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KARIM WADE/ROBERT BOURGI
Petits pas d’un « Bourgigate »

samedi 23 juillet 2011

A ce rythme des déballages, tout peut arriver. Même la déchéance, un des fruits amers du mensonge en politique. Les révélations nées du « coup de fil » de Karim Wade à son ami Me Robert Bourgi ont fait sauter le couvercle d’une marmite pleine de secrets aux allures de scandale. La République tangue. Surtout que la France commence à s’en mêler.

Ça n’augure rien de bon… pour le régime Wade. La polémique entre le ministre d’Etat, ministre de l’Energie Karim Wade et le conseiller officieux de l’Elysée Me Robert Bourgi enfle de toutes parts. Partie de l’information publiée par L’Express.fr, la querelle ébranle sérieusement la République. Parce qu’elle atteint là où ça pardonne rarement en politique : le déballage. Depuis les événements du 23 juin et les émeutes de l’électricité du 27 juin, des secrets d’Etat tombent, relayés par les revues de presse qui savent bien les relever de leur ton railleur. Au marché Ndiarème, au « Market » de Thiaroye comme au « Marché portables » de Grand Yoff, le wolof de maure de Me Robert Bourgi a fait sourire. Et arrache des « Alahou Akbar ! » Pour dire que jamais, sans doute, l’Etat si lointain, froid et mystérieux n’a été aussi banalisé à coups de révélations les unes plus volcaniques que les autres. Le pacte de sincérité que Karim a cherché à établir au travers de sa missive publiée le lundi 4 juillet a été littéralement démoli. La lettre, intime et porteuse d’une responsabilité assumée ne résiste pas aux fracas des propos de Me Bourgi.

L’avocat français, détenteur sans doute de multiples secrets explosifs des Wade, détruit la colonne vertébrale de la missive. « Je voudrais succéder à mon père. » Voilà ce que, selon le quotidien Kotch (Numéro 474), qui rapporte les propos de Me Bourgi, Karim Wade a dit à Nicolas Sarkozy. C’était lors d’une audience avec le patron de l’Elysée. Cette « bombe » anéantit toute la construction du fils du Président Wade. Lui qui, le lundi dernier, s’est adressé aux Sénégalais pour tourner en dérision l’intention qu’on lui prête de vouloir succéder à son père. « Cette idée (…) est savamment entretenue par une partie des acteurs politiques aidée en cela par certains journalistes, - véritables machines de guerre contre ma petite personne. Cette confusion doit finir ! Cette intoxication doit s’arrêter ! Cette injustice doit cesser », martèle-t-il. Sa « sincérité » s’est écroulée. Et se fait vulnérable. Alors que dans cette même lettre, Karim Wade lance, dépité : « Je le répète et le répéterai aussi longtemps que cela est nécessaire : c’est une insulte faite aux Sénégalais que de parler d’un projet de dévolution monarchique. Un tel projet n’a été, n’est et ne sera jamais dans les intentions du Président de la République ni dans les miennes ». Et d’enchaîner : « Systématiquement, je suis l’objet de graves accusations, de profondes détestations, d’attaques hallucinantes de la part de ceux qui nous connaissent à peine ou pas du tout ».
Autre « bombe » lâchée par Me Bourgi, cette confidence faite à Sarkozy la veille des Locales 2009 : « devenir maire de Dakar ».

La République tangue

Pourtant, le fils du Président se désole dans sa lettre d’un autre défaut de certains de ses compatriotes. « On me prête beaucoup trop ! », écrit-il. A tort ! Lors de ces mêmes élections, sa présence sur les listes du Sopi avait alerté plus d’un. D’aucuns le soupçonnaient alors de vouloir devenir maire de Dakar. L’ambiance au sein même de la coalition libérale en était fortement affectée. Le camp politique de Pape Diop, alors président du Conseil municipal de Dakar, ne cessait de bougonner. Au point que la défaite du camp présidentiel a été expliquée comme un vote-sanction.

Autre révélation, Me Robert Bourgi affirme avoir été appelé tard le soir du 27 juin par Karim Wade et son père. Objectif ? Obtenir l’intervention des forces françaises pour contenir les émeutes de l’électricité.« Lorsque l’Express a sorti son article, Karim Wade m’a appelé, pour me dire qu’il allait démentir. Je lui ai conseillé de ne pas le faire. Après son démenti et celui de l’ambassade du Sénégal à Paris, il m’a demandé d’en faire autant. Là, je me suis dit qu’il disjonctait. Vous me voyez démentir une vérité ? », affirme-t-il dans la même livraison du quotidien Kotch. Le navire semble englouti par les eaux.

