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ELECTIONS LOCALES
La CENA rappelle à Macky ses promesses

mardi 6 août 2013

A huit mois des élections locales de mars prochain, des membres de la Commission Electorale Nationale Autonome (Cena) rappellent au président Macky Sall sa promesse de doter davantage de moyens, leur institution.

C’est en recevant le rapport annuel 2012 de la CENA, le 19 juin 2012, que le président de la République, Macky Sall, avait déclaré : « J’ai (.....) Conscience que les moyens importants déployés par le Gouvernement, pour mettre la CENA dans de meilleures conditions, demeurent insuffisants au regard de l’ampleur de la mission qui lui est dévolue. Pour autant, les difficultés aux- quelles vous avez dû faire face durant ces derniers mois ne vous ont point empêchés de garantir la transparence du scrutin et la crédibilité des résultats. Je ne peux m’empêcher d’ailleurs de saluer cette abnégation et cet engage- ment des membres de la CENA et de ses démembrements. Je puis vous assurer que les difficultés financières que vous avez rencontrées seront étudiées, avec la plus grande attention, par le Gouvernement ». A huit mois des élections locales, certains membres de l’organe de gestion des élections (OGE) au Sénégal tiennent à rappeler au président Macky Sall sa disposition à résoudre les difficultés que vit leur institution. Il s’agit cependant, compte tenu de la sensibilité de la question, de prendre d’ores et déjà les dispositions idoines pour éviter tout amalgame. D’aucuns diront que ce serait de la corruption si le président de la République prenait des dispositions pour améliorer les conditions de travail de la CENA et revaloriser les émoluments des membres de bureau de l’institution. Ces derniers, sans aller jusqu’à revendiquer les mêmes appointements que les magistrats du Conseil constitutionnel, estiment que leur traitement doit être amélioré. La responsabilité des membres de la CENA, des CEDA (niveau département) et des DECENA (diaspora) est très lourde aussi. Compte tenu des risques inhérents à l’exercice de leur mission de gestion des élections, le renforcement de leurs moyens, l’amélioration des conditions de travail et la réévaluation de leurs rémunérations seraient fort appréciables. L’enlèvement des membres de la CENA à Kidal (Mali) lors de l’élection présidentielle, les violences exercées en Guinée et en Côte d’Ivoire pour ne parler que de l’Afrique de l’Ouest, sont suffisamment illustratifs du vécu des Commissions Nationales Electorales (CEN). Ainsi, au delà de la déclaration du président de la République, faite lors de la réception du rapport 2012, il est nécessaire selon des membres de la CENA, de rappeler que le décret n° 2006-957 fixant les indemnités des membres de la CENA, de ses structures démembrées et des Secrétaires généraux, n’a pas connu d’évolution depuis le 26 septembre 2006.

Au Sénégal, la CENA est une structure permanente, dotée de la personnalité juridique et de l’autonomie financière. Elle contrôle et supervise l’ensemble des opérations électorales et référendaires au Sénégal. La CENA a été créée par la loi 2005-07 de mai 2005. Elle est chargée de veiller, en particulier, à la bonne organisation matérielle des opérations électorales et d’apporter les correctifs nécessaires à tout dysfonctionnement constaté. Elle fait respecter la loi électorale de manière à assurer la régularité, la transparence, la sincérité des scrutins, en garantissant aux électeurs et aux candidats en présence le libre exercice de leurs droits. La structure est dirigée par Doudou Ndir, un magistrat à la retraite, et elle compte 12 membres choisis, selon les textes : « parmi les personnalités indépendantes exclusivement de nationalité sénégalaise, connues pour leur intégrité morale, leur honnêteté intellectuelle, leur neutralité et leur impartialité ».

