Accueil du site > Actualités > Economie > Une nouvelle industrialisation est possible, selon la Cnuced

RAPPORT 2011 SUR LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE EN AFRIQUE
Une nouvelle industrialisation est possible, selon la Cnuced

samedi 23 juillet 2011

La part de l’Afrique dans la production manufacturière mondiale peut être améliorée par une nouvelle politique industrielle tenant compte des spécificités de chaque pays, interconnectée aux secteurs comme l’agriculture et fondée sur le respect des critères de convergence.

L’Afrique ne représente qu’1% de la production manufacturière mondiale et ne peut espérer réduire la pauvreté si les gouvernements ne prennent pas des mesures efficaces pour définir et mettre en œuvre de nouvelles politiques industrielles. C’est sur ce double constat que s’ouvre le rapport conjoint 2011 de la Conférence des nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) et de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi) publié jeudi dernier. Intitulé Promouvoir le développement industriel de l’Afrique dans le nouvel environnement mondial, le rapport 2011 sur le développement économique en Afrique, décrit une Afrique perdant du terrain même dans les activités manufacturières à forte intensité de main-d’œuvre comme les industries extractives dans les quelles elle se distinguait et qui se révèlent de première importance en terme de création d’emplois.

A preuve, faisant un zoom sur la Valeur ajoutée manufacturière (Vam), l’économiste Norbert Lebale souligne la faible part de ces activités manufacturières. Leur part dans la Vam est passée de 23% en 2000 à 20% en 2008. Bonne nouvelle toutefois : la production manufacturière à forte intensité technologique comme le secteur de la chimie sort la tête de l’eau. Sa part dans la Vam est passée entre 2000 et 2008 de 25% à 29%, indique Norbert Lebale, économiste à la division de l’Afrique des pays les moins avancés de la Cnuced qui a présenté ledit rapport. Un document qui s’attarde sur le niveau d’industrialisation « non uniforme des pays africains » et leur croissance industrielle entre 1990 et 2010. C’est pour dégager une classification en cinq catégories. En tête d’affiche trônent des pays comme l’Egypte, la Namibie, les Seychelles. Ces pays dits en avance constituent des exceptions qui ont toutefois réalisé de faibles progrès sur le vingt dernières années en comparaison aux pays de l’Asie. Suivent les pays en progrès comme l’Afrique du Sud, l’Ile Maurice, le Maroc. Dotés d’un bon niveau d’industrialisation, ces pays présentent une croissance faible durant cette même période à cause d’un outil de production qui s’affaiblit. Les pays avec une production par individu n’excédant pas 100 dollars et vulnérables au moindre choc, sont dits en rattrapage. Avec la Côte d’Ivoire, le Kenya et le Cameroun, le Sénégal fait partie du lot des pays en retard, des pays de bonne croissance industrielle sur les dernières années. Pour la plupart considérés dans les années 80 comme des pays avancés, ils ont connu un ralentissement de leur production industrielle.

Viennent en queue de cortège les pays en phase industrielle quasiment sans base industrielle. Il s’agit de Pays les moins avancés (Pma) comme le Burundi, le Sierra Léone, la Guinée Conakry, le Niger dont l’industrialisation est basée sur les ressources minières. Faisant le diagnostic du faible niveau d’industrialisation en Afrique, Norbert Lebale impute cette dégringolade industrielle aux différentes phases industrielles par lesquelles le continent est passé. Tout d’abord, au lendemain des indépendances l’industrialisation était mal engagée car étant une substitution à l’importation. La fin des années 80 verra, selon Lebale, un nouveau visage de l’industrialisation avec une économie de marché et de réformes : l’industrialisation commence à disparaitre. A la fin des années 90 l’accent sera mis sur les programmes sociaux avec les documents de réduction stratégique de la pauvreté. Résultat : de 1990 à 2010 le taux d’industrialisation est à 1,1%. « L’Afrique perd du terrain par rapport à des pays comme l’Amérique latine qui ont un taux de 25%, s’inquiète l’expert de la Cnuced. Une perte de compétitivité qui s’étend même aux activités à forte intensité de main d’œuvre. D’où la baisse de la productivité et des exportations ». Lebale de faire remarquer : « L’industrie dépend des ressources minières qui ne connaissent qu’une transformation primaire. Qui plus est les entreprises sont de type informel sans interconnexion ».

Optimisme

Toutefois, malgré ce tableau sombre, l’expert estime que le secteur présente des signes encourageants. Et c’est une vraie révolution que suggère le rapport pour inverser la tendance. Le rapport s’achève ainsi sur plusieurs recommandations. Et là on touche au dernier point du rapport. « Toute nouvelle politique industrielle doit être adossée sur la spécificité des pays faites en tenant compte de leur niveau d’industrialisation », estime Lebale qui préconise une industrialisation fondée sur la théorie des avantages comparatifs. Ainsi si pour les pays dits en avance, il est suggéré des politiques d’approfondissement, aux pays en progrès il est recommandé une diversification de l’industrie et l’exploitation du potentiel industriel dans les secteurs compétitifs pour les pays en rattrapage.

Quid du rôle de l’Etat dans cette mutation industrielle ? La conviction des experts de la Cnuced est faite : l’implication d’un Etat « en concertation permanente avec le secteur privé » est nécessaire pour la définition et la mise en œuvre de politiques industrielles. « L’aide de l’Etat aux entreprises privées est nécessaire pour orienter leurs investissements et leurs activités vers des secteurs jugés primordiaux pour la croissance économique à long terme et la création d’emplois », préconise le rapport. Par ailleurs, souligne-t-on, cette industrialisation, pour être efficace, doit cependant être combinée à la stabilité politique, à une stabilisation des indicateurs macroéconomiques des pays dont les politiques monétaire, fiscale et budgétaire doivent être adaptées à l’objectif du développement industriel. Et être interconnectée à d’autres secteurs comme les services et l’agriculture. Ce dernier secteur continuant d’être selon l’expert de la Cnuced « une source importante de recettes, d’emplois et de devises à court terme ». Il ressort également des recommandations la nécessité de faire face à la concurrence, par la baisse des coûts de production jugés très élevés comme celui de l’Energie, du transport, de la main d’œuvre. Enfin, pour gagner le pari de l’industrialisation, les pays africains doivent élaborer de nouvelles politiques industrielles qui tiennent compte du contexte des nouvelles règles de l’Omc ainsi que des recommandations de Copenhague pour une industrie propre.

Mamby DIOUF


  Dans la même Rubrique :
Une nouvelle industrialisation est possible, selon la Cnuced
L’Etat du Sénégal accorde une concession intégrale de 30 ans à la SDE
Les Sénégalais indésirables en Mauritanie
Cent ans et des ambitions
L’équipe sortante crie haro sur le député Ameth Fall

Réagir à cet article

modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

(Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

Lien hypertexte (optionnel)

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d'informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Qui êtes-vous ? (optionnel)