme était connu, l’humaniste l’était aussi. Le Guide religieux était respecté, apprécié, par les Croyants de notre pays, Musulmans et Chrétiens. L’hommage rendu à l’illustre disparu est à la mesure de la dimension singulière du défunt, homme de culture, homme de foi, homme de piété et bâtisseur d’idéaux d’ouverture, de paix et de travail. L’exemple qu’il laisse restera celui d’un érudit éminent, d’un pédagogue avisé et d’un porteur volontaire de dévotion et de générosité. »

Modou Diagne Fada, député, président du groupe des libéraux et démocrates à l’Assemblée
« Il a contribué à rapprocher la classe politique »

« Le Sénégal s’est réveillé avec une triste nouvelle. Nous sommes attristés par la disparition du khalife. C’est un deuil partagé par l’ensemble des Sénégalais et la communauté musulmane. Nous avons perdu un homme de paix connu pour son charisme et son discours éloquent qu’il ramenait toujours à Dieu et au prophète Mohamed (Psl). Il était d’une dimension exceptionnelle. Pendant son khalifat, Serigne Mansour Sy a contribué à rapprocher les familles religieuses et la classe politique. Il laisse un grand vide qui sera difficile à combler. Nous présentons nos condoléances à Serigne Cheikh Tidiane Sy, à Abdou Aziz Sy Al Amine et à tous ses fils. Que Dieu l’accueille dans son paradis. »

Idrissa Seck, maire de Thiès
« S’inspirer des enseignements de Serigne Mansour Sy »

« Notre conduite doit s’adosser aux enseignements du marabout qui a toujours demandé aux gens de se remettre à Dieu lors de ces genres d’épreuves. Je prie pour que les enseignements de l’Illustre homme nous guident et nous accompagnent. »

Le cardinal Théodore Adrien Sarr
« Un vaillant et dévoué serviteur de Dieu »

Serigne Mansour Sy était un vaillant et dévoué serviteur de Dieu et de la paix sociale. « Serigne Mouhamadou Mansour Sy était un homme de relations, un homme de Dieu. Sa sagesse révélait qu’il était profondément habité par Dieu. Les générations à venir se trouvent déjà enrichies de l’image d’un ardent défenseur de la paix sociale et d’un guide qui menait toujours loin des sentiers de la radicalisation et du fondamentalisme religieux qui secouent le monde aujourd’hui ».

Ambassadeur de France
« Serigne Mansour Sy était un interlocuteur ouvert et bienveillant »

« Serigne Mouhamadou Mansour Sy était un interlocuteur ouvert et bienveillant, fidèle à la tradition séculaire d’échanges et de dialogue entre les autorités françaises et les autorités religieuses sénégalaises. L’ambassade de France assure de sa sympathie tous ceux qui, au Sénégal et au-delà de ses frontières, sont affligés par la disparition de cet homme de paix et de dialogue et présente ses sincères condoléances à la famille du Khalife général des Tidianes, décédé en France, à l’hôpital américain de Neuilly, samedi. Puits de savoir, infatigable travailleur, Serigne Mansour Sy aura profondément marqué non seulement la confrérie tidiane dont il fut le khalife pendant 15 ans mais également l’ensemble des Sénégalais. »

Pape Amadou FALL

Publicité
  Dans la même Rubrique :
Le maître de la prose est parti
Que de défis à relever !
« Quand quelqu’un joue sa vie en traversant un océan pour aller chercher de la nourriture ou de l’argent pour nourrir sa famille, je ne crois pas qu’il puisse y’avoir une politique pour freiner cela »
Le remède de l’approche intégrée
Contexte et justification du projet

Réagir à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)