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PROGRAMME BAJENU GOX *
Belle vision communautaire !

samedi 2 juillet 2011

Depuis janvier 2009, le Sénégal a initié le programme Bajenu Gox pour réduire la mortalité maternelle et néonatale, impulser le taux de fréquentation des services de santé afin d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement. La Gazette s’est immiscée dans leur univers.

Cité Bissap, bidonville paumée et bigarrée lovée au centre de la capitale sénégalaise, dégueule son trop plein de monde du fait de la promiscuité. Le soleil s’invite à cette mascarade et crache ce qui lui reste de ses rayons de feu sur des ruelles sablonneuses et sinueuses transformées en terrain de football par des garnements. L’espace est occupé par des tables de fortune dont les pieds brinquebalants s’écroulent sous le poids des fruits de saison. Des mamys, assises devant les étals, scrutent l’inconnu avec des yeux inquisiteurs. Le soleil s’éclipse. Il est 18 heures.

A l’entrée de cette grande ruelle à la tracée exigüe et perpendiculaire à la voie qui quitte l’avenue Bourguiba, coupe Bene Tally et se jette sur l’avenue Ahmadou Bamba des Hlm, le populeux quartier de biscuiterie met en évidence ces femmes travailleuses. Presque devant chaque maison, une femme s’affaire devant un étal composé de fruits de saison, d’arachide ... Autre particularité, à Cité Bissap, tout le monde se connaît. L’individualisme et la famille nucléaire qui gagnent du terrain à Dakar, n’ont pas encore conquis la cité bidonville. Si vous cherchez une résidente, pas même besoin d’avoir ses cordonnées postales ni téléphoniques, il suffit d’user de la vieille méthode, demander à la première personne rencontrée dans la rue et le tour est joué. « C’est où la maison de Penda Niang ? », se hasarde-t-on à demander à cette femme qui a le nez plongé dans sa poêle à frire l’arachide à l’entrée de la grande ruelle. Elle lève la tête réfléchit un instant et indique : « Penda Niang, ah ça doit être la sœur de Mayram Niang. Vous longez la rue, avant le virage, c’est la maison qui fait face à la bâche bleue. » 500 mètres après, une autre vendeuse postée devant de la maison en face de la bâche bleue, assure l’accueil. « Penda n’est pas là, mais sa fille est à l’intérieur. » L’attente se fait dans la chambre parentale.

A l’extérieur, la maison vibre de sa bonne ambiance de grande famille. Elle grouille de sa bonne humeur. Brusquement, une dame, d’un mètre 60 environ, lance des regards inquisiteurs, recadre les enfants excités dans la foulée et s’assoit dans ce grand lit entouré de photos. Les siennes ! Sur le mur, Penda Niang a immortalisé ses différentes sorties. Les clichés offrent une meilleure image de la dame mais, son sourire est resté le même, doux et envoûtant.

Agée de cinquante ans, Penda Niang à l’état civil ou Mayram pour les intimes, est mère de famille et relais communautaire depuis 2004, année de son divorce. Prestataire à l’Ong Rabec, le Réseau africain pour le bien-être communautaire, elle est une militante chevronnée du développement. « Je crois au développement », confesse celle qui a plusieurs attestions dans des formations aussi diverses et variées sur le développement féminin : leadership, communication, transformation des fruits et légumes ... Relais communautaire pour le programme de lutte contre la tuberculose, de lutte contre la malnutrition et aujourd’hui Bajenu Gox. Son nouveau sacerdoce.

