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PECHE ARTISANALE
Les Sénégalais indésirables en Mauritanie

lundi 18 juillet 2011

La Mauritanie a pris la décision d’interdire aux marins étrangers d’exercer dans ses eaux. Les Sénégalais qui occupent le secteur de la pêche artisanale sont principalement visés par cette mesure.

La sentence est tombée le 15 juin dernier. Désormais, tous les exploitants et propriétaires mauritaniens d’embarcations de pêche artisanale sont sommés de n’embarquer que des marins de souche. Mieux, « tout manquement à cette disposition expose le contrevenant à des sanctions », prévoit la même circulaire. La décision a été annoncée par le ministère des Pêches et de l’Economie maritime de Mauritanie. Ainsi, les autorités mauritaniennes mettent en exécution un plan de longue date : « mauritaniser » les équipages de pêche artisanale.

Officiellement, cette décision vise à favoriser l’insertion de marins mauritaniens dans un secteur dynamique quasiment occupé par des étrangers, des Sénégalais notamment. « Il n y a pas de raison que des étrangers quels qu’ils soient occupent des emplois auxquels les mauritaniens peuvent accéder », défendent ses initiateurs. Statiquement, la Mauritanie compte quelques 6400 embarcations artisanales qui seraient concernées par cette décision. Soit des milliers d’emplois. Ainsi, le gouvernement mauritanien espère trouver un débouché pour les milliers de jeunes formés dans des écoles comme l’Enemp (Ecole nationale de l’enseignement maritime et des pêches) ou encore au Casampac (Centre d’Animation Sociale et d’Apprentissage aux Métiers de la Pêche Artisanale et Continentale). Ces instituts spécialisés dans la formation aux métiers de la mer connaissent un taux de déperdition élevé de l’ordre de 70%. Les 30% restants n’arrivant pas, tous, à exercer et grossissant le rang des chômeurs. En effet, pour des raisons d’efficacité, les exploitants et propriétaires d’embarcations mauritaniens préfèrent employer la main d’œuvre étrangère souvent plus professionnelle et connaissant mieux la mer : les Sénégalais en l’occurrence. Car, hormis les « Imraguens » et les populations de Ndiago, le peuple mauritanien n’est pas un peuple de tradition pêcheurs.

Avis partagés

Si pour beaucoup de mauritaniens cette décision « salvatrice » donnera l’opportunité à des milliers de chômeurs de trouver un emploi, pour d’autres, par contre, les effets risquent d’être énormes pour des secteurs bien donnés. C’est le cas notamment de la pêche aux démersaux et pélagiques. Selon certains pêcheurs artisans, l’impact d’une telle décision dans ce sous-secteur se répercutera sur les usines, le transport dont l’activité est sous-tendue par la production des pirogues de pêche, avec souvent des sénégalais à bord. Pis, « si l’interdiction n’est suivi de mesures efficaces, c’est l’approvisionnement même du marché mauritanien voire de la sous-région qui risque d’être menacé », estiment-ils. Du côté sénégalais, la circulaire du ministère mauritanien de la pêche et de l’Economie maritime est accueillie dans l’incompréhension. Ils se sentent principalement concernés par la nouvelle décision. « Cette décision traduit une fois de plus l’unilatéralité des autorités mauritaniennes en matière de politique de pêche. L’Etat du Sénégal doit prendre ses responsabilités quitte à reconsidérer ses accords avec la Mauritanie », soutient Mamadou Diop Thioune président du Forum Permanent des Acteurs de la Pêche Artisanale en Afrique « Fora-Sénégal ».

Secteur en pleine turbulence

En tout état de cause, cette décision intervient au moment où le secteur de la pêche mauritanienne est au devant de la scène internationale. Le gouvernement mauritanien s’est en effet attiré les foudres de la société civile, des organisations de pêche et d’une partie de la classe politique suite à la signature d’une convention de pêche avec une société chinoise. Une convention qui donne aux chinois le droit d’exploiter les eaux mauritaniennes pour une durée de 25 ans. L’opposition avait alors décidé de boycotter l’examen du texte à l’Assemblée nationale. « La convention que la Mauritanie vient de signer avec la Chine comporte 24 articles dont un seul est à l’avantage de la Mauritanie… », a annoncé Ould Minni au nom de ses camarades élus de l’opposition.

La nouvelle volonté de « mauritaniser » la pêche artisanale est-elle un appel du pied pour calmer la colère des acteurs d’un secteur qui rapporte 112 milliards d’ouguiyas au trésor public mauritanien ?

Ahmed DIAME


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1 Message

  • Les Sénégalais indésirables en Mauritanie

    20 juillet 2011 14:01, par guetndarien
    Les sénégalais après avoir détruit leurs pêcheries, en sont réduits à s’expatrier. Il est grand temps de remettre de l’ordre dans le secteur de la pêche en contrôlant l’effort de pêche, faute de quoi nous ne disposerons plus de stocks consistants dans nos eaux. Les ménagères qui se rendent au marché savent aujourd’hui que le poisson (hormis la sardinelle) est désormais plus cher que la viande.

    Répondre à ce message


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