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SITUATION POLITIQUE NATIONALE
De la nécessité du dialogue ?

samedi 23 juillet 2011

Le président de la République se dit prêt à dialoguer avec l’opposition qui, revigorée par la manifestation du 23 juin, fait monter les enchères. Elle veut un discours « responsable » de Wade en plus d’exiger les démissions de Karim, Ousmane Ngom et Cheikh Tidiane Sy. Dans ce contexte marqué par la surenchère, que peut valoir le dialogue ?

« Dialoguer, dialogue… ». Ces mots reviennent, très souvent et depuis toujours, dans les discours des Sénégalais. Mais, disons-le clairement. Avec la situation qui prévaut au Sénégal, ponctuée par l’élection présidentielle de 2012 qui pointe à l’horizon, il y a lieu de se poser des questions : dialoguer sur quoi, dialoguer de quoi, dialoguer avec qui ? En tout cas, à la demande d’un groupe composé de six personnalités influentes (Mansour Cama de la CNES, Mbaye Sidi Mbaye, journaliste, Ismaïla Madior Fall, constitutionnaliste, Baïdy Agne du CNP, Pierre Goudiaby Atepa,architecte, et Mme Anna Bâ de Sipres), le président Abdoulaye Wade se dit disposé à dialoguer avec l’opposition. Mais, dialoguer nécessite qu’on soit prêt de part et d’autre à faire un minimum de concessions. Sinon, c’est un dialogue de sourds d’où rien de sérieux ne peut sortir. Wade et l’opposition sont-ils prêts à céder ? Objectivement, aucune des deux parties n’a rien à céder. Wade renoncera-t-il à une dévolution du pouvoir en faveur de son fils ? L’objectif est vital pour lui comme semblent le penser bon nombre de Sénégalais. Et c’est ce qui expliquerait son entêtement à vouloir se présenter « Je ne renoncerai pas à ma candidature », martèle-t-il, avant d’ajouter : « je suis prêt au dialogue sans condition avec l’opposition ». Soutenue par d’autres franges de la société, l’opposition est dans un autre champ. Elle « exige » la démission de Karim Wade, fils du président de la République ministre en charge de plusieurs portefeuilles notamment l’Energie, Ousmane Ngom ministre de l’Intérieur, Cheikh Tidiane Sy, ministre de la Justice et…, la non candidature du président Wade à un troisième mandat.

Préalables

Le débat sur le dialogue entre Wade et son opposition n’est pas nouveau. Au contraire, il est même saturé. Depuis 2000, des conciliabules entre le pouvoir et l’opposition sont tentées, sans aboutir à des résultats probants. Les partisans de Wade, eux-mêmes, se plaisent à compter le nombre de fois que leur mentor a appelé l’opposition au dialogue sans réponse favorable. Ils parlent de « 19 appels infructueux du président Wade à l’opposition depuis son accession au pouvoir ». A quoi bon alors (re) poser les mêmes jalons, en sachant que la démarche est vouée, d’avance, à l’échec ? Même si, dans la forme, l’initiative du « groupe des six » est louable, le manque de préalables qui puissent créer une différence avec ce qui s’est passé depuis 2000, est palpable. Le « groupe des six » a-t-il « du béton » dans son agenda ? « Nous ne sommes que des facilitateurs. Nous ne sommes pas des acteurs politiques. Quand ils (l’opposition et le pouvoir, Ndlr) se retrouveront autour d’une table, ils verront de quoi ils vont discuter. S’ils estiment que la discussion peut tourner autour de la candidature de Wade à un troisième mandat, ils le feront. Nous nous efforçons juste de créer les conditions de renouer le fil du dialogue », se contente de répondre Mbaye Sidi Mbaye, porte-parole du groupe. Renouer le fil du dialogue sans s’assurer d’un agenda consensuel, d’un contenu rassurant ? C’est loin d’être une sinécure. Les souvenirs des désaccords sur des sujets essentiels sont encore vivaces. En cette veille d’élection présidentielle, le règlement de la question du processus électoral se veut un préalable, sinon, un point d’achoppement non négligeable. Pourtant, cette question (le processus électoral) avait déjà été réglée dès 1996 par Abdou Diouf qui avait confié la gestion du Ps à un premier secrétaire pour se concentrer sur les affaires étatiques. Et sur demande insistante de l’opposition dirigée, à l’époque, par Wade qui, aujourd’hui, confond, lui-même, le plus souvent sa casquette de chef d’Etat à celle de leader de parti. « C’est Wade qui est, en réalité, le seul bénéficiaire du dialogue qui l’a porté au pouvoir en 2000. Aujourd’hui, c’est lui qui ruse avec le dialogue », regrette Abdoulaye Batilly. Il se remémore ce qui s’est passé en 2000. Lorsque, suite aux révélations de la presse, la nomination de Madieng Khary Dieng comme ministre de l’Intérieur, a été dénoncé par cette opposition, au motif qu’il avait présidé un mouvement de soutien au Président Abdou Diouf, ce dernier n’a pas attendu pour prendre une décision de rupture et d’apaisement. Il l’a démis de ses fonctions pour le remplacer par le Général Lamine Cissé. Il avait alors sacrifié à une volonté d’organiser des élections libres et transparentes comme l’exigeait l’opposition d’alors regroupée autour du Front pour la régularité et la transparence des élections (Frte). Wade suivra-t-il les pas de Diouf ? Ce n’est pas évident !