Bajenu Gox, la solution aux Omd 4 et 5

Penda Niang est l’une des 7 Bajenu Gox de la commune de Biscuiterie. Une des 50 femmes du district centre de Dakar. Une des 384 Bajen de Dakar et enfin une Bajenu Gox sur les « 6000 que compte le Sénégal ». Selon Aïda Tall Sall, responsable du bureau de la santé de la reproduction et coordonnatrice du programme Bajenu Gox logé à la division de la Santé de la reproduction à Tilène, l’objectif est d’avoir « 12 500 Bejenu Gox d’ici 2012 » pour tendre vers les 50 000 en 2015, échéance des Omd. Si Sédhiou, Matam et Fatick sont au sommet du programme communautaire, avec un taux de 100% loin derrière Dakar et son 15%, Biscuiterie peut compter sur Bajen Penda pour booster son taux de fréquentation des services sanitaires. Lutter contre la mortalité maternelle, néonatale et juvénile.

Certes, la commune de Biscuiterie n’a pas encore installé ses Bajenu gox, mais les 7 cooptées par le comité de santé sont déjà à pied d’œuvre. Elles sensibilisent, font du porte-à-porte et conseillent les mères et les maris sur l’importance du suivi-pré et post natal. Leurs premiers résultats sont fortement appréciés au niveau du poste de santé de Bourguiba. L’infirmier-chef du poste de santé, Ndongo Mbengue applaudit des deux mains pour le travail abattu par ces femmes au service de communauté. Il dit : « elles nous font venir beaucoup de patients qui restaient chez eux. Hier, elles nous ont amené une femme qui faisait une hypertension. Elles nous envoient les enfants malades et dont les parents sont sans moyens. Elles assurent le relais entre les populations et nous. Si cela continue, ce sera une bonne chose. »

En écho, Marième Fall, la présidente de l’association nationale des sages femmes du Sénégal se réjouit de cette bonne découverte communautaire. Elle s’enthousiasme des premiers résultats : « là où les Bajenu Gox existent, on sent un rebond. A Kolda, on sent une augmentation du nombre de consultations en planification familiale. Les indicateurs de santé de la reproduction ont été bien relevés à Kolda avec l’implication des Bajenu Gox. »

A la Cité Bissap, Penda bénéficie d’une certaine renommée. C’est une voix autorisée sur les questions de santé. D’ailleurs, elle revient d’une radio où elle était invitée à une émission sur la santé de la reproduction. Le thème du jour était la communication du couple. Chaque jour, elle œuvre pour le bien être de ses concitoyens. D’ailleurs, il n’est pas rare qu’elle soit réveillée « en pleine nuit par une femme enceinte. »

Rompue au travail de terrain, Penda est aussi spécialiste de la communication grâce à l’Ong Rabec. Elle a l’art de convaincre, d’où ses aptitudes à faire changer des comportements. Bajen Penda, voix douce, regard coquin vous enlace dans ses filets. Elle confesse sa méthode : « Je n’ai jamais eu de problèmes dans mon travail. Je prends le temps d’expliquer aux gens pourquoi on fait la vaccination. Lors des campagnes, il nous arrive de buter sur des refus de mamans lassées des passages répétitifs. » Elle travaille la corde maternelle et joue sur le sentimentalisme. « Je leur demande si après neuf mois de grossesse et la délivrance, elles étaient prêtes à voir leurs enfants handicapés à vie ? Je les sensibilise sur le fait que la poliomyélite guette tous les enfants non vaccinés dès l’instant qu’elle fait son apparition dans le territoire national. Il y a un manque de compréhension mais il faut leur expliquer la maladie et ses formes de propagation et surtout ses conséquences qui peuvent condamner l’enfant à un handicap physique qui l’empêcherait de marcher normalement. »

Sa grâce convaincante fait tomber même les maris réfractaires au test du Vih Sida pour leurs femmes enceintes. « Il y a des femmes dont les maris refusent qu’elles fassent le dépistage. Je prends les coordonnées des maris et discutent avec eux. Et cela marche, ils ont peur tout juste, il suffit de les rassurer et cela marche. Dès qu’on parle de Sida, on pense à la débauche ». Son expérience de la vie fait aussi d’elle une bonne confidente. « Dès fois, on donne même des conseils sur les ménages », renseigne-telle. Mais elle rappelle le rôle de la Bajenu Gox avec insistance : « On ne consulte pas, on oriente vers les structures de santé. » La sage-femme d’Etat Marème Fall complète : « La Bajenu Gox a pour rôle d’accompagner la consultation des femmes enceintes surtout celle post-natale qui est le parent pauvre de la Santé de la reproduction. Elles assurent l’éducation et la sensibilisation de proximité, le suivi des vaccinations. »

