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CHEIKH PAPA NDIAYE, CHEF RELIGIEUX
« Abdoulaye Wade m’a dit qu’il préfère laisser les rebelles régler leurs comptes »

mardi 28 juin 2011

Son appel est sans ambages. Samba Ndiaye dit Cheikh Papa Ndiaye, 58 ans, chef religieux, révèle ses secrets qu’il a gardés depuis plusieurs années. Le conflit casamançais, le naufrage du bateau « le joola », ses prédictions négligées par les autorités, tout y est.

On vous accrédite de pouvoirs qui dépassent le commun de l’entendement. D’où cela provient-il ?

Cela vient de Dieu car je ne l’ai appris ni à l’école, ni de mes parents ou autres savants. Cela m’est apparu depuis 1997, date à partir de laquelle j’ai commencé aussi à parler aux Sénégalais. Malheureusement, les gens m’écoutent peu, pour ne pas dire qu’ils ne m’écoutent pas. Pourtant, ce n’est pas faute de ne pas partager mes connaissances avec les autres.

Comment les choses ont-elles commencé ?

C’est venu le plus naturellement possible. Mais, je dois dire que tout a commencé avec des secrets que Dieu m’a révélés sur la Casamance où je me suis rendu en 1998 pour la première fois. En 1999, j’ai convoqué une grande rencontre à Djâbir. Cette rencontre avait vu la participation de tous les dignitaires du Mfdc (Ndlr, Mouvement des forces démocratiques de la Casamance) parmi lesquels Sidy Badji. Et la recherche de la paix en Casamance était au cœur des débats. A partir du 17 mars de cette année 1999, tous les acteurs impliqués dans la recherche de la paix en Casamance ont décidé d’unir leurs efforts. C’est ainsi qu’on était parvenus à convaincre les rebelles à déposer les armes.

Qu’est-ce qui s’est passé alors pour que cela n’aboutisse pas ?

Le dossier était ficelé, mais si cela n’a pas abouti, à l’époque, c’est parce que nous étions à la veille de l’élection présidentielle de 2000. Le président Abdou Diouf était d’accord pour la réinsertion sociale des rebelles et toutes les dispositions étaient prises, mais Abdou Diouf avait préféré attendre que l’élection présidentielle passe pour que l’Etat qui avait pris ces engagements puisse entamer les actions, quel que soit le vainqueur. Donc, quand le président Abdoulaye Wade est arrivé au pouvoir, le dossier casamançais était déjà bien ficelé. Il avait promis de régler le problème de la Casamance en 100 jours. Mais cela fait 11 ans qu’il est au pouvoir sans que cette promesse, qu’on savait utopique, ne soit tenue.

A votre avis, pourquoi le président Wade n’a pas appliqué les mesures déjà prises par son prédécesseur ?

Parce qu’il ne veut pas que le problème casamançais soit réglé !

Ah bon ?

Ah oui. C’est moi qui le dis. Abdoulaye Wade, lui-même, m’a dit un jour qu’il préfère laisser les rebelles régler leurs comptes. Et pourquoi préfère-t-il cela ? Parce qu’il y trouve son compte. Il fait du « diviser pour mieux régner ». Et il n’est pas le seul. Il y a d’autres personnes haut placées qui travaillent à ce qu’il n’y ait pas la paix en Casamance.

Ce que vous dites est grave !

Oui et je l’assume. Il y a des personnalités qui se sont enrichies avec le dossier de la Casamance. Je n’ai pas besoin de citer des noms, mais ces gens ne veulent pas du tout que la paix revienne en Casamance. Pour preuve, l’année dernière, lorsque je suis allé en Casamance, il y a une personnalité impliquée dans ce dossier qui a appelé devant moi, Samba Goudiaby (Ndlr, un des membres influents du groupe de contact pour la paix en Casamance) pour lui confier une mission : celle d’aller voir César Atoute Badiate, un des chefs rebelles, pour lui demander de dire à la presse qu’il ne déposera pas les armes tant que le président Wade ne remettra pas le dossier de la Casamance entre ses mains (Ndlr, entre les mains de cette personnalité qui a eu à gérer le dossier de la Casamance). En retour, il avait promis une forte somme d’argent à Samba Goudiaby et César Atoute Badiate, s’ils acceptaient le principe.

