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Menaces sur les Mamelles
Le phare agressé

mardi 30 juillet 2013

L’appétit des promoteurs immobiliers sur le site des Mamelles peut avoir des conséquences dangereuses. Le phare des Mamelles subit des agressions. Des attaques, auxquelles l’Association Sos Littoral que dirige le cinéaste Mansour Sora Wade veut mettre fin en protégeant le site.

Le phare des Mamelles est menacé. Le monument historique construit en 1864, qui surplombe la ville de Dakar, est agressé sur son flanc sud par des personnes véreuses qui ambitionnent d’y construire des réceptifs. Au bas du phare, sur sa façade sud, on constate qu’un travail de terrassement a été réalisé. Aucun panneau ne permet d’identifier l’auteur de cet acte. C’est un bulldozer qui est passé par là. Les travaux ont été stoppés net par l’association Sos Littoral que dirige le cinéaste Mansour Sora Wade. Ce dernier raconte : « Ceux qui agressent le phare sont des inconscients. Ils vont rendre le site instable, avec tous les risques que cela comporte : c’est l’effondrement de la route menant au phare et demain, qui sait, ce sera la chute du monument ». Un scénario-catastrophe envisageable, tant la zone des Mamelles est convoitée par les promoteurs immobiliers. Christophe Paulo est Français, il vit depuis près d’une vingtaine d’années au Sénégal. Il est membre de l’Association Sénégalaise d’Escalade et de Sports Nature, il milite également à Sos Littoral, que dirige Mansour Sora Wade. Les documents de plaidoyer qu’il a produits ont été envoyés au Ministre de la Culture, au Ministre de l’Environnement, au Ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, au Maire de Dakar et au Djaraf de Ouakam. L’un des dossiers questionne sur la construction de l’hôtel Kharafi, ce réceptif dont les travaux ont démarré en 2006 et qui devait être ouvert lors du sommet de l’OCI. La relance des travaux a eu lieu en juin dernier. L’hôtel Kharafi pose un problème d’occupation et de privatisation du littoral. L’autre enquête porte sur le lotissement irrégulier des Mamelles. A ce propos, le rapport dénonce les « travaux de terrassement exécutés subrepticement à flanc de colline du phare des Mamelles ».

Sora Wade, Zorro des Mamelles

Durant la première quinzaine du mois d’avril dernier, des travaux de terrassement sont entrepris à flanc de colline entre l’ancien champ de tir et le phare des Mamelles. Rien ne précise l’identité du maître d’ouvrage ou de l’entreprise, ni les références de l’autorisation de lotir ou de construire, selon le document. Sos Littoral poursuit ses investigations sous la conduite de Mansour Sora Wade, son président, et de Christophe Paulo qui porte une double casquette, celle de membre de Sos Littoral et de l’Association d’Escalade et de Sports Nature. Dans le document qui est produit pour servir de plaidoyer, il est indiqué que les gardiens du phare des Mamelles et les populations riveraines, interrogées, révèlent que les travaux sont exécutés « en se cachant » en soirée ou le week-end. Le 18 avril, la présence d’un bulldozer en activité sur le site est constatée. Interpellé par le Président de l’Association des Volontaires de l’Environnement, le conducteur le met en relation téléphonique avec son donneur d’ordre, qui s’identifie comme un certain « Gassama » et propose une rencontre sur le site, le lendemain à 17h. L’entrepreneur ne se présente pas sur le site le lendemain. L’ensemble des équipements précédemment stockés sur le lieu (1 bulldozer, 1 groupe électrogène) ont disparu.

Aucune activité n’y sera plus notée durant plusieurs semaines, suite à la disparition de l’entrepreneur et de ses équipements. La reprise des travaux a eu lieu nuitamment, selon Mansour Sora Wade, qui indique qu’il a mobilisé les populations de Ouakam, sa ville, pour que tous les travaux cessent sur le site. La vigilance devra être de mise pour déjouer l’appétit des promoteurs. Le cinéaste qui se bat pour une certaine justice sociale, révèle qu’il a lancé Sos Littoral en constatant, en 2006, que des travaux pour l’érection d’un hôtel (Kharafi) avaient commencé non loin de la mosquée de la Divinité. Il a voulu en savoir davantage sur cet hôtel. Mansour Sora Wade et ses amis de Sos Littoral soulignent que la réalisation d’un lotissement et, ultérieurement, de constructions à usage d’habitation ou d’activités à flanc de colline du phare, va probablement agir sur l’écosystème d’une zone constituant un des rares poumons verts de Dakar et une précieuse réserve de biodiversité. La présence de nombreuses espèces d’oiseaux et reptiles, dont certaines protégées, constitue un patrimoine à préserver. Parmi les conséquences prévisibles, si rien n’est fait, figurera aussi la destruction de l’harmonie architecturale et urbanistique de cette zone à fort potentiel touristique. Qui abrite la statue de la Renaissance africaine, le futur hôtel Kharafi (en chantier), le phare des Mamelles, les falaises d’escalade (zone d’activités sportives et de loisirs). Sos Littoral dénonce également la privatisation d’un espace aujourd’hui accessible au public. D’ores et déjà on constate la restriction des activités et loisirs pratiquées sur le site (escalade, ornithologie, randonnée,…). Le fait est incontestable. Des hommes en tenue et un mirador sont visibles, tout comme les barrières qui empêchent l’accès à certains sites.

