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CONTREPOINT
Néron, le contre-exemple

samedi 23 juillet 2011

Le mouvement Y en Marre donne le ton en ces temps d’appel au dialogue politique. Aux émissaires de l’Etat qui leur font comprendre vouloir les rencontrer pour faire connaissance, ils répondent invariablement qu’il suffit de se référer aux articles que les médias leur ont consacrés. A ceux qui leur disent qu’ils veulent discuter de leurs revendications, ils renvoient aux mesures idoines à prendre pour rendre possible l’inscription massive des jeunes sur les listes électorales.

Instruits par une histoire politique faite de tentatives de neutralisation, d’inféodation et de contrôle, les partis politiques tout comme la société civile, ont l’obligation d’être sur leurs gardes. Une vigilance permanente qui leur permettra de prévenir les tentatives de corruption qui seront développées en leur endroit. En faisant miroiter aux jeunes des emplois, des bourses d’études ou un confort matériel, à l’image de la cooptation de certains opposants, comme le laissent entendre l’appel à la formation d’un gouvernement d’union nationale, à sept mois de l’élection présidentielle. Ce qui est une pure aberration.

L’urgence est au contraire à la mise en place de mécanismes qui garantissent la fiabilité des élections en rendant incongrue toute contestation de ses résultats puisque, auront été verrouillées, en amont et en aval, avec le concours des acteurs, les possibilités de fraudes. C’est connu, lorsque le pouvoir est obnubilé par sa propre reproduction, il avance masqué, empruntant les habits de démocrate, se donnant pour tâche essentielle de ne laisser aucune force civile ou politique, en dehors de son sillage. C’est en ce sens que les résistances développées par certaines franges de la Société civile et de BennoSiggil Senegal sont intéressantes. En particulier, celles provenant du mouvement Yen a marre. Tout en traduisant un désintéressement par rapport à un éventuel partage du gâteau, elles inversent la donne, en reposant sur leurs pieds des priorités qui marchaient sur la tête.

Les élus sont invités à faire de la politique autrement, en ne s’engageant pas dans une course effrénée à la captation de richesses provenant des impôts des contribuables. Largement partagé, ce sentiment d’exaspération correspond aux exigences de l’heure.

Il n’aurait pas pu prospérer ces dernières années pour la simple raison qu’après 40 années de mandature socialiste ponctuées par diverses contestations, notamment celle d’une gauche élitiste et radicale, il y a eu l’avènement du fédérateur du Sopi pour aller à l’assaut de l’ordre ancien.

Onze années après la victoire amorcée en mars 2000, l’euphorie du début a cédé la place à la déception. Bonnet blanc, blanc bonnet, est-on tenté de dire, au regard du gouvernement actuel où siègent en plus grand nombre les personnes qui l’ont combattu. Aussi, porté par le courage insolite d’un engagement libre, Y en a marre est-il l’actualité d’une impatience, d’un ras le bol, qui en ont assez de voir le désir de changement se mordre la queue. Elle exprime la volonté de voir émerger une nouvelle culture de gestion qui signe le passage d’une économie de la jouissance (voir tous les scandales notamment fonciers qui ont jalonné le parcours de l’alternance) à une autre qui inaugure le deuil des pratiques de prédation. Par l’opiniâtreté de sa révolte, elle réaffirme l’exigence éthique, au cœur de notre époque.

L’heure n’est donc plus aux entourloupes ni aux grandes manœuvres. Il ne s’agit pas non plus de développer un semblant de connivence encore moins une complicité pouvant basculer sur des rumeurs de toutes sortes. Il convient de s’en tenir aux revendications popularisées au lendemain du mouvement du 23 juin. Le président doit, conformément à la constitution, renoncer à briguer un troisième mandat, comme lui-même l’avait annoncé. Les inscriptions des jeunes sur les listes électorales doivent être diligentées de même que toutes les mesures permettant l’organisation d’élections régulières et transparentes. Tout cela appelle à une vigilance par rapport au fractionnement des ambitions. Pour qui sait lire la leçon de juin 2011, il revient de relever que cette foule anonyme qui s’était massée devant les grilles de l’Assemblée nationale a signé l’acte de décès d’une certaine manière de faire de la politique. Pour soi. Pour le clan. Pour la famille.

