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R AMINATA SALL DIALLO, COORDONATRICE DE L’INITIATIVE
« La vaccination à la naissance reste le problème à résoudre »

mardi 13 août 2013

Professeur Aminata Sall Diallo, directrice du Programme national de lutte contre les hépatites au Sénégal, est, par ailleurs, coordonnatrice de l’Initiative africaine de lutte contre les hépatites. Dans cet entretien, elle revient sur l’état de l’hé- patite au Sénégal dont le taux de la prévalence est passé de 17 à 11%. Une maladie aux soins peu acces- sibles aux populations séné- galaises et qui tarde à être prise en charge par les décideurs.

Quelle est la situation de l’hépatite au Sénégal ?

La situation de l’hépatite au Sénégal a quelque peu évolué. En 1989, quand on met- tait en place le Programme national de lutte contre les hépatites, la prévalence des hépatites était très importante. 85% de la population générale avaient rencontré au moins une fois le virus. Et 17% des sujets ne pouvaient pas éliminer le virus. Ainsi, ils restaient des porteurs chroniques. La situation qui a été faite en 2013 montre que la prévalence des porteurs chroniques a diminué. Le Sénégal est passé de 17% à 11% et, jusqu’à présent, c’est largement insuffisant. Il faut qu’on aille à des prévalences inférieures à 1%, parce qu’au-delà il s’agit d’un problème de santé publique.

Pouvez-vous revenir sur la maladie : ses causes et ses manifestations ?

Il s’agit d’une maladie du foie, due à un virus que l’on appelle le virus de l’hépatite B. Ce virus n’est pas directement responsable des signes cliniques que l’on observe. C’est la réaction immunitaire de l’individu, qui est responsable des signes. Le signe le plus important est l’ictère. Il s’agit d’une coloration jaune des téguments comme le blanc de l’œil, les ongles, etc. Les urines sont foncées. On peut aussi avoir des symptômes grippaux, des douleurs abdominales ou ce qu’on appelle une asthénie (grande fatigue, ndlr) et la perte d’appétit. Mais, dans 85% des hépatites, on n’observe aucun signe. Actuellement, ce qui est difficile c’est ce fait d’être face à une maladie qui ne présente aucun signe. Le sujet lui- même ne se sait pas malade. Cela fait partie des problèmes majeurs.

Comment se fait la transmission ?

Il y a plusieurs modes de transmission. On a la transmission verticale de la mère à l’enfant. Cela se fait généralement au moment de l’accouchement. Il peut y avoir une contamination avant l’accouchement, une contamination in itero, mais c’est rare. C’est la transmission au moment de l’accouchement, qui représente au Sénégal à peu près 20%. Nous avons également la transmission horizontale de personne à personne, qui s’observe dès le bas âge. Les enfants se contaminent entre eux. L’hépatite se transmet aussi à travers des objets souillés par le sang. Le troisième mode de transmission est d’ordre sexuel. L’hépatite est une maladie sexuellement transmissible. Mais depuis l’éviction de sang des donneurs qui sont porteurs de virus, il y a eu énormément de progrès dans ce domaine.

D’aucuns pensent que l’hépatite se trans- met aussi par la salive. Qu’en est-il ?

Cette question est souvent revenue sur la table. Ce qu’il faut dire pour être clair, c’est que le virus de l’hépatite B a été retrouvé dans tous les liquides biologiques de l’organisme, que ce soit la salive, le sang, les urines, etc. Mais dans la salive, les concentrations de virus qui ont été retrouvées sont tellement faibles que la transmission par la salive est marginale. Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas de transmission par la salive, mais c’est vraiment quelque chose de marginal, quelque chose de très rare.

Comment prévient-on la maladie ?

Il y a plusieurs types d’hépatites. Les deux formes qui nous posent le plus de problèmes sont : l’hépatite B et l’hépatite C. Pour l’Hépatite C la prévalence dans la population est actuellement faible, mais il ne faut pas qu’on dorme sur nos lauriers. Il faut tout faire pour maintenir cette prévalence en deçà de 2%. Mais le plus gros problème c’est l’hépatite B. Et le mode de prévention c’est la vaccination. Nous avons un vaccin qui est efficace, qui a fait la preuve de son innocuité et de son efficacité depuis 1982, qui est très immunogène et qui protège pendant longtemps, pendant toute la vie. Les gens qui ont été vaccinés en 1982 ont encore des anticorps qui sont des anticorps protecteurs.

Quel est le coût du vaccin ?

Par rapport au coût de la prévention, au moment où l’on a démarré le programme, il faut avouer que c’était très cher. Le coût du vaccin était à 10000 FCFA la dose et il fallait trois doses pour être immunisé. Aujourd’hui, on est à 500 FCFA la dose. Donc, on peut dire que le vaccin est aujourd’hui accessible. Non seulement il est accessible en termes de coût, mais également il est gratuit dans le cadre du Programme élargi de vaccination. Les enfants sont vaccinés dans la 6ème semaine du Programme élargi de vaccination. Le seul problème qui reste à résoudre et que l’on déplore, est que nous ne vaccinons pas à la naissance. Si nous ne vaccinons pas à la naissance, il y a des risques que les enfants dont les mères sont infectées soient aussi atteints dès la naissance. Et plus l’infection est précoce, plus le risque de devenir porteur chronique est important. Ce sont ces gens-là qui vont faire des cancers du foie à 35 ans, à 40 ans, parce qu’ils auront évolué avec le virus pendant plusieurs années.