Les partisans d’une CENA forte au Sénégal indiquent qu’il est toujours risqué de s’aventurer à négliger le rôle éminemment important des Organismes de Gestion des Élections (OGE) comme la CENA, durant les périodes séparant les différents scrutins. En effet, soulignent-ils, en dépit du relâchement de l’attention et de la pression populaires, la CENA a l’obligation de continuer à collaborer avec les structures chargées de l’administration électorale et les acteurs politiques, dans le sens de renforcer durablement les règles et principes de bonne pratique électorale. Et notre interlocuteur de citer Torquato JARDIM, membre du Tribunal électoral du Brésil, dans son ouvrage intitulé : Direito Eleitoral Positivo : « Dans un pays de démocratie où règne un système de libertés civiles qui dicte les activités de l’État, il existe rarement une fonction qui, si elle est accomplie incorrectement ou insuffisamment, peut blesser autant de personnes de façon aussi profonde, que celle d’administrer le processus électoral ». La réussite de l’élection présidentielle et des législatives de 2012 atteste de la nécessité d’une surveillance non partisane du processus électoral et qui correspond à celle pratiquée par la CENA, en collabo- ration avec la Direction générale des Élections et les organisations de la Société Civile. Par ailleurs, la CENA mène tout le long de l’année des activités qui constituent le cycle électoral. Ainsi, la CENA est soumise aux exigences du Cycle électoral et non à celle d’une journée d’élection ponctuel- le. Ses fonctions ne sont ni parcellaires, ni intermittentes, elles s’inscrivent dans la continuité du cycle électoral, souligne un de nos interlocuteurs.

Parmi ses missions, la CENA assure le suivi et l’analyse de l’actualité politique dans le cadre de ses réunions statutaires. Elle est également tenue d’élaborer des rap- ports périodiques qu’elle transmet au Chef de l’État, avant de les porter à la connaissance du public. La CENA colla- bore avec les autres CENA et CENI, dans le cadre de l’Union Africaine et de la CEDEAO. La CENA participe aussi régulièrement à la supervision des élections dans les pays de l’Union africaine (UA) et de la CEDEAO. La sensibilisation des Sénégalais de l’extérieur pour les inciter à participer massivement aux scrutins organisés à l’étranger est une autre mission de la CENA. La CENA participe de même à la campagne de sensibilisation des populations dans les 45 départements du Sénégal, pendant les périodes préélectorales, électorales et postélectorales. De multiples raisons qui fondent la déclaration du président de la République, qui disait, lors de la réception du rapport 2012 de la CENA : « je veillerai à ce que le Gouvernement dote la CENA, en tant qu’organe central dans le processus électoral, des moyens adéquats, en temps utile, pour qu’elle soit moins confrontée à des contraintes de tout genre ». Cette déclaration du Chef de l’État dans le sens du renforcement des moyens de la CENA, vient d’être réaffirmée par la CEDEAO, dans le cadre du Réseau des Commissions électorales de la CEDEAO (RESAO) qui a recommandé aux Etats de faire de leurs OGE des structures pérennes. C’est ainsi qu’en juin dernier, le Bénin a appliqué cette proposition.

Doudou Ndir, le président de la CENA, au banc des accusés

Les membres des CEDA ne sont pas contents de leur président, Doudou Ndir. Le magistrat à la retraite qui a remplacé Moustapha Touré, démis par l’ex président Abdoulaye Wade, est encore attendu dans certaines régions. Mieux, Doudou Ndir veut éviter toutes frictions avec l’Autorité. Ce qui fera dire qu’il veut éviter le sort de son prédécesseur. Des membres des CEDA n’hésiteront pas, pour leur part, à dire que le sort des structures régionales et départementales le préoccupe peu. Les difficultés des CEDA sont pourtant connues et cela crée des dysfonctionnements. Démotivation des membres et du personnel, qui n’en finit pas de relever les questions logistiques, les retards de salaire, la non prise en charge au plan médical. On se plaît à citer le cas où la secrétaire de la CEDA est décédée depuis trois ans. La dame qui avait été hospitalisée à l’hôpital de Grand Yoff, a été prise en charge par sa famille. La CENA s’était engagée à rembourser les frais d’hospitalisation, mais jusqu’au moment où nous publions cet article, rien n’a été fait. Le flou dans les textes de la CENA qui régissent les travailleurs dans les CENA, demeure une préoccupation. De même, le personnel subalterne s’interroge sur son statut.

Pape Amadou FALL

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1 Message

  • Monsieur Fall, vous méconnaissez le Président Doudou Ndir. La méthode que vous semblez prôner n’est ni son style ni sa vision de la mission qui lui a été dévolue. Il a toujours fait prévaloir par le passé comme maintenant la stricte application des lois et règlements concernant la matière électorale.

    L’homme que je connais ne s’associe sûrement pas au contenu de votre message. Il privilégie l’accomplissement de son devoir plutôt que la promotion d’intérêts financiers corporatifs. Soyez assuré que si tel n’était pas le cas, il est parmi les mieux placés pour faire prévaloir de tels droits. Le paradoxe rehausse donc l’homme car c’est le fait de ne pas faire prévaloir ces dits droits qui surprend.

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