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Mouhamed Bassirou Sarr, président de la commission communication du M23 et membre du secrétariat permanent du comité de coordination
« Il faut un large rassemblement autour du président Macky Sall parce qu’un parti présidentiel doit être fort sinon il ne renforce pas la démocratie »

vendredi 28 décembre 2012

Accusé levez-vous ! Bassirou Sarr, nouvelle voix du M23 avec la dissolution des structures de jeunesse et d’appui explique les raisons du gel des instances nationales excepté l’Assemblée générale, le comité de coordination et le secrétariat permanent. L’ex-frère de Landing Savané et nouveau président de And Jërin Sénégal rapporte les actions du Mouvement du 23 juin (M23) envers les détenus et plaide pour le regroupement de la famille And-Jëf. Entretien

Pourquoi le gel des structures de jeunesse et d’appui, est-ce pour museler les jeunesses et autres démembrements du M23 ?

Non, non ! Le gel ou la dissolution des structures de jeunesse et d’appui répondent aux recommandations de la dernière assemblée générale du M23 qui ne retient que les structures nationales à savoir l’assemblée générale souveraine, le comité de coordination, le secrétariat permanent composé de 7 membres et qui peut s’élargir en cas de besoin. Cette mesure vise à avoir plus de clarté et de cohérence dans la démarche du M23 qui ne veut plus de dispersion. Nous voulons rendre les choses limpides, c’est pourquoi nous nous sommes dit qu’il vaut mieux retenir les structures verticales et ne pas s’alourdir de structures horizontales. Mais, je vous signale que les comités départementaux continuent d’exister, par contre les structures de jeunesse ou structures d’appui disparaissent, donc, les communiqués émanant de structures dites de la jeunesse du M23 n’engagent que ses signataires parce que seul Bassirou Sarr est habilité à signer les communiqués du M23.

« Nous allons écrire une lettre ouverte à tous les députés pour une proposition de loi d’amnistie des prisonniers du M23. »

Avec cette dissolution, ne pensez-vous pas que vous défigurez l’identité du mouvement du 23 juin ?

Pas du tout, l’essence du M23 est toujours là. L’assemblée générale, les comités de coordination, le secrétariat permanent ainsi que les trois composantes du M23 notamment la société civile organisée, les indépendants et les partis politiques sont toujours là. Alioune Tine et Amath Dansokho, ministre d’Etat ont présidé l’assemblée générale du 25 aout à l’Endss, ce qui démontre que personne n’est à l’écart, et que toutes les sensibilités pour aller vers la nouvelle assemblée générale du 12 janvier sont conservées. Maintenant, la dernière Ag nous a donné la mission de conduire les activités qui doivent mener vers une mutation du M23. Le mouvement veut passer d’une structure informelle de lutte à un cadre formel, légal organisé et reconnu par les lois et règlements du Sénégal. Nous conduisons cette mutation, nous discutons des statuts et des futures instances et d’organisations et nous passerons à l’élection des nouveaux dirigeants du M23 qui conservera toujours ses trois composantes originelles : la société civile organisée, les politiques et les indépendants, pour garder l’identité du M23.

La présence d’acteurs du M23 au pouvoir ne freine-t-elle pas le mouvement ?

Il est vrai que beaucoup d’hommes politiques ont déserté provisoirement le M23, mais personne n’a démissionné. Nous allons formaliser tout cela lors de l’AG du 12 janvier 2013.

En attendant l’image du M23 n’est plus si lisse avec ce dossier des détenus dont on dit qu’ils sont abandonnés à leur sort.