Jeu de dupes

Certes, le silence est parfois l’arme des forts, mais, il y a de ces silences nés de la honte inattendue, qui consument à petit feu leurs victimes. Le silence de Wade, ces derniers jours, appartient à cette dernière catégorie. Le choc reçu par Wade le 23 juin 2011 l’a plongé dans les abysses de ce genre de silence et de la peur qu’il fait naître chez un tyran. Peur de ne plus être Président et de tomber dans les foudres des audits sans complaisance de son régime. Voilà qui explique le tapis rouge que Wade déroule en direction de l’opposition. Mais, l‘opposition peut-elle négocier son ... opposition à la méthode de gestion du pays, aux tripatouillages de la Constitution, aux scandales ? La réponse semble négative, pour la bonne et simple raison qu’elle ne peut renoncer à son désir de voir le clan Wade quitter définitivement le pouvoir. Toute autre concession ne sera qu’un jeu de dupes pour des joueurs qui, eux-mêmes, ne sont pas dupes. Ils savent bien que le jeu est sans objet. Il est juste fait pour prouver que l’on ne veut pas mettre le feu aux poudres et que l’on agit en démocrate. Un jeu pour la galerie des gogos, doit-on dire. Les positions respectives sont trop irréconciliables. Et, même s’il pouvait se trouver un espace de négociations, la parole de Wade valant ce qu’elle vaut, par expérience, personne ne pariera un centime sur ses engagements. Surtout que Wade est connu pour adopter la politique du bâton et de la carotte. Ce qui enlève définitivement tout intérêt à quelque négociation que ce soit. Le but ultime de la manœuvre des deux parties est de pousser l’autre à passer, aux yeux de l’opinion, pour celui qui aura refusé le dialogue et qui sera rendu coupable des évènements à venir.

Aussi, l’absence de personnalités neutres dans le management du processus électoral complique la situation. Tout comme le « groupe des six », Alioune Tine, président de la Raddho, s’est déjà impliqué pour renouer le fil du dialogue, en 2008. Mais, la montagne a vite accouché d’une souris. Il explique : « Le fait que le ministère de l’intérieur, organisateur des élections soit confié à des responsables libéraux comme Ousmane Ngom, Cheikh Tidiane Sy ou Bécaye Diop, est un élément qui peut susciter des suspicions. Aussi la démission involontaire du président de la Cena Moustapha Touré laisse penser que le président Wade tente de verrouiller le système électoral ». Sur ce point, Tine est en phase avec l’opposition qui y ajoute l’irrecevabilité de la candidature de Wade. Le mouvement du 23 juin (M23) qui les regroupe en a fait son cheval de bataille.

C’est pourquoi, parlant de dialogue, Wade a certainement beaucoup remercié le « groupe des six » qui vient de lui donner une occasion de se dire qu’il peut encore représenter quelque chose dans le débat national. Mbaye Sidi Mbaye parle de « démarche pour un dialogue politique entre Wade et l’opposition ». Il semble se tromper d’approche. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’un « dialogue entre Wade et l’opposition ». C’est plutôt, celui entre Wade et le peuple ou tout au moins, entre Wade et les forces vives de la Nation regroupées au sein du M23. Autrement, cette démarche risque de plonger l’opposition dans un nouveau traquenard sorti de l’imagination fertile du rusé « Laye Djombor » (nom donné par Senghor à Wade pour sa ruse) et de l’éloigner des autres parties prenantes du M 23. Or, pour un tel dialogue, ce Mouvement pose comme préalable une adresse à la Nation de Wade dans laquelle il déclarera qu’il ne sera pas candidat en 2012, parce que la Constitution ne le lui permet pas. Comme pour dire qu’à la place de concession, c’est le risque de confrontation qui est plutôt prévisible. L’adresse à la Nation du Chef de l’Etat le 14 juillet devrait nous édifier !

Babou Birame faye


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