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Trafic de faux médicaments en Afrique
Le fléau de trop

vendredi 28 décembre 2012

Avec 10 milliards de faux médicaments introduits par an en Afrique, une véritable industrie de la mort se développe. Au Sénégal comme ailleurs sur le continent, les faux « remèdes » mettent sérieusement en danger la santé des populations.

Le trafic de faux médicaments pose un véritable problème de santé publique en Afrique. En dépit des efforts consentis ces dernières années dans la lutte contre cette « pandémie », elle continue de faire des victimes par milliers dans les pays africains. Avec environ 10 milliards de faux médicaments introduits chaque année sur le continent, l’Afrique est de loin la région la plus touchée dans le monde. Confrontés à la cherté de vrais médicaments, les Africains, principalement les plus pauvres, se retournent vers les faux médicaments tantôt fabriqués sur place tantôt importés des pays asiatiques. Mais le continent africain est également un point de transit pour acheminer ces produits dangereux vers l’Europe. En atteste la saisie record opérée en juillet dernier dans 16 ports africains. Lors de cette opération « coup de poing », la douane s’est ainsi emparée de quelque 82 millions de médicaments illicites en trois jours seulement. Ont pris part à cette opération seize administrations douanières du continent africain et plus précisément d’Angola, du Bénin, du Cameroun, de la République Démocratique du Congo, de la République du Congo, de Côte d’Ivoire, du Gabon, du Ghana, de la Guinée, du Kenya, du Libéria, du Mozambique, du Nigéria, du Sénégal, de la Tanzanie et du Togo. « Plus de 82 millions de doses de médicaments illicites parmi lesquels des antipaludéens, des antiparasitaires, des antibiotiques, des sirops antitussif ou encore des contraceptifs et des traitements contre la stérilité, l’ensemble étant estimé à plus de 40 millions de dollars américains. Ces résultats alarmants nous rappellent l’ampleur du trafic de médicaments en Afrique et du danger qu’il fait peser sur la santé des consommateurs africains », souligne le rapport de l’Institut de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM) qui a organisé cette opération « VICE GRIPS 2 » en partenariat avec l’Organisation mondiale des douanes (OMD).

D’après le coordinateur l’OMD, Christophe Zimmermann : « c’est la plus grosse opération jamais réalisée ». Selon lui : « Aujourd’hui l’Afrique est devenu un dépotoir et cela affecte directement la sécurité et la santé des consommateurs. Rapportée sur toute l’année, la quantité saisie représenterait dix milliards de doses et une valeur de 5 milliards USD ».

Sur 110 conteneurs saisis par les douanes, 84 contenaient des produits contrefaits ou de contrebande, en provenance d’Asie du Sud-est pour la plupart (surtout de la Chine et de Dubaï). Parmi les produits saisis se trouvaient de faux antipaludéens, des antibiotiques ou des antiparasitaires sans principe actif ou encore de fausses pilules du lendemain etc.

Si l’Angola, le Togo, le Cameroun et le Ghana sont les pays où ont été opérées les plus grosses prises, le Sénégal n’en est pas pour autant épargné. Aujourd’hui, le marché sénégalais du faux médicament dépasserait plus de 12 milliards FCFA par an. Une situation « inacceptable et complexe », selon Aboubakrine Sarr, président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal qui déclare une guerre ouverte à « ces vendeurs de la mort et fossoyeurs de l’économie nationale ». Dans un entretien accordé à La Gazette ce dernier explique d’ailleurs que : « si nous n’épargnons pas nos confrères nous n’accepterons pas que d’autres catégories professionnelles s’adonnent à ce type d’acte répréhensible et dangereux pour les populations. L’Etat pour montrer son engagement à lutter contre ce phénomène, doit institutionnaliser les comités nationaux de lutte contre le marché illicite de médicaments ».

De même, le ministre de la Santé et de l’Action sociale Awa Marie Coll Seck, à l’occasion de la Semaine de sensibilisation sur le danger des faux médicaments de la rue et le marché illicite des médicaments (11-18 Novembre 2012) a insisté sur la nécessité de développer une approche intégrée et multisectorielle en impliquant la Police, la Gendarmerie, les Douanes, les services de santé, du commerce de l’éducation et de la justice.