C’est qui cette personnalité ?

Je préfère taire son nom pour le moment. Je dis bien pour le moment. En tout cas, cette personnalité se reconnaîtra dans mes propos. Lorsque Samba Goudiaby lui parlait au téléphone, j’étais présent. D’ailleurs, Samba Goudiaby lui a demandé s’il me connaissait et la personne lui a répondu qu’elle me connaissait bien, mais ne voudrait pas que je sois impliqué dans cette affaire. Le lendemain, la personne a rappelé Samba Goudiaby pour réitérer, avec insistance, sa demande. J’ai même enregistré et mis dans une cassette sa conversation avec Samba Goudiaby que je garde jalousement.

« Le mystique est la première barrière qui empêche le dossier casamançais d’avancer »

Peut-on avoir une idée sur cette personnalité dont vous parlez ?

Je ne peux que dire la vérité. A vrai dire, c’est Farba Senghor qui a fait cela ! Il a tout fait pour reprendre le dossier de la Casamance. Alors, une chose est sûre, s’il est prêt à donner une forte somme d’argent pour continuer à gérer ce dossier, cela veut dire qu’il y trouve son intérêt.

N’y a-t-il pas aussi des barrières mystiques dans ce dossier ?

Evidemment. Le mystique est d’ailleurs la première barrière qui empêche le dossier casamançais d’avancer. Il faut savoir qu’avant d’aller dans le maquis, les diolas l’ont préparé mystiquement pendant 3 ans. C’est après cela qu’ils ont fait des bains mystiques pour les jeunes qui ont rejoint le maquis. Ils ont signé un pacte secret avant d’engager leur bataille. Avant de prétendre régler le conflit casamançais, il faut d’abord rompre ce pacte qui sert de serment aux rebelles du Mfdc. Mais, le problème est que les gens qui disent s’activer pour la paix en Casamance n’ont pas impliqué les vrais acteurs qui peuvent les aider dans ce sens. Je vais vous faire une révélation : c’est que César Atoute Badiate et Salif Sadio qui incarnent actuellement l’aile militaire du Mfdc, ne font pas partie de ceux qui ont signé ce pacte. Donc, ils ne peuvent pas le rompre. Alors que tant que ce pacte mystique n’est pas rompu, il y a peu de chance que la paix revienne en Casamance.

Comment faire pour rompre ce pacte alors ?

Il faut des prières et beaucoup de sacrifices ! Et Dieu sait que ceux qui connaissent les secrets qui peuvent rompre ce pacte, sont encore là, en Casamance et au Sénégal.

« Si l’on n’y prend garde, le Sénégal va sombrer dans une situation catastrophique les prochains mois, voire les prochains jours »

Mais, pourquoi vous n’avez pas cherché à contacter ces gens dont vous parlez lorsque vous étiez impliqué dans ce dossier du temps d’Abdou Diouf ?

Mieux que tout cela, j’avais contacté et obtenu un accord de principe avec les principaux acteurs de la rébellion casamançaise. On s’était plusieurs fois rencontré pour discuter en pleine brousse. J’étais en phase avec mes cousins diolas quant à la signature d’un autre pacte mystique allant dans le sens du règlement du conflit. A l’époque, le président Diouf avait même envoyé Robert Sagna (Ndlr, ministre sous Diouf et haut dignitaire de la Casamance) pour me remercier de ce que j’avais fait en direction de la paix en Casamance. Parmi les gens doués de pouvoirs mystiques que j’avais rencontrés, il y en a qui sont morts, mais il y en a aussi qui sont toujours là. Je me demande pourquoi les autorités ne les associent pas alors que, sans eux, il sera difficile voire impossible de régler le conflit casamançais.

