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SCULPTEUR
Ndary Lo pense avec ses yeux

samedi 9 juillet 2011

Ndary Lo aborde son demi-siècle de vie avec le regard serein de celui qui a su choisir sa trajectoire, qu’il inscrit dans le fer. Deux fois, grand prix de la Biennale des Arts contemporains (Dak’Art) 2002 et 2008 en plus du Grand prix du président de la République pour les Arts en 1999. Il est l’initiateur du courant « Daptaiste » néologisme qui désigne la capacité d’adaptation de l’artiste à tout type d’environnement en vue de créer des œuvres originales.

Un artiste doit se vêtir des habits de l’éclaireur et engager une réflexion sur les grandes questions de son temps par delà même le fait, qu’il doit vivre de son art. Le sculpteur Ndary Lo s’inscrit dans cette mouvance : « Moi, en tant qu’artiste, je n’ai pas besoin de réaliser des sculptures juste pour gagner des sous. Ce qui m’intéresse, c’est faire en sorte que mon travail participe au meilleur devenir de mes concitoyens. » L’année dernière à l’occasion de la célébration du cinquantenaire du Sénégal, il avait exécuté dans les couleurs du drapeau national les portraits des présidents Léopol Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, saluant ainsi l’envol de la république. La veille de la journée de protestation contre la révision constitutionnelle, Ndary Lo était plus qu’écœuré : « J’ai eu honte, quand j’ai vu les images du député Cheikh Bamba Dièye s’enchainer sur les grilles du parlement. Ce qu’il a fait est un acte artistique, une performance que devait faire un Ndary Lo, un Soly Cissé, un Ousmane Sow, un Viyé Diba , un Ibrahima Kébé ou un El hadji ou encore un Jo Ouakam. J’ai eu honte pour mo et pour tous les autres artistes. Je me suis dit que ce député là est un éclaireur qui essaie de montrer le chemin et en plus voyant que les artistes des ne réagissaient pas, il l’a fait à leur place. » Pour se racheter, Ndary Lo a exécuté séance tenante, un portrait sinistre du président Wade avec en bandeau le mot « Dégage ». En le faisant, il se met dans la peau du défenseur des droits et libertés et moins dans le camp des inquisiteurs, tient il à souligner.

Dans le parcours de Ndary Lo, « L’homme qui marche » a été le révélateur d’un talent naissant. Du coup, certains critiques le rangèrent parmi les disciples de l’italien Giacometti par assimilation du fait des formes longilignes de sa sculpture. Il revient sur cette première œuvre : « Jeune artiste dans les 1995-96 et suite à mon premier voyage en Europe, je me rendu compte que dans l’hémisphère nord , il y avait un rapport au temps différent de celui que nous avons en Afrique. C’est, ce que j’appelle parfois la logique paradoxale. En Europe, le temps prend le pas sur l’espace. Un occidental vous dira : « J’habite à 10 minutes de mon travail » là où moi qui vit à Rufisque je dirai : « j’habite à 28 kms de Dakar ». Donc c’est l’espace qui prend le pas sur le temps parce que je ne peux pas quantifier cette notion de temps, compte tenu des embouteillages et autre aléa. Donc à mon retour, j’ai réfléchi quant à la manière de faire bouger les choses et secouer l’inertie de mes camarades et amis. Cela m’a inspiré la sculpture de « L’homme qui marche » ». Mais avant cette sculpteure, Ndary Lo avait exécuté celle d’un homme affalé dont le titre était : « lève toi et marche ». Histoire de donner un grand coup de pied dans l’engourdissement des jeunes de son âge qui gaspillaient leur temps dans le cérémonial du thé.

Ndary Lo est un artiste visuel. Il lui suffit de regarder un objet pour aussitôt voir apparaitre une forme sculpturale. Son « daptaïsme » - faculté d’infléchir sa création dans le milieu où est - l’amène à détourner les objets ramassés. De la lampe à pétrole, il en fait un paysan ; d’un os récupéré sur la plage de Gorée, il pense à la maison des esclaves et fabrique un chainon d’os et de fer ; la brouette devient une femme enceinte d’une multitude de poupées ; une coudée de fil de fer mue en une armée de fourmis. Ndary Lo avait débuté sa carrière en anoblissant le fer à cheval qu’il ramassait dans les rues de Rufisque pour composer « L’homme qui marche ». Une façon d’attirer l’attention sur la maltraitance des chevaux. Puis, survint sa période fer à béton collecté dans sur les chantiers des bâtiments en construction. Du monumental à la miniature, le fer constituel’épine dorsale. Diable ! Pourquoi le fer ? « Parce qu’intéressant pour ses propriétés. Le fer est déjà dur, rugueux, difficile à travailler. Personnellement, j’aime empoigner ce matériau difficile à dompter et en le travaillant depuis pas mal d’années, j’ai réussi à lui donner une flexibilité, à le liquéfier pour lui imprimer l’apparence de l’élasticité du chewing-gum. Il se retrouve dans le fer, les quatre éléments que sont le feu, l’air, l’eau, la terre. Toutes les propriétés qui donnent vie. » La marque de Ndary Lo, c’est l’exagération dans les formes et les étirements. Une accentuation qui résonne dans l’œil du visiteur. L’installation de ces fourmis en fil de fer dans le musée de l’esclavage de Marie José Crespin en fournissait la meilleure illustration. Ndary Lo expose ses 50 ans dans la cour de l’institut français Léopold Sédar senghor à Dakar. Il travaille actuellement sur la guerre pour sa prochaine exposition.

Baba DIOP


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