Les Bajenu Gox, des femmes leaders parviennent à contourner les préjugés et viennent à bout des « à priori » et autres préjugés. Penda donne l’exemple d’une femme mère de deux enfants de moins de deux ans, et faute de moyens financiers : « l’aîné n’avait pas fini ses vaccins et le dernier qui tète encore n’avait pas de carnet de vaccination. Elle pensait que c’était payant. Je lui ai expliqué les procédures et les risques qu’elle faisait courir à ses enfants. Depuis, l’aîné a fini ses rappels et le plus jeune suit ses vaccins ». C’est une « satisfaction » et ses yeux luisent de bonheur. Le bénévolat ne l’indispose pas, au contraire elle y trouve un réconfort personnel et peut être une récompense divine. « Ma grande satisfaction, c’est d’aider les gens. Et quand tu aides les enfants d’autrui, c’est Dieu qui te paie. »

Toutefois Aida Tall Sall milite pour une organisation en réseau des Bajenu Gox qui pourrait leur valoir des rentrées de fonds à travers des activités financées par les partenaires internationaux de la Santé. Bénévole et disciple du travail, Bajen Penda est couturière à ses heures perdues. Elle tricote et accompagne ses fils tailleurs. Ses ressources financières, elle les tire de son travail au Rabec et peut-être des rémunérations ou indemnités de transport lors des journées de vaccination.

Penda traverse les âges et est sans tabous. Elle vous raccompagne comme on le ferait pour une vieille amie et s’excuse de son indisponibilité pour le porte-à-porte en toute humilité. Toute souriante, voilà une autre arme pour séduire la communauté à adopter de bons comportements et à lutter contre la mortalité maternelle et néonatale.

Origines et perspectives

Le programme Bajenu Gox fait partie des nombreuses idées du Président de la République, Me Abdoulaye Wade dans l’optique de soutenir l’atteinte des Omd 4 et 5 relatifs à la réduction de la mortalité maternelle et néonatale qui reste un défi pour le Sénégal. Les indicateurs sénégalais au sortir de l’évaluation des objectifs pour le millénaire à New York, étaient alarmants pour le Sénégal qui était logé dans le troisième groupe. Celui des pays qui risquaient de ne pas atteindre les objectifs des Omd en 2015. Aujourd’hui, des avancées sont notées à Kolda, lieu de lancement du programme Bajenu Gox en janvier 2009 où le taux de fréquentation des structures sanitaires est nettement en hausse.

Déroulé depuis Janvier 2009, le programme Banjenu Gox est en balbutiement à Dakar et Saint Louis qui ferment la marche avec 15% de Bajen au moment où Matam, Fatick, Sedhiou et Matam caracolent en tête avec des statistiques de 100%. Ce qui a fortement impulsé le taux de fréquentation des structures sanitaires dans ces zones excentrées. « Ce programme qui est à 6 000 Bajenu Gox promeut le leadership féminin », soutient Aida Tall Sall. Bajenu Gox qui se base sur l’influence de la sœur du père dans les décisions familiales doit inciter la communauté à adopter de bonnes pratiques pour la Santé de la reproduction, faire respecter les quatre consultations prénatales, accompagner la mère dans ses consultations post-natales, respecter les vaccinations de l’enfant, sensibiliser sur les espacements des naissances, augmenter le taux de prévalence du dépistage contre le Sida… Elle vise à éradiquer la mortalité maternelle parce qu’aucune femme ne doit mourir en donnant la vie !

sœur du père ou marraine

Boly BAH


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