Il ne s’agit plus de prendre le pouvoir comme un mode d’acquisition de richesses pour s’enrichir et mettre sous tutelle toute dissidence. Bien au contraire, il est un sacerdoce. En ce sens, il lui revient de répondre aux attentes des populations en matière d’emploi, d’éducation, de santé, de logement. En somme, de mettre la bonne gouvernance au cœur de sa pratique. C’est cela l’enjeu. Il suppose que ne soit plus instrumentalisée la pauvreté dans laquelle pataugent des pans importants d’une population transformée en une réserve électorale, taillable et corvéable à merci. Il est en effet bien difficile d’exercer sa liberté, voire de penser, lorsque le besoin primordial qui consiste à boire et à manger tenaille l’existence. L’insatisfaction des besoins essentiels réduit la vie à une situation de dépendance qui peut faire de vous un obligé. C’est à cela que renvoie toute cette vague de personnes entassées dans des Ndiaga Ndiaye et déversées dans des lieux de meetings et à qui on ne demande que d’applaudir, de crier à tue tête le nom de leurs bailleurs et de voter pour eux.

C’est dire pourquoi la lutte contre la pauvreté est importante et pourquoi, a contrario, le développement de l’assistanat est préjudiciable au développement. En lieu et place, que de scandales dénoncés et déclinés en milliards de francs Cfa, de gens de peu, enrichis par le pouvoir.

Après un demi siècle de lutte heurtée pour l’émancipation, il serait judicieux de ne pas perdre à l’esprit une vérité essentielle qui se résume au fait que la condition de l’être humain est condition de finitude, entravée dans ses projets et, en fin de compte, vouée à la mort.

En ces heures cruciales pour le devenir démocratique du Sénégal, le chef de l’Etat doit savoir raison garder, comprendre que les temps ont changé. Ayant montré une capacité redoutable à conquérir le pouvoir, il lui revient, en dépit de tout ce qui lui aura été reproché, d’être capable d’un sursaut de lucidité salvatrice. Ce qui suppose, non pas un entêtement mortifère ou une aveuglante ivresse de soi, mais une profonde humilité qui permet d’éviter l’installation dans les petites histoires politiciennes et d’ouvrir la grande porte de l’Histoire. Pourquoi lui, si porté, il n’y a guère à faire face au peuple, refuse t-il aujourd’hui de le regarder droit dans les yeux et de lui dire : « je vous ai compris et pour ne pas insulter l’avenir, je tourne la page ». Question de permettre au Sénégal qui lui a tout donné de continuer son chemin, dans la paix civile et l’ambition de changer le quotidien d’une Nation. Sursaut de grandeur au moment où tout part en lambeaux. Il faut en être capable pour mériter de figurer dignement dans l’Histoire en adoptant une posture autre que celle de Néron, cet empereur au visage radieux à la vue de Rome en flammes. Sans la paix aucun développement n’est possible. Et c’est cela qui importe aujourd’hui pour sauver ce pays, mériter de ce peuple. Plus que toute volonté de s’agripper au pouvoir ou d’en faire le produit d’une dévolution monarchique. Ce n’est pas un bijou de famille qui se passe de père en fils.

Vieux SAVANE


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1 Message

  • Néron, le contre-exemple

    24 juillet 2011 20:59, par mancuxx
    "faire un don". pour quoi faire et surtout pour qui ? aucun renvoi, aucune explication. c’est trop juste, n’est ce pas ? ou alors, peut-être que j’ai dû rater quelque chose. bonne continuation.

    Répondre à ce message


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