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REALISATION DE SES PROJETS DE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL
L’Union africaine à l’épreuve de son financement

mercredi 6 juillet 2011

L’Union africaine dépend pour plus de 92% de son financement des partenaires étrangers. Les Etats membres ne participant qu’à hauteur de 8%. Curieux paradoxe ! Difficile dès lors d’envisager la réalisation de ses programmes de développement économique et social et de déconstruire l’image d’une Union africaine éloignée des préoccupations des populations africaines.

« L’Union africaine est un syndicat de chefs d’Etat ». « Elle n’est pas visible sur le terrain du développement économique et social »… Difficile de déconstruire une image surtout quand celle-ci, loin d’être une perception, épouse les contours de la réalité. C’est certainement pour s’épargner cette tâche ardue que le Dr René N’guettia Kouassi, a préféré revisiter la kyrielle de projets et programmes initiés par l’Organisation de l’unité africaine (Oua) puis l’Union africaine (UA). Des programmes qui n’ont toutefois pas permis la transformation économique et sociale de l’Afrique ni apporté des réponses aux besoins des populations. Faute de contributions conséquentes des Etats. La conséquence d’un manque de volonté politique, ajoute le ministre conseiller en charge des Affaires économiques de la présidence, Madame Gnounka Diouf.

Seulement, le directeur des Affaires économiques de la Commission de l’Union africaine, estime que « l’Union africaine n’est pas indifférente au développement économique et social ». A preuve, les initiatives allant dans le sens de sortir l’Afrique de l’ornière du sous-développement ont fait foison.

De mai 1963, date de la création de l’Oua, au sommet de Durban en 2002 avec l’adoption de l’Ua, différents politiques et programmes sur le front économique, politique, agricole, infrastructurelle, éducatif, sanitaire, démocratique, militaire, de la promotion des droits de l’Homme et de la bonne gouvernance… ont été proposés. Leur point commun : ils n’ont pas eu les résultats escomptés. « L’application des politiques économiques a été une impasse économique ». Un euphémisme pour ne pas dire qu’elles ont échoué. Pis, le changement de paradigme avec l’avènement des Politiques d’ajustement structurel (Pas) n’a pas permis « d’introvertir » le processus de développement économique. S’en sont suivis d’autres programmes comme le Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique (Népad), pour l’instant au point mort. Au point de faire lâcher au président Wade, un de ses initiateurs, cette boutade : « le Népad est devenu une Mercedes sans chauffeur ». Pourquoi ces programmes n’ont pas réussi à sortir l’Afrique du sous développement ?

Pour le Dr Kouassi qui animait un séminaire mensuel de l’Institut africain de développement économique et de planification (Idep) sur le thème « L’Union africaine : quel agenda de développement pour réussir l’intégration économique et politique du continent ? », plusieurs défis se posent à l’Afrique pour traduire en réalité ces projets. En premier figure celui du financement. A en croire le Dr Kouassi, depuis 2009, l’Union africaine est essentiellement financée par les partenaires étrangers. En 2011 par exemple, sur un budget de 144 millions d’euros, les Etats membres n’ont contribué qu’à hauteur de 10 millions d’euros soit un peu moins de 8%. L’Europe a par exemple débloqué 55 millions d’euros sur plusieurs années pour le budget de l’UA. Un exemple caricatural mais pas isolé. Pis, 75% de ce montant sont octroyés par uniquement 5 pays : L’Algérie, l’Égypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et la Libye. Tripoli arrive en tête avec 15 % du financement de l’UA. Suffisant pour faire dire au conférencier que : « l’Afrique refuse de se prendre en charge ». Faisant ainsi écho au président de la Commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping qui, à Addis-Abeba, où se déroulait la quatrième rencontre des ministres de l’Économie et des Finances de l’UA, les 28 et 29 mars 2011, a fait état de probables difficultés financières pour l’UA. « La situation en Afrique du Nord pourrait mettre en difficulté nos activités budgétaires. Il faut sécuriser nos ressources et les rendre pérennes », a estimé Jean Ping.

Financement alternatif

Comment dès lors mettre en place un financement en adéquation avec les ambitions ? Plusieurs modèles alternatifs destinées à trouver une source de financement pérenne ont été préconisés : les taxes sur les importations, sur les recettes touristiques, sur les billets d’avion, les primes sur l’assurance, les taxes sur l’importation des hydrocarbures ... Seulement de l’avis du Dr Kouassi, aucune de ces propositions n’a été pour l’instant acceptée.

Difficile dans ces conditions de mener à terme les projets en gestation tels la création de la Banque africaine d’investissement dont le siège est prévu en Libye, la mise en place du Fonds monétaire africain dont l’idée est vieille de 48 ans et la Banque centrale africaine dont l’une des missions fondatrices est la création d’une monnaie africaine. Sur ce dernier aspect, tout en marquant sa réserve sur la création d’une monnaie africaine, Serigne Moustapha Séne plaide pour le respect préalable des critères de convergence (dette publique, inflation, déficit public, taux de change et convergence des taux d’intérêt) pour éviter les phénomènes de « passager clandestin ». Poursuivant, le chef de la Division des Etudes et des politiques économiques à la Dpee souligne que l’Ua doit réviser ses ambitions à la baisse et les adapter à ses moyens, jugeant que l’intégration monétaire est l’ultime étape après l’intégration des peuples et des marchés.

Pour sortir l’Ua de sa mauvaise passe financière, Demba Moussa Dembélé, membre de la société civile a quant à lui préconisé l’utilisation d’une partie de montants issus de l’allégement de la dette des pays africains ou encore des biens mal acquis des dirigeants africains logés dans les paradis fiscaux.

L’économiste Demba Camara pense pour sa part que pour maintenir la dynamique de fusion, il faut modifier le schéma institutionnel de l’intégration. Aux yeux du fonctionnaire du ministère sénégalais des Affaires Etrangères, la réalisation de l’intégration économique doit être confiée aux communautés régionales, l’Union africaine devant être confinée à un rôle stratégique d’orientation et d’impulsion. Une manière pour lui de résoudre le problème de son financement. Loin d’être le seul obstacle qui noircit la feuille de route de l’Ua.

Car, pour ne rien arranger la souveraineté nationale est jalousement conservée au niveau national, des décisions continentales ou régionales pas intégrées dans les législations nationales. C’est dire l’ampleur des chantiers qui attendent l’Ua pour trouver grâce aux yeux des populations.

Mamby DIOUF


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