Du phare des Mamelles en passant par la Mosquée de la Divinité, un site unique au Sénégal parce que protégé par « le marabout couché » -une série de rochers enfouis à quelques encablures de la plage- de la zone côtière jusqu’à la plage de Mermoz, des habitats et des réceptifs défigurent le paysage. Certaines constructions sont homologuées par les services du cadastre avec des permis de construire ou alors des titres fonciers, tandis que d’autres sont dans l’illégalité totale. Leurs propriétaires ont choisi de squatter pour mettre l’autorité devant le fait accompli. Sos Littoral dénonce tout cela. Même si certains projets de construction disposent du sésame nécessaire, ils agressent l’environnement. « On privatise la plage et les citoyens sont lésés. C’est le code de l’Environnement qui est bafoué », relève Mansour Sora Wade. C’est le cas de l’Ambassade du Koweit qui sera érigé prochainement sur la plage de Mermoz.

Lettre ouverte à l’ambassadeur du Koweit

Nous sommes sur la corniche ouest. Un terrain nu de forme parallélépipédique, entouré de bandes vertes, attire l’attention. Il borde la route et se termine à flanc de falaise. Le drapeau de l’émirat du Koweit flotte au vent. Le terrain est gardé par un homme en uniforme. En faisant le tour du site, un spectacle insolite surprend, car, tout en bas de la falaise, une activité fort curieuse se déroule : trois hommes s’activent autour d’une meule de charbon de bois. Le sujet interpelle Sos Littoral. Mais pour l’architecte Atépa, président d’honneur de l’association, c’est l’érection prochaine d’un bâtiment sur le site qui inquiète. « Il n’est pas question de laisser se construire quoi que ce soit ici, prévient le célèbre architecte. Nous allons envoyer une lettre ouverte à l’ambassadeur pour qu’il comprenne que son pays ne saurait participer à la dégradation du littoral ». Dans son combat, Sos Littoral a pu dissuader des personnalités de construire sur le domaine public maritime. Feu Elhadj Bara Falilou Mbacké, khalife général des mourides et le président Macky Sall, alors Premier ministre, ont donné l’exemple. D’autres par contre, tels que l’ancien maire de Dakar, Pape Diop, et l’ex ministre des Finances, Abdoulaye Diop, ont les pieds dans l’eau. Sos Littoral qui a bénéficié du concours de Pierre Goudiaby Atépa, dispose d’un plan d’aménagement du littoral, dénommé Espace 888. « La nature a horreur du vide, souligne Mansour Sora Wade et si nous amenons l’Etat à réaliser le plan que nous avons fait réaliser par Atépa, nous aurons moins de soucis ».

Christophe Paulo se plaint, lui, des privations vécues avec l’accaparement des sites tels que l’Ambassade du Koweit et l’hôtel Kharafi. « L’accès à un large secteur des falaises d’escalade des Mamelles est devenu impossible, depuis l’installation fin juin 2013 de nouvelles clôtures sur le domaine public maritime, empêchant l’accès aux sentiers desservant les falaises et la fourniture de consignes en ce sens aux personnels de gardiennage ». Les membres de l’Association Sénégalaise d’Escalade et de Sports Nature veulent continuer à exercer leurs activités, indique Christophe Paulo, qui propose : « l’accès à la grève pourrait être fourni par la société Kharafi & Sons Sénégal, par l’aménagement d’un chemin pédestre ou parcours sportif, entre sa parcelle et la poudrière, ou par une autorisation de libre traversée de son chantier. De telles dispositions seraient acceptables pour les parties lésées ». Une proposition à laquelle la société Kharafi & Sons n’a pas encore répondu. L’affaire atterrira-t-elle devant le tribunal ? L’Association d’Escalade et de Sports Nature ne l’écarte pas.

Pape Amadou FALL

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