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“Monstruosité démocratique”

mercredi 6 juillet 2011

Le président Abdoulaye Wade serait-il « fatigué et usé » ? Il n’est pas saugrenu de se demander si le candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds) qui est officiellement âgé de 86 ans pourra souffrir les affres d’une longue et fastidieuse campagne électorale, en février 2012, en vue d’un troisième mandat controversé. Qu’il puisse aller à la rencontre de ses concitoyens ou en voiture hyper confortable n’y changera rien. Il faudra nécessairement sortir des salons cossus de la capitale, pour emprunter le chemin sablonneux des zones rurales, avaler la poussière, affronter un soleil de plomb et un peuple désabusé. Même boosté par ses médecins de garde, le candidat Abdoulaye Wade devra certainement ménager des artères sollicitées par l’âge. Ceci n’expliquerait-il donc pas cela ? Il suffit de rappeler la célébration de la dernière fête de l’indépendance transformée en prise d’armes pour permettre au chef de l’Etat d’assurer le service minimum. Loin de vouloir soulager les deniers publics, ce parti pris visait à ménager le président de la République, en le soustrayant aux longues heures nécessaires à l’exécution du programme habituel. Il est, par conséquent, aisé d’imaginer que le futur Vice-président, nécessairement plus jeune, soit préposé à remplir les indisponibilités de son colistier, en étant l’ombre portée de la parole présidentielle. C’est lui qui battra campagne à sa place.

Il s’y ajoute qu’en son article 2, le projet de loi stipule que : « Le président de la République et le vice-président de la République sont élus pour la même durée (7 ans-Ndlr) au suffrage universel direct et au scrutin majoritaire à deux tours assorti d’un minimum bloquant de 25% des suffrages exprimés. Le ticket présidentiel ainsi constitué n’est pas soumis à la contrainte paritaire ». Et cela, au moment où la loi sur la parité qui vient d’être promulguée y fait obligation sans compter la possibilité de se faire élire au 1er tour avec un peu plus d’un quart des suffrages exprimés. Une seule logique semble prévaloir : « j’y suis, j’y reste ». Alors question : est-il normal de modifier la Constitution pour ça ? En l’occurrence pour des convenances personnelles. Un changement aussi fondamental susceptible de bouleverser l’ordonnancement institutionnel et juridique du Sénégal nécessite pourtant que les populations soient consultées et que toute décision soit entérinée à l’issue d’un processus référendaire.

Cela dépasse la saisine d’une Assemblée nationale truffée de députés tout heureux de rendre grâce au président de la République pour leur avoir permis d’emprunter l’ascenseur social et de devenir ce qu’ils sont. Si Me Wade est si populaire que ses affidés le présentent, pourquoi diable a-t-il peur d’un référendum ? Le Pds et son candidat font manifestement dans la provocation, lancent un défi à l’opposition et à la société civile. C’est le lieu de souligner la réactivité de la Raddho qui s’attèle à organiser rapidement la riposte autour du slogan transpartisan et fédérateur : « Touche pas à ma Constitution ». Une loi fondamentale est une chose trop sérieuse pour se prêter à de telles manipulations. S’inscrivant dans la longue durée pour pouvoir imprégner la conscience des citoyens, elle dépasse, dans un pays qui tient debout, les intérêts particuliers pour épouser ceux de la Nation. Les évêques du Sénégal l’ont bien compris.

Réunis en conclave dans le cadre de leur deuxième session ordinaire de l’année pastorale, ils n’ont pas manqué de réagir dès qu’ils ont appris l’existence d’un tel projet de loi. Ainsi Monseigneur Théodore Adrien Sarr a-t-il appelé à « respecter la Constitution », et invité les responsables politiques à une conduite ayant en ligne de mire l’intérêt des populations et respectent un certain nombre de principes. Tout en comprenant que la Constitution puisse évoluer, il souligne toutefois le risque de la banaliser par des évolutions fréquentes et intempestives. En tirant la sonnette d’alarme, l’Eglise joue son rôle. On est en droit d’attendre, de la même manière, une implication des familles religieuses musulmanes, des chefs traditionnels, de tout ce que ce pays compte comme leaders d’opinion. En tant que médiateurs sociaux, il leur revient, au-delà des dénonciations de certaines pratiques sociétales, d’attirer l’attention des autorités politiques sur la nécessité de veiller scrupuleusement à garantir la paix sociale. On attend d’eux qu’ils puissent s’impliquer dans des questions qui relèvent de l’intérêt général et de la cohésion sociale. Cette même attention est requise de la société civile. En démocratie, tout comme la presse qui joue généralement son rôle au Sénégal, l’opinion publique a aussi un devoir de vigie. Elle n’a pas à subir le bon vouloir des dirigeants mais doit plutôt veiller à ce qu’ils rendent compte de leurs actions.

Et puis, si tout cela n’était qu’une diversion, une ruse de plus, pour détourner l’attention des Sénégalais d’un problème fondamental : l’irrecevabilité de cette « monstruosité démocratique » que constitue la candidature du président Wade pour un 3ème mandat ?

En tout état de cause, le Sénégal sera ce qu’en feront ses enfants. Inch’Allah, comme aiment à le psalmodier nos compatriotes. Cela est bien vrai, à condition d’en bien comprendre la signification profonde. C’est pourquoi, constatant que « pour la conscience populaire, cela signifie que tout est écrit ». Souleymane Bachir Diagne soupçonne que « c’est un argument pour ne pas prendre d’initiative ». Et de remettre les choses à l’endroit. En réalité dira t-il, « inch’Allah signifie : « si Dieu veut ». Autrement dit : lorsque nous agissons, la volonté divine intervient comme adjuvant de nos propres décisions. C’est donc une phrase pour hommes et femmes d’action ! » (Lire Philosophie Magazine. Hors-série. Le Coran.février-avril 2010).

Tous les démocrates, qu’ils soient de la société civile, de la majorité ou de l’opposition, et plus particulièrement les jeunes, sont donc sommés de se mobiliser pour faire échec à une telle forfaiture. Face à un camp en mal de coups fourrés, il serait en effet de bon ton de s’opposer au chamboulement de notre architecture institutionnelle. Il est temps de briser le silence, de tourner le dos aux compromissions. L’urgence est de maintenir brûlante et vivace la flamme de l’indignation, de dire Non et d’ériger des barricades pour freiner les dérives d’un régime disqualifié si l’on ne veut pas courir le risque de voir la vague de l’apathie et de l’irresponsabilité emporter dans sa folie destructrice la démocratie. Pour être vivante, cette dernière suppose des démocrates et un combat démocratique. Rien n’est donné, tout s’arrache. La liberté est quête et conquêtes inlassables pour un meilleur vivre ensemble. Et puis, le chef de l’Etat n’a-t-il pas défié ses concitoyens, en leur disant que s’ils se mobilisaient massivement contre sa politique, il partirait. Ce qui serait, pour une fois, une grande leçon de démocratie. Est-ce alors un test que Me Abdoulaye Wade a voulu lancer à travers ce projet de loi constitutionnelle instaurant un ticket ? Pour le savoir, un seul mot d’ordre : A vos marques citoyens !

Par Vieux Savané


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1 Message

  • “Monstruosité démocratique”

    8 juillet 2011 21:06, par man ak mom
    Mon sentiment est que tout n est que diversion pour introniser IDY si ma memoire est bonne ;IDY disait je sors d un commun accord du gouvernement d avec le president et que les liberaux veulent garder le pouvoir pour longtemps

    Répondre à ce message


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