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PRÉSIDENTIELLE MALIENNE
Formalité de calendrier trop imparfaite

lundi 5 août 2013

Des Maliens ont voté, dimanche dernier, sans aucun trouble majeur. Mais le scrutin programmé pour être imparfait sous forte pression interna- tionale et particulièrement de la France, n’a pas du tout déçu les attentes. Bamako et Paris se frottent les mains, mais les plus lésés sont l’élec- torat de la diaspora qui n’a pu contribuer à la légitimité de celui qui, de Soumaila Cissé ou de IBK, devrait accéder au palais de Koulouba.

L’invité le plus redouté à la prési- dentielle malienne de dimanche dernier, ne s’est pas du tout montré. Le scrutin à son 1er tour, sauf majorité absolue, s’est déroulé sans incident malgré les menaces d’attentats. Le communiqué du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest) n’avait en effet guère l’allure d’un bluff. Il appelait les musulmans à s’éloigner des lieux de concentration, indiquant que le groupe jihadiste du nord du Mali s’apprêtait à "frapper" dans les bureaux de vote. Le site d’information privé ANI (Agence Nouakchott information) qui a relayé le communiqué terroriste, a toujours publié des textes des groupes jihadistes sans jamais être démenti. Cette fois, la réalité ne l’a pas moins contredit et l’enthousiasme débordant des Maliens a eu le dessus sur toutes les supputations. Les défenseurs de l’indépendance de l’Azawad, nom que de nombreux Touareg donnent au Nord, n’ont pour autant pas baissé la garde. "Conformément à l’accord de Ouagadougou, on ne sort pas en ville avec les armes, ni en tenue. Mais com- ment faire le cantonnement sans eau, ni électricité, ni nourriture ? Depuis un mois, nous n’avons rien reçu ; du coup, les combattants sont obligés d’entrer et de sortir pour chercher de la nourriture", reconnaît le commandant Moulay Ag Kassoundi, responsable du cantonnement du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad. Le MNLA, quant à lui, espère bien obtenir un "dialogue inclusif" avec le nouveau régime, soixante jours après l’entrée en fonction du nouveau cabinet tel que prévoit l’accord de Ouagadougou.

ENTHOUSIASME DEBORDANT

Près de 7 millions de Maliens étaient attendus dans les urnes. Ils se sont mobilisés comme si l’occupation terror- iste dans le nord n’avait été qu’un vieux cauchemar. Pourtant, le Mali n’a pu se reprendre provisoirement qu’en janvier, à la faveur d’une intervention armée internationale lancée par la France. De l’avis des observateurs, le taux de participation non officiel au scrutin du 28 juillet dernier pourrait battre tous les records depuis les indépendances. Il n’avait, en tout cas, jamais dépassé les 38% lors des présidentielles précédentes. Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne, Louis Michel, parmi les premiers à l’évaluer, a placé ses estimations "autour de 50%". Même à Kidal, fief de la rébellion, où, en raison de vives tensions entre Noirs et Touareg, le vote était incertain il n’y a pas longtemps, aucun incident n’a été noté. Pas un seul coup de feu. En revanche, la mobilisation des électeurs n’y était pas impressionnante. Les chiffres avancés par les officiels sont restés à 12%.

La France, après avoir exercé toute cette forte pression sur le régime de transition à Bamako pour qu’il organise des élections en juillet, n’a pu cacher sa satisfaction. "Cette élection consacre le retour du Mali à l’ordre constitutionnel, après la victoire obtenue sur les terroristes et la libération du territoire", a déclaré le président François Hollande, ajoutant que "la participation sans précédent (...) témoigne de l’attache- ment des Maliens aux valeurs démocratiques". Son Premier ministre Jean-Marc Ayrault parlera de "grand succès" pour la France ; et son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a estimé que la mobilisation des Maliens avait contredit "les oiseaux de mauvaise augure". Les résultats provisoires et officiels doivent être publiés cette semaine, mais, dès dimanche soir, la presse don- nait une nette avance à Ibrahim Boubacar Keïta, dit IBK, un des favoris sur les 27 candidats en lice. A 68 ans, l’ancien Premier ministre pourrait même, selon les moins patients, créer la sur- prise et l’emporter au premier tour face à son principal adversaire, Soumaïla Cissé, ancien ministre des Finances et ex-dirigeant de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Les états-majors des candidats ne sont pas sans critiques sur les impondérables, mais aucun signe de véritable contentieux électoral n’a été enregistré dans les dis- cours. Toujours est-il que si aucun des candidats n’obtient la majorité absolue, un second tour aura lieu le 11 août entre les deux candidats arrivés en tête.

DIASPORA AUX ABOIS

Les électeurs du Sénégal et de la Côte d’ivoire avaient en commun la difficulté de la reconnaissance du fichier électoral biométrique. D’aucuns ne trouvaient pas leurs noms dans les bureaux de vote initialement indiqués et d’autres étaient non-inscrits sur les listes. Les plus veinards ont pu voter dans la confusion totale. C’est le cas de ceux qui se sont rendus à Grand Yoff alors qu’ils étaient inscrits au plateau. Dans la région parisienne, ces changements ont causé un tort irréparable aux votants qui bravaient déjà, pour la plupart, le jeûne du ramadan et le ralentissement du trans- port du dimanche.

A la mi-journée, des électeurs se sont heurtés à des bureaux de vote fermés. C’est la cause des éclats de voix devant le consulat à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Le démé- nagement des deux bureaux depuis le foyer de travailleurs de Montreuil, l’un des centres névralgiques de la communauté de 200 000 âmes en France, n’est intervenu que dimanche matin. Il a ainsi fallu trouver d’autres assesseurs à Bagnolet, installer urnes et isoloirs, avant de pouvoir faire voter les premiers inscrits. Joint au téléphone, Hamedy Diarra, le Président du Haut conseil des Maliens de France soutient que le gouvernement a savamment organisé cette confusion pour se passer des suffrages de la diaspora, plus indépendante. "C’est parce que nous ne votons pas pour mille ou deux mille FCFA", a-t-il indiqué. Les quelque 500 000 réfugiés maliens, non plus, n’étaient pas la priorité. Au camp de Saagniogniogo non loin de Ouagadougou, où 3500 Touareg attendaient leurs cartes d’électeurs jusqu’à la dernière minute, moins d’une cinquantaine de votants ont côtoyé les urnes. Pourtant, certains parmi eux ont bravé des kilomètres à pied pour avoir ce privilège. Quel qu’il soit, le nouveau président aura la lourde tâche de relever un Mali à peine sorti de 18 mois d’instabilité et, surtout, de réconcilier des communautés plus divisées que jamais.

Godlove KAMWA

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