N’empêche, si les autorités s’attaquent aujourd’hui aux petits vendeurs de la rue, les réseaux occultes prospèrent de part et l’Etat semble encore impuissant à faire disparaitre des marchés clandestins tels que Serigne Bi.

Un trafic très difficile à combattre

En réalité, la traque aux faux médicaments n’est pas une mince affaire. Car, nombreux sont aujourd’hui les éléments qui concourent au trafic de faux médicaments et à sa prolifération aux quatre coins de la planète. Mauvaise connaissance du médicament, corruption, insuffisance du cadre juridique, réticence des gouvernements à agir, faiblesse ou absence de mesures administratives et de sanctions pénales non adaptées aux risques pour la santé publique… Ce sont autant de facteurs qui contribuent au trafic de faux médicaments.

De plus, dans l’écrasante majorité des pays africains, l’inefficacité des contrôles réglementaires favorisent l’importation et la mise sur le marché de produits contrefaits. Outre cette méconnaissance du médicament, les faussaires produisent désormais à une échelle industrielle avec des circuits de distribution de plus en plus diversifiés tels que internet.

Aussi, le manque de collaboration des acteurs impliqués dans la réglementation, le contrôle, les enquêtes et les poursuites, la multiplication des intermédiaires, l’importation parallèle non réglementée, le perfectionnement de la fabrication clandestine, les prix élevés de certains médicaments et la méconnaissance des prix des génériques de qualité disponibles à un coût de loin inférieur, l’accès insuffisant des populations aux services de santé de base, la pauvreté, l’analphabétisme…constituent d’autres facteurs encourageant le trafic.

Aujourd’hui, pour mieux lutter contre ce fléau, les pays africains misent sur une harmonisation de leurs procédures d’homologation pharmaceutique qui pourrait à terme améliorer la santé publique en Afrique à travers un accès à des médicaments sûrs, efficaces et de bonne qualité, surtout pour les maladies chroniques. Serait-ce suffisant pour autant ? En tous les cas, les premières victimes de ce trafic restent les patients et surtout ceux des pays les plus pauvres. Au moment où la santé est devenue un droit fondamental de la personne, le vaccin et le médicament doivent pouvoir être accessibles à tous. Mais faudrait-il encore que leur innocuité soit prouvée et leur efficacité garantie. Telle est l’épine dorsale d’une bonne politique sanitaire. Car sans médicaments il n’y a pas de santé. Mais lesquels ?

L’Initiative de Tanger : le nouveau défi lancé au trafic

En marge du sommet MEDays à Tanger (14 au 17 novembre 2012) conçu dans le but d’apporter une contribution au débat international et dans la perspective de se mouvoir en porte-voix des sujets de préoccupations des pays du Sud – pays en développement et émergents ; quelques recommandations ont été formulées pour aider à mieux organiser la lutte contre le trafic de faux médicaments.

Considérant les risques engendrés par le trafic de faux médicaments – près de 10% du marché mondial du médicament – sur la santé publique, individuelle et collective ;

Considérant le développement de la consommation des amphétamines et autres substances dangereuses par les jeunes avec comme conséquences la recrudescence de la délinquance et de la criminalité ;

Considérant, le manque à gagner pour l’Etat en matière de taxes et de fiscalité et la mise en péril du secteur pharmaceutique, suite au développement du marché parallèle des médicaments.

L’Initiative de Tanger formule les trois recommandations suivantes :

 Mieux sensibiliser les populations sur l’étendue de la propagation des faux médicaments, et améliorer les dispositifs de contrôle.
 Mettre en place un cadre juridique international pour mieux lutter contre les trafiquants, au-delà des frontières, et promouvoir l’harmonisation des normes.
 Soutenir la mise en place de systèmes de protection sociale dans les pays en développement et accroître la production de médicaments génériques.

Papa Adama Touré

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