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MORTALITE MATERNELLE ET NEONATALE AU SENEGAL
Le drame persiste

samedi 2 juillet 2011

Que leur décès soit lié à des facteurs socio-économiques ou plutôt à des causes obstétricales directes, les femmes en couche et les nouveau-nés sont souvent livrés à eux-mêmes dans nos structures de santé.

Près d’un enfant sur huit meurt avant l’âge de 5 ans au Sénégal. Environ une mère sur vingt-six laisse sa vie soit en donnant la naissance ou suite à un accouchement difficile. « Les composantes de la mortalité infantile, elles se situent à 35 ‰ pour la mortalité néonatale et à 26 ‰ pour la mortalité post-néonatale. Globalement, le risque de mortalité infanto-juvénile, c’est-à-dire le risque de décès avant l’âge de 5 ans est de 121 ‰ », lit-on dans le rapport de l’Enquête démographique et de santé de 2005. Les statistiques, en cette matière comme dans d’autres, doivent être maniées avec prudence. Et par ailleurs, la situation n’est guère reluisante. Les chiffres qui donnent froid au dos traduisent nettement les retards accusés par le Sénégal en matière de Santé de la reproduction.

Sans conteste, ce domaine fait partie des parents pauvres des programmes de santé de notre pays. « Des efforts ont certes été faits car la mortalité maternelle est passée de 510 à 401 pour 100 mille naissances. Seulement, il est bien de préciser que c’est un ratio obtenu sur la base d’enquête démographique et les résultats des sondages révèlent la situation des quatre à cinq dernières années. Cela ne traduit pas ce qui est actuel, et c’est là un peu le piège dans les enquêtes démographiques. D’autant plus que l’une des difficultés majeures pour la mortalité maternelle dans nos pays sous développés est qu’on n’a pas un système d’état civil performant puisque les décès ne sont pas enregistrés en fonction de leurs causes », regrette le gynécologue obstétricien El Hadj Ousseynou Faye, par ailleurs chef du bureau de la Santé de la mère à la division de la Santé de la reproduction (Dsr) du ministère de la Santé et de la Prévention. Parmi ces causes de la mortalité maternelle, les deux dernières enquêtes menées au niveau national (Eds 4 et 5), placent en tête l’hémorragie post mortem (une hémorragie qui tue souvent dans les deux heures qui suivent l’accouchement). Viennent après « l’hypertension et ses complications », qui est une spécificité au Sénégal. S’ensuivent enfin les infections dues aux avortements provoqués non sans oublier les dystocies (difficulté voire impossibilité pour la femme d’accoucher par voie naturelle), les causes obstétricales directes (liées à la grossesse ou l’accouchement), l’anémie, le problème nutritionnel, la carence, le paludisme etc. et la liste n’est pas exhaustive alors que les causes liées aux décès des nouveau-nés ont pour noms : asphyxie, problèmes respiratoires, prématurité, infections… Au-delà de ces causes presque jamais répertoriées, il y a également l’ignorance, les retards pour aller se faire consulter, les réalités socioculturelles, l’accessibilité aux structures de santé, l’offre de soins…

Insuffisance des moyens

Mais, les problèmes d’ordre financier sont plus que jamais à l’origine des chiffres quasiment stationnaires de la mortalité maternelle et néonatale. « A un moment donné il manquait les financements nécessaires. Si on avait mis les moyens qu’il fallait pour la mortalité maternelle c’est vrai qu’on aurait dépassé le niveau actuel où on se trouve. Ces temps-ci, on appuie un peu et on attend de voir ce que cela va donner. On pouvait faire mieux. Des pays comme le Rwanda ont fait des bonds qualitatifs de surcroit après le génocide », explique le docteur El Hadj Ousseynou Faye. En effet, la répartition « disproportionnée » des fonds pour lutter contre les endémies majeures ne permet nullement de propulser la Santé de la reproduction. Il est difficile de réunir les financements nécessaires car cette spécialité n’est peut être pas encore jugée assez prioritaire à l’heure des collectes de fonds. La mortalité maternelle et néonatale n’a en effet jamais bénéficié d’une mobilisation comparable à celle qu’a suscitée la lutte contre le sida ou le paludisme. La faiblesse des moyens peut-elle être compensée par le recours à des méthodes spécifiques telles que les Bajenu Gox (voire texte suivant), en employant des personnels de qualification moindre par exemple, puisque les médecins et autres sages-femmes ou infirmiers ne sont pas toujours au chevet des femmes lors des couches ? Sans doute. Même si pour certains types d’activités de sensibilisation et d’information leur concours est d’une grande utilité.