Vous êtes également connu pour avoir prédit des événements malheureux qui ont secoué le Sénégal…

Oui, Dieu m’a donné une puissance mystique qui me permet de voir les événements bien avant qu’ils ne se produisent. L’invasion acridienne qui a causé des dégâts il y a quelques années, par exemple ou encore le naufrage du bateau « le joola ». J’avais prévenu les autorités, mais elles ne m’ont pas écouté. Quand les criquets pèlerins ont envahi le Sénégal, Habib Sy, ministre de l’Agriculture d’alors, a convoqué une réunion qui a enregistré la présence de tous les gouverneurs et les techniciens du Sénégal. C’est à cette occasion que Mame Birame Sarr, à l’époque, gouverneur de la région de Ziguinchor, m’a recommandé à Habib Sy. Il a rappelé ce que j’avais dit depuis longtemps à propos de l’invasion acridienne. Comme j’étais, à ce moment, à Ziguinchor, ils m’ont envoyé un avion pour que je vienne à Dakar. C’est ainsi qu’Habib Sy m’a demandé de faire quelque chose pour vaincre les criquets. Ce que j’ai pu faire par la grâce de Dieu en l’espace de deux jours.

« Les actuels tenants du pouvoir ont jusqu’au 26 juin prochain pour se ressaisir ou quitter le pouvoir »

Il semble que vous aviez aussi prédit le naufrage du bateau « le joola »… Absolument. Je l’avais prédit deux ans avant la catastrophe, je me suis rendu à deux reprises à Ziguinchor. J’ai parlé aux autorités étatiques, religieuses et coutumières de Ziguinchor, mais elles ne m’avaient pas pris au sérieux. C’est après la catastrophe que les autorités étatiques ont fait appel à moi. Je suis resté un mois en Casamance pour faire des prières d’apaisement. En 2004, Youba Sambou (Ndlr, ancien ministre des forces armées, responsable du Pds à Bignona) est venu me chercher pour que j’aide le président Wade qui avait un problème avec la Chine Taïwan. Ce problème allait ternir l’image de Wade à jamais, mais je me suis battu pour que tout rentre dans l’ordre. Je rappelle tout cela pour dire que j’ai beaucoup fait pour la sauvegarde de la paix et la stabilité de notre pays. Donc, je n’accepterai pas que ce travail soit vain. En septembre 2009 déjà, je lançais un message pour dire aux Sénégalais, surtout aux chefs religieux, de faire des prières pour conjurer le mauvais sort qui risque de tomber sur le Sénégal. J’ai toujours refusé de trop parler à la presse, mais la situation actuelle m’oblige à le faire. Si l’on n’y prend garde, le Sénégal va sombrer dans une situation catastrophique les prochains mois, voire les prochains jours. En tout cas, je reste debout pour que la paix et rien que la paix règne au Sénégal. Partant, je prends la date du 26 juin 2011 comme ultimatum. A partir de cette date, les actuels tenants du pouvoir doivent choisir entre se ressaisir et quitter le pouvoir. Ils savent très bien qu’Abdoulaye Wade qui nous dirige n’est plus apte à remplir ses fonctions de chef d’Etat. La preuve, les événements survenus, il y a quelques jours, à Sangalkam par sa faute. Quand ceux qui ont comme devoir de protéger les citoyens les tuent, c’est scandaleux. Mais pire, on n’entend aucun chef religieux tirer la sonnette d’alarme. En ce qui me concerne, je m’engage à délivrer le Sénégal à cette date du 26 juin 2011, comme l’avait fait l’Ayatollah Khomeiny en Iran. Donc pas par les armes, mais par mon chapelet. A bon, entendeur salut !

Babou Birame Faye


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