C’est un dossier complexe. Si aucun prisonnier n’a été enregistré le 23 juin, il y a eu des arrestations faites sur le fil des émeutes de l’électricité du 27 juin, -en son temps, le 28 nous avons dénoncé le vandalisme et la violence en nous démarquant- puis lors des manifestations contre la validation de la candidature de Wade à la place de l’Obélisque qui ont entraîné la mort regrettable et regretté du policier Fodé Ndiaye. Le M23 endosse tout, revendique, s’organise et les défend. Le pool d’avocats est constitué des éléments du M23 dont Mame Adama Guèye, donc on est présent dans leur défense. Aussi, à l’audience du 30 novembre, Alla Dieng était dans la salle pour soutenir les détenus, peut-être qu’il est moins bien connu qu’Alioune Tine. D’autre part, nous avons entrepris des actions. Nous allons prendre langue avec le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse et avec le président du groupe parlementaire de Bennoo Bokk Yaakaar, Moustapha Diakhaté. Et enfin, nous allons écrire une lettre ouverte à tous les députés pour une proposition de loi d’amnistie des prisonniers du M23. Nous sommes dans cette démarche et sous peu nous rencontrerons toutes ces différentes personnalités.

Les familles n’ont-elles raison de râler vu la lenteur du dossier et les tortures physiques et corporelles qu’ont subies leurs enfants …

Il y a les grandes victimes constituées de la dizaine de morts dont Mamadou Diop, Thiam de Rufisque, des victimes de Matam. A la veille du 23 juins 2012, le M23 a soulevé auprès du président de la République, la prise en charge ou la réparation des victimes du M23. Nous ne pouvions pas le rendre public parce que la diplomatie ne se négocie pas sur la place publique. D’autre part, des actions ont été faites pour les détenus blessés de Thiès et de Dakar qui ont été aidés et pris en charge par la commission sociale. Maintenant, s’agissant des détenus torturés et agressés dans leur intégrité physique, cela nous semblait plus important de mettre l’accent sur leur libération d’abord et de laisser le dossier des agressions et tortures aux organisations des droits de l’Homme.

Ce sont les seules actions que vous comptez mener…

(Il coupe) Ce sont les actions que nous sommes en train de mener. Comme la diplomatie ne se fait pas dans la rue, je ne voudrais pas dévoiler toute la stratégie. Mais, nous avons donné des missions spéciales et particulières à Barthémy Dias et Malal Talla quand ils étaient en prison. Cela nous a permis de faire le point exhaustif des détenus qui sont autour d’une vingtaine.

Le M23 cherche sa voie, au moment où le Pds investit la place de l’Obélisque. Quel est votre commentaire ?

C’est la démocratie, quand on est dans un régime démocratique tout ce qui n’est pas interdit est autorisé. La place de la Nation appartient à tout le peuple sénégalais, d’ailleurs on y célèbre la fête de l’indépendance, des festivals de musique, des foires agricoles et commerciales. L’opposant Wade y a tenu beaucoup de meetings et les autres partis et coalitions idem. Sur le plan juridique et politique, cette place appartient à tout Sénégalais. Même si en 2011, cette place a semblé appartenir au M23 au point que certains avaient senti le besoin de la rebaptiser, place des martyrs, mais après débat, nous n’avons pas voulu faire de l’usurpation.

« La manifestation du Pds à la place de l’obélisque ressemble au geste du criminel qui revient sur les lieux du crime pour narguer ses victimes et ses morts. »

Le fait qu’Ousmane Ngom, l’ancien-ministre de l’Intérieur faisant l’objet d’une plainte pour la mort Mamadou Diop participe à cette manifestation ne vous choque-t-il pas ?

Bien sûr que cela nous choque moralement ! Mais au plan politique et juridique, le Pds a le droit d’y manifester. Cela nous choque, on peut même se dire que c’est le criminel qui revient sur les lieux du crime pour narguer ses victimes et ses morts. Mais nous comprenons le geste politique du Pds. Maintenant la question qu’il faut se poser, c’est qu’est ce que cela leur apportera et qu’est ce que cela nous enseigne ? On ne jugera pas leur capacité de mobilisation parce qu’ils ont les techniques et les moyens, mais leur capacité à fédérer d’autres secteurs qui ne sont pas du Pds. Ce qui peut faire tilt dans ma conscience, c’est que d’autres franges de la population qui ont combattu le Pds les rejoignent. C’est la qualité des manifestants qui va attirer mon attention et me faire réfléchir.

