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MESSAGE DE WADE, LE 14 JUILLET, SUR LES EVENEMENTS DES 23 ET 27 JUIN
Un discours au « peuple » libéral

samedi 23 juillet 2011

Abdoulaye Wade s’adressera-t-il au peuple sénégalais ou au « peuple » libéral ? En choisissant de rompre le silence devant « ses » élus et dans un hôtel, il remet en cause la sincérité de sa déclaration du 14 juillet. Jour anniversaire de l’indépendance de la République française, ce sera un jeudi pas comme celui du 23 juin, marqué par la défiance du peuple envers le projet de loi instaurant le ticket présidentiel.

Le chef de l’Etat va rompre, aujourd’hui, jeudi 14 juillet, le silence observé sur les manifestations des 23 et 27 juin 2011. C’est l’annonce faite par le porte-parole du Parti démocratique sénégalais (Pds), Babacar Gaye, au lendemain du comité directeur de ladite formation au pouvoir. C’est une confusion que de dire, dans la forme utilisée, que c’est le Président de tous les Sénégalais qui va s’adresser au peuple. Wade fait tout d’ailleurs- et le format le suggère- pour édulcorer le discours, qu’il juge alarmiste, soutenu par la société civile, l’opposition, les milieux diplomatiques et même certains de ses collaborateurs. C’est la raison pour laquelle il a préféré revêtir la veste du chef de parti et non celle de chef de l’Etat. D’abord, parce que c’est le porte-parole du Pds- pas celui du gouvernement ni celui du président de la République- qui le dit. Ici, le contexte est encore plus important que les déclarations de M. Gaye. Il faut simplement rappeler que cette décision de Wade de rompre le silence a été prise en Comité directeur de son parti, et non en conseil des ministres par exemple, d’où était venu le fameux projet de ticket retiré. Donc, hors de toute sphère étatique. Quoique, 48 heures plus tôt, recevant le rapport de la Commission électorale nationale autonome (Cena), il avait promis de tirer les leçons des récents évènements.

Cette forme empruntée par le chef de l’Etat prouve encore, à bien des égards, qu’il n’a toujours pas accepté que c’est le peuple qui a manifesté le 23 juin dernier contre le défunt ( ?) projet de ticket Président-Vice président. Pour lui, c’est encore « l’opposition et une certaine société civile politiquement engagée » qui en sont les parrains. Cela est d’autant plus vrai qu’il compte s’adresser à son « peuple » libéral. En effet, en décidant de se confiner à « une déclaration sur la situation nationale », lors d’une rencontre avec les élus- « ses » élus- il compte arborer la couleur bleue plutôt que le Vert-jaune-rouge national. Ensuite, en choisissant de se prononcer en présence des élus (députés, sénateurs et autres)- Wade envoie un autre message : « Je n’ai de compte à rendre qu’à mes élus ». Et non à ceux qui les ont élus. Qui l’ont élu aussi. Et, c’est parce que, selon Babacar Gaye, les élus sont les représentants du peuple. Sans doute. Mais à l’Assemblée nationale et non à l’hôtel Les Almadies. Depuis quand, d’ailleurs, le palais- permanence du Pds aussi- a t-il déménagé dans les hôtels ?

Les discours à la nation de fin d’année et d’anniversaire de l’Indépendance ont toujours émané de la présidence de la République. Même au plus fort de la crise économique, Abdoulaye Wade a annoncé, en novembre 2007, par le canal de la Rts, mais enregistré au palais, un Projet de loi de « mesures d’urgence », portant ponctions sur les salaires du président de la République, des ministres, des directeurs généraux de sociétés et de hauts fonctionnaires. Pourtant, c’est le peuple qui a fait reculer le chef de l’Etat et repris son pouvoir qu’il a délégué à ses représentants, le 23 juin.

23 JUILLET COMME 23 JUIN

Wade aime la symbolique. Les dates historiques ne doivent être que celles dont il est acteur ou initiateur. Les évènements du 23 juin sont d’autant plus mémorables- au compteur de l’opposition et de la société civile- que son bilan y est gravement noyé. Le Mouvement du 23 juin (M23) a tellement pris ses marques en s’imposant comme le principal interlocuteur dans le dialogue politique annoncé, qu’il veut l’effacer de la mémoire des Sénégalais et refuser son impression dans les calendriers politiques. C’est en cela qu’il faut lire sa décision de créer un autre 23- mais juillet- pour marquer les esprits par un meeting national du Pds et de ses alliés sur les deux voies de la VDN. N’a-t-il pas décrété le 3 avril, Journée de la Renaissance africaine en référence à l’inauguration du monument du même nom ? N’a-t-il pas décidé que le 23 août soit l’anniversaire de la Journée du tirailleur en référence à la Place du Tirailleur qu’il a inaugurée en 2004 avec le recyclage de la statue de Demba et Dupont s’imposant en face de l’ancienne Gare de Dakar ? Là, il en est l’heureux bénéficiaire. Ce qu’il n’est pas quant à la cauchemardesque journée du 23 juin 2011 dont il a subi la loi jusque dans ses derniers retranchements. Son message est attendu, mais l’on retiendra, déjà, que la forme utilisée, risque de le dépouiller de toute crédibilité et de toute sincérité.

Hamath KANE


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