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BEAUX ARTS
Soly Cissé, l’esprit du contraire

lundi 18 juillet 2011

Soly Cissé , artiste plasticien est le porte étendard de la nouvelle génération de plasticiens pour qui Il faut dépasser le stade de simple artiste pour s’inscrire dans l’exploration ; partir à la rencontre de ce que cache l’objet. En un mot, oser soulever le manteau de l’inconcevable pour de nouvelles représentations. L’artiste est celui qui prend des risques.

Mai 2010, à la galerie « Le Manège » en plein vernissage, un gamin plonge le doigt dans l’un des seaux placés sous une rangée de robinets encastrés dans des plaques de verre. La voix grondeuse de sa maman se fit entendre. Le doigt de l’enfant se heurta à un miroir placé au fond de la bassine qu’il pensait être de l’eau. Comme cet enfant, plusieurs visiteurs avaient été pris au piège de l’illusion dans l’installation de Soly Cissé, lors de la dernière biennale DAK’ART. Une exposition, autour de la thématique de l’eau, qu’il partageait avec le Camerounais Barthélemy Toguo et qui donnait pleine mesure de l’esprit créatif de ces deux artistes. Soly Cissé poursuit son travail - autant dire sa recherche en laboratoire dans son atelier sur les toits de la Sicap Mermoz. Il ne s’installe pas dans la peinture. Il va de l’installation à la sculpture pour revenir à la peinture entre deux plongées dans le numérique ou le Land art. Soly Cissé inscrit sa liberté de création dans la flexibilité et non dans la fixité puisque l’art fait appel à la fiction, à la démesure, au surréalisme, aux délires les plus fantasques pour laisser transparaitre la sensibilité, la vision de l’artiste. « Pour moi, soutient il avec véhémence, la vie est faite de risque, de danger. On plait, on déplait ; on est aimé ou détesté. C’est stimulant. On ne peut pas rester sa vie durant sur une chose pour le simple plaisir de plaire. J’ai fait des réalisations très intéressantes, j’aurai pu y rester et gagner tranquillement ma vie. Faire à la manière des moules à gâteaux, des tableaux que l’on viendrait acheter, c’est clair qu’il y y’a de quoi gagner sa vie. Mais en le faisant , tout ce processus de création et de dépassement ne serait pas présents dans mon travail. Pour progresser, il faut toujours explorer. »

Le rapport de Soly Cissé à l’objet ou à l’idée qu’il veut matérialiser n’est pas de l’ordre de la reproduction mais de celui de la fouille afin de mettre à jour ce que masque l’objet. Il faut secouer l’objet, le revisiter, extraire sa substance. C’est là que réside la force d’un créateur comme Picasso. Aux Beaux Arts déjà, Soly Cissé était animé par « l’esprit du contraire » qui l’amenait dans les exercices de dessins et peintures, à revêtir la façade de l’école en rouge alors que tout le monde la voyait dans sa couleur réelle. Car reproduire à l’identique pour ce plasticien, c’est se sentir exclu de l’univers de l’objet. Dés lors, il s’avère nécessaire pour tout artiste d’apporter une plus ­­­- value en y glissant sa propre sensibilité. L’art est une cellule vivante, un battement du cœur, une courbe en dents de scie. L’explication de la présence de cette courbe dans ses créations trouve ici sa justification. Soly cissé ne croit pas à l’inspiration mais plus tôt à une spontanéité contrôlée doublée d’une exigence faite de quête constante de sincérité dans le travail et envers le public. Ce qui exclue toute gratuité dans ses compositions.

C’est l’ordre dans le désordre qui résume les compositions de Soly Cissé. Son style prend source dans l’art brut qui fait voyager le spectateur dans un univers énigmatique, le plus souvent sur fond noir qui induit une profondeur et déclenche le rêve. C’est que dés l’enfance, son œil s’est exercé sur les clichés que rapportait à la maison son papa radiologue et qu’il scrutait sous le soleil. « Pour moi, c’était des œuvres d’art puisqu’il y avait le fond noir, les os, parfois des cotes, parfois une colonne vertébrale, parfois un fémur, un tibia, une rotule. J’étais très impressionné par les fractures. Je réutilisais ces chutes de radiographie en essayant de gratter autour de ces éléments, d’ajouter une peinture industrielle, de mettre des écritures graphiques, des chiffres ou bien des choses qui flottent comme ça dans la composition générale » C’est ainsi que le jeune Soly Cissé a appris à peindre, à graver sur ces supports dont la transparence lui procurait des images fortes. Sa rencontre avec le plasticien Kansi fut déterminante dans l’approfondissement de son style. C’est lui qui le premier lui a fait comprendre les affinités qu’il avait avec le peintre Basquiat et l’a aidé à prendre ses distances de ce qui pourrait sauter aux yeux comme une influence.

Chez Soly Cissé , il n’existe pas de frontière entre la sculpture et la peinture. Il sculpte quand il peint et peint quand il sculpte. Il se sert de ses doigts pour patiner un visage ou le grimer. Le maquillage est un élément important dans le travail de Soly Cissé. Il lui permet de ravaler le visage au second plan au profit de la puissance évocatrice des maquillages. Il interroge les formes, cherche des liens, un fil conducteur, fait cohabiter des dissonances qui finissent par devenir des assonances comme le sont ses animaux et personnages totémiques. La peinture et la sculpture sont des respirations et les installations des quintes de toux qui font vibrer tout son corps. Invité de la biennale de Sao Paulo , soly est arrivé les mains dans les poches, face à un mur de 25 mètres où était inscrit son nom. Trois jours durant et sans idée préconçue, il s’est promené dans la ville pour sentir sa respiration. Quel lien y avait - il entre un pot de yaourt vendu dans la rue, le maillot de l’équipe national du Brésil, le drapeau du Sénégal ? La couleur jaune pardi !. Il avait trouvé son idée : une installation d’une cinquantaine de bidons avec des dégradés de jaune, des brindilles et des feuilles transparentes. Il y avait là un jeu graphique et une intelligence de composition qui ébahissait le visiteur. Soly Cissé prépare dés aujourd’hui une étonnante exposition à Dakar en 2014. Pour l’heure vient de paraitre le livre DVD « Toguo : Cissé » qui retrace le Work in progress » de l’exposition de 2010 à la galerie le Manège.

Baba DIOP


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