Comment se fait le traitement ? Est-ce accessible aux populations ?

Aujourd’hui, il y a beaucoup de traitements efficaces et qui donnent de très bons résultats, mais ils sont financièrement inaccessibles. Les populations ne peuvent pas se permettre ce genre de traitement et cela a été un des points forts de la Conférence internationale sur les hépatites (20 au 22 juillet à Dakar). A cette rencontre, on s’est beaucoup focalisé sur le traitement. On y a travaillé avec l’industrie pharmaceutique et tous ceux qui détiennent des produits permettant de lutter contre les hépatites. Nous avons également beaucoup discuté sur les programmes d’accès. Il faut que ces produits soient accessibles aux populations africaines, qui sont des populations pauvres.

Y a-t-il une prise en charge des malades ?

Pour le moment, il n’y a pas de prise en charge. Les malades se prennent en charge eux- mêmes. Il y a un an le traitement par l’interféron, par exemple, était à 7 millions FCFA, il est maintenant à 3, 5 millions. Les molécules sont très chères mais également très efficaces. Des produits comme le « Ténofovir » qui était à 80000 FCFA sont aujourd’hui à 2000 FCFA. Donc nous avons réellement fait des efforts pour l’accessibilité financière des produits. L’association s’est beaucoup battue pour cela, nous espérons parvenir au bout de nos peines et souhaitons que l’appel lancé il y a 10 ans soit bien entendu. Maintenant, il faut que le combat continue pour qu’enfin les populations africaines puissent se prendre en charge.

Un mot sur l’Initiative panafricaine de lutte contre les hépatites ?

On n’est pas une association, on est une Initiative panafricaine de lutte contre les hépatites. Nous avons été les initiateurs mais nous avons été rejoints par beaucoup de pays. Tous les pays francophones ont adhéré à cette Initiative. En dehors de cela, nous avons des experts internationaux qui animent des groupes thématiques de travail, qui exposent régulièrement les résultats et permettent de faire des recommandations. On peut dire que nous avons aujourd’hui une trentaine de pays. Nous avons l’Organisation mondiale de la santé qui adhère à cette Initiative et l’Alliance mondiale de lutte contre les hépatites, qui travaille en étroite collaboration avec nous. Nous avons aussi tous les acteurs du Vih qui ont capitalisé une grande expérience, que ce soit dans la mobilisation des ressources ou dans la prise en charge communautaire du malade et qui, aujourd’hui, travaillent avec nous dans la lutte contre ce fléau.

Comment la Journée mondiale de l’hépatite est-elle célébrée au Sénégal ?

Le 28 juillet, Journée mondiale de l’hépatite, est une journée de plaidoyer et de sensibilisation des populations. L’éducation et la communication sont très importantes dans la lutte contre ce fléau. Cette année, nous n’avons pas fêté que la journée mondiale du 28 juillet. Nous avons organisé la semaine de l’hépatite. Nous sortons d’une conférence internationale sur les hépatites, où nous avons réuni 32 pays. Nous avons réuni des experts internationaux pour aller vraiment vers un consensus en ce qui concerne la vaccination, le dépistage, le traitement, etc. Donc, on a abordé tous les aspects concernant les hépatites et nous sommes allés vers un consensus qui s’est soldé par une Déclaration, qui a été remise officiellement à Mme le ministre de la Santé et de l’Action sociale. Toutefois, cela ne concerne pas seulement le Sénégal mais toute l’Afrique. Nous organiserons ensuite des journées de sensibilisation au niveau de l’Ucad. Nous avons un stand au niveau de Claudel et un autre au niveau des pavillons, pour sensibiliser les étudiants. C’est une population très exposée car l’hépatite est d’abord une maladie sexuellement transmissible (Mst) et, en plus, il y a une grande promiscuité à l’Ucad. Aussi, les étudiants en médecine, souvent exposés dans le cadre de la pratique, sont aussi des populations à risques. Nous avons d’énormes rai- sons de sensibiliser les étudiants.

Y a-t-il d’autres activités ?

Le 27 juillet dernier, une caravane a sillonné toute la ville de Dakar et la banlieue, pour sensibiliser les populations. Et enfin le 28 juillet, en partenariat avec la fondation Sonatel, un dépistage des sujets a été organisé pour leur permettre de connaître leur statut, de se protéger et d’être surveillés.

Quel plaidoyer faites-vous aujourd’hui ?

Je vais juste dire que nous devons prendre nos responsabilités. Parce qu’il s’agit d’une priorité de santé. L’Oms a décrété qu’il s’agit de la 4ème priorité mondiale en Afrique. Alors, les décideurs africains doivent prendre leurs responsabilités concernant les hépatites.

Propos recueillis Aminata Dème SATHIE (stagiaire)

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