Pourtant, depuis cette année, le budget La Division de la santé de la reproduction a connu une hausse de 100 % passant de 477 millions à 977 millions FCFA. Une grande première qui témoigne d’une volonté des autorités sanitaires de prendre à bras-le-corps la problématique de la santé de la reproduction. Par ailleurs, cette hausse a inévitablement un impact positif sur l’achat de produits contraceptifs qui passe de 65 à 100 millions FCFA. Cette somme suffira-t-elle cependant pour améliorer l’accès aux méthodes contraceptives ? En tous les cas, la pratique sur le terrain et les avis des spécialistes n’autorisent pas à l’espérer. Réticences, craintes ou simple ignorance ? Malgré la forte promotion, les diverses méthodes de contraception ne séduisent pas vraiment. « Aujourd’hui toutes les méthodes contraceptives sont disponibles au Sénégal mais tout le problème c’est la demande. Il y a des avancées mais, on peut mieux faire. Vu le potentiel tant sur le plan humain, infrastructurel et même politique on aurait dû franchir des pas plus importants. C’est ce qui a amené à développer des stratégies au niveau communautaire, autour de l’argumentaire religieux », se désole le Dr Faye.

Omd compromis ?

De même, le plateau technique désuet et la faible capacité d’accueil dans les centres de santé ne permettent pas vraiment de rêver. Surtout que les ratios recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) sont loin d’être respectés si l’on sait que « les normes d’implantation des centres de santé indiquent qu’il faut un centre de santé pour une population comprise entre 100.000 et 150.000 habitants et doivent disposer de capacités d’hospitalisation en médecine, chirurgie et gynéco-obstétrique et doivent assurer les disciplines de soins en médecine générale, soins obstétricaux d’urgence… ». Selon les spécialistes, la planification familiale contribue à réduire à hauteur de 25 à 30 % la mortalité maternelle. C’est ainsi qu’au niveau de la Division de la santé de la reproduction, nombre d’approches sont développées en vue de réduire la mortalité infanto-juvénile, maternelle et l’indice synthétique de fécondité.

Malgré toutes les contraintes réelles qui, sans nul doute, persisteront au cours des prochaines années, comment songer à l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) sans se poser des questions ? Pour rappel, dans les Omd 4 et 5, il est question de réduire de trois quarts la mortalité maternelle et de deux tiers la mortalité infanto-juvénile. D’après le Document stratégique de réduction de la pauvreté (Dsrp) portant sur l’évaluation à mi-parcours des Omd publié en 2008, avec le niveau encore élevé de mortalité des enfants de moins de 5 ans, le Sénégal devra envisager d’importants investissements pour atteindre cet objectif. « En d’autres termes, avec la tendance actuelle, le Sénégal serait encore en 2015 à 55 pour mille, alors que la cible de cet objectif est de 23 pour mille (soit la réduction de deux tiers de la référence des années 90) qui serait atteint au plus tôt en 2075 », note le document. Il en est de même pour la mortalité maternelle pour laquelle le Sénégal se situerait à 363 décès pour cent mille naissances, soit en dessous de l’objectif de réduire de deux tiers le taux de mortalité maternelle en 2015 (168 pour cent mille naissances).

Aujourd’hui, face à ces urgences de 2015, les spécialistes de la Santé de la reproduction planchent essentiellement sur la stratégie d’urgence dénommée 3 D en référence à la Décentralisation (disponibilité de tous les produits et outils de contraception sur l’étende du territoire), de la Démocratisation (harmonisation des prix des contraceptifs) et de la Démédicalisation (révision des normes et protocoles autorisant la pose de Dispositif intra utérin). Reste à savoir également si l’environnement juridique-sur l’avortement en particulier-sera assez favorable pour permettre de booster un domaine déjà trop à la traîne.

Papa Adama TOURE


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