D’autant que la diplomatie française, plutôt précautionneuse dans la Françafrique, s’est montrée quasiment téméraire. « Nous avons dit, sans nous ingérer dans les affaires intérieures du Sénégal, que cette réforme électorale n’avait pas été précédée d’une concertation suffisante et que donc, ce n’était pas une très bonne idée. Et donc le Président Wade, je ne sais pas si c’est nous qui l’avons convaincu ou les manifestations de rue, a retiré cette réforme », lance le ministre des Affaires étrangères de la France, Alain Juppé. Le meilleur, comme dit la « pub »,est à venir. Car Juppé enfonce le clou. « Rester au pouvoir par tous les moyens y compris en bricolant la loi électorale, se faire élire avec 25% des voix, ne pas engager un certain nombre de réformes fondamentales… », renchérit Juppé, le 5 juillet dernier, face aux députés de l’Assemblée nationale française.

La République tangue aussi avec cette affaire des 13 milliards de FCFA, rançon, semble-t-il de la visite de Wade à Benghazi. Cette « frappe » est partie de Tripoli. Dans un entretien accordé au quotidien français Le Monde, le fils du guide libyen, Saïf-Al-Islam a laissé entendre que Wade a agi sous l’emprise de l’argent. « La France a ses valets en Afrique. Ils ne vénèrent pas Dieu, ils vénèrent l’Elysée. Certains ont leurs raisons. Abdoulaye Wade a reçu 20 millions d’euros (13 milliards FCfa) pour son fils. C’est le Qatar qui a payé. Nos espions nous disent tout », lâche Saïf-Al-Islam. Alors que face aux caméras, Wade a martelé n’avoir rien reçu de Kadhafi. Tout au contraire, nombre de ses (Kadhafi) promesses à l’endroit du Sénégal, selon Wade n’ont pas été tenues. Est-on vers la fin de l’Alternance ? Ailleurs, les « bombes » de Bourgi tout comme celles de Saïf-Al-Islam auraient provoqué la déchéance. Pour dire que les germes d’un… « bourgigate » sont bien là.

C’est quoi d’ailleurs le Watergate ?

Le scandale du Watergate commence lorsque, dans la nuit du 17 juin 1972, cinq « cambrioleurs » (dont deux Cubains), repérés par un agent de sécurité, sont arrêtés par la police dans l’immeuble du Watergate, au siège du Parti démocrate américain.

Transportant du matériel d’écoute, ces hommes ressemblent plus à des agents secrets qu’à des cambrioleurs. Sur des carnets d’adresses retrouvés en leur possession, on trouve les coordonnées d’un certain Howard Hunt. L’un d’entre eux, James McCord, attire particulièrement l’attention : c’est un colonel réserviste de l’armée de l’Air, un ancien du Fbi et de la Cia, et surtout un membre du Comité pour la réélection du Président. Le Fbi, dont le directeur Gray vient d’être nommé par Nixon, ne poursuit pas l’enquête malgré ces éléments troublants.

Pendant les six mois qui suivent, l’affaire est oubliée, et lors de l’élection présidentielle de novembre 1972, Richard Nixon remporte contre le démocrate George McGoven la deuxième plus écrasante victoire électorale de toute l’histoire des États-Unis. Deux journalistes d’investigation du Washington Post, Carl Bernstein et Bob Woodward, enquêtent pour démêler un écheveau compliqué dont tous les fils conduiront à la Maison Blanche, à travers le Comité pour la réélection du président (CRP ; se prononce “creep”) de Richard Nixon. Des informations essentielles leur sont alors communiquées par un informateur secret surnommé Gorge Profonde (Deep Throat), dont la vraie identité, Mark Felt, le n°2 du Fbi, sera connue 30 ans plus tard. Woodward et Bernstein (surnommés Woodstein) parviennent à éclairer l’affaire, avant qu’elle soit traitée par la justice américaine, puis par une commission d’enquête sénatoriale indépendante. Nixon n’a jamais cessé de plaider son innocence, défendue jusqu’au bout par son porte-parole et conseiller en communication Ron Ziegler (un Serigne Mbacké Ndiaye version locale ?). Le 17 novembre 1973, le président avait prononcé un discours célèbre, déclarant : I am not a crook (Je ne suis pas un escroc). Après s’être farouchement défendu, il préfère néanmoins donner sa démission. (Sources Wikipédia)

Hamidou SAGNA


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