Aujourd’hui, quelle est l’audience du M23. A-t-il toujours cette base qualitative, vu que beaucoup ne se retrouve plus dans cette organisation ?

Lénine disait que « les masses ne sortent au grand jour qu’à des moments déterminés de l’histoire ». Nous avons réussi la mobilisation le 23 juin, le 23 juillet, moins le 23 septembre, assez bien le 23 octobre et plus en janvier à la présentation-validation de la candidature d’Abdoulaye Wade. Ces moments étaient une période de lutte anti-Wade parce que sa candidature n’était pas constitutionnelle. Cela a évolué, Wade n’est plus là, le M23 n’a plus cette ferveur de lutte contre une action, contre une personne.

Dans ce cas, le M23 ne devait-il pas signer son acte de décès avec l’alternance ?

C’est cette réflexion que nous menons en retraite. Sous quelle forme et avec quelles structures ? Cela ne nous empêche pas de nous pencher sur les grandes questions, nous avons dit en conférence de presse que nous étions contre le Sénat, coïncidence ou pas, le même jour, le président Macky Sall a renoncé au Sénat de retour de voyage. En outre, nous avons loué l’action de l’Etat dans la traque des biens mal acquis et dans sa lutte contre l’impunité mais nous disons aussi qu’il faut respecter la personne humaine, les droits de l’homme et la présomption d’innocence. Il faut une justice équitable, aussi nous nous engageons dans la lutte contre le chômage des jeunes. Nous nous sommes même prononcés sur l’agriculture. Nous ne sommes plus à ces grands moments de lutte et de mobilisation de rue mais à l’évaluation, l’orientation, de réorganisation pour faire face aux enjeux de l’heure.

Vous ne pensez pas que la lutte contre la vie chère et le népotisme vaut toujours le coût même si Wade n’est pas là ?

La lutte ne décrète pas, c’est aux masses de prendre conscience ! On a beau être à l’avant-garde, dire que la vie est chère, la santé pose problème, le prix de l’arachide est dérisoire… mais on n’impose pas le sens de la lutte. Vous pouvez sentir que ceci est une occasion de lutte mais ce n’est pas évident qu’on vous suive. Mais avec le travail de sensibilisation et d’information, nous pouvons arriver à ce que la population soit consciente des mécanismes des prix, ait une force matérielle et décide de la lutte, qui peut être massive et victorieuse.

Quand est-ce que vous avez décidé de rencontrer les députés ?

Nous déposerons la lettre pour l’amnistie cette semaine, mais l’audience se fera à leur aise.

Que ressent l’ancien député que vous êtes, après l’échec de la liste de la coalition Salam, ne regrettez-vous pas votre départ de Bennoo Bokk Yaakkar.

Je suis candidat à la députation depuis 1994. J’ai été membre de bureau de l’Assemblée nationale et secrétaire élu, Salam n’est pas une liste contre BBY, mais a laissé beaucoup de personnes en rade à la confection des listes pour les Législatives. C’était une affaire de candidat, donc, nous avons eu notre liste qui était différente mais pas contre BBY. Chacun a saisi sa chance.

Quelle est l’actualité de Bassirou Sarr, démissionnaire depuis avril d’Aj-Pads après 38 ans de compagnonnage avec Landing Savané ?

Je suis dans un parti qui s’appelle And Jërign Sénégal. A l’origine, c’était un courant qui s’est démarqué de la direction de notre ancien parti And-Jëf/Pads durant la Présidentielle. Mais après les législatives et suite à notre démission d’AJ en avril, nous l’avons formalisé en parti et en juillet les camarades m’ont bombardé président. Nous avons déposé les documents pour la reconnaissance de notre parti, depuis cette semaine.

« Il faut un large rassemblement autour du président Macky Sall parce qu’un parti présidentiel doit être fort sinon il ne renforce pas la démocratie »

Vous venez grossir le rang des 170 partis ?

Nous ne voulons pas être un parti de plus. Nous entendons être, un instrument de participation à la vie politique. C’est un moyen de nous faire entendre, de compter et de donner notre projet de société et vision. Toutefois, je n’évacue pas l’idée d’être dans des rassemblements de partis. D’ailleurs j’ai eu à le dire au journal le Populaire. Je disais qu’il faut un large rassemblement autour du président Macky Sall parce qu’un parti présidentiel doit être fort sinon il ne renforce pas la démocratie. Pour éviter que son régime soit fragile, l’Apr pourrait créer avec d’autres partis un grand ensemble politique et garder son nom. J’ai suggéré l’Alliance patriotique pour la République ou Alliance populaire pour la République.

Ne pensez-vous qu’il est venu le temps pour le Sénégal d’avoir un nombre limité de partis politiques puisque ce sont les coalitions qui gagnent les élections ?

Je suis contre la limitation, par contre je suis pour la sélection naturelle. Ce qui est important c’est organiser, rationnaliser et règlementer la vie et l’activité des partis politiques. Je ne souhaite pas que Macky Sall fasse comme Senghor qui disait qu’il faut quatre courants : conservateur, libéral, social-démocrate et communiste. Abdou Diouf a dépassé Senghor avec le multipartisme intégral. Grace à lui, le Rnd, And- Jeff, la Ld, le Pit et le Plp sont sortis de la clandestinité pour venir dans la légalité. Abdoulaye Wade a fait passer à 100. Je pense qu’il nous faut un chemin inverse. Les partis prennent la décision de se regrouper avec de grand rassemblement, et on pourrait se retrouver avec 7 grands partis. Pour ce faire, il faut une charte des partis politiques au Sénégal comme c’est le cas dans la sous-région. Lors d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur, j’ai eu à dénoncer la pléthore, et je disais que si on nous donne l’occasion on peut arriver à une régulation des partis. En quoi faisant, en instaurant la règle que les partis qui ne remplissent pas certaines conditions ne seront plus invités au débat publique et n’auront plus droit au financement. Il y aura des critères et la démocratie ne s’en portera que mieux.

Quels sont vos rapports avec Landing Savané ?

On a des rapports fraternels et amicaux. Landing, c’est un grand frère, un ami. J’ai partagé avec lui 38 années, les plus belles années de mon engagement politique. And-Jef, c’est une part de mon histoire.

Quel sentiment vous anime avec la balkanisation de Aj ?

Je suis déçu. Je ne pleure pas sur les échecs parce que les défaites sont des motivations supplémentaires pour aller de l’avant

Ne pensez-vous pas que vous avez changé de voie, Landing a certes été avec Bennoo ak Tanor, mais Mamadou Diop Decroix était avec le Pds et, vous, vous penchez pour l’Apr de Macky Sall, un libéral ? On quitte la gauche pour la droite finalement.

Non, non, je n’ai pas la même conception. Je dirais que nous nous situons au centre avec une sensibilité de gauche. Nous ne pouvons pas renier notre histoire. Notre identité est de gauche mais nous n’aurons pas de gêne à travailler avec l’Apr, le Ps ou l’Afp parce qu’on gouverne au centre. La grande famille de And-Jef est émietté en quatre sensibilités, nous ne désespérons pas que cette famille se reconstitue. Sous quelle forme que ce soit. Nous travaillerons pour que la gauche puisse avoir le droit au chapitre en tant que front de gauche. C’est à partir de grands rassemblements que nous construisons le Sénégal. Personnellement, je ne qualifie pas l’Apr de parti libéral. Le Pds est ancré dans le libéralisme. Sans me fier au mot, je ne pense pas que l’Apr soit libéral, je ne leur connais pas une marque de fabrique libérale.

La coalition « Macky 2012 » veut aller seule aux Locales 2014, quel va être l’option de And-Jërign Sénégaal ?

Nous sommes à la phase initiale de reconnaissance et d’avoir voix au chapitre. Nous peaufinons notre stratégie pour 2017. Allons-nous conquérir le pouvoir seul ou en coalition ? Pour l’instant, nous sommes présents dans 10 régions, c’est une base suffisante pour engager les locales. Ce sont les grandes coalitions qui gagnent les élections.

Réalisée